lundi 12 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2103490 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre - Juge Unique |
| Avocat requérant | ICARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 décembre 2021, ainsi que des mémoires complémentaires, enregistrés les 19 et 20 mai 2023, M. F C, représenté par Me Icard, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la caisse d'allocations familiales du Var a rejeté son recours administratif préalable obligatoire du 22 août 2021 dirigé contre les décisions des 22 et 27 juillet 2021 lui notifiant des indus de revenu de solidarité active (RSA), référencés INK 001 et INK 002, d'un montant total de 16 094,91 euros, au titre respectivement de la période courant du 1er janvier au 30 juin 2018 et de celle du 1er juillet 2018 au 30 juin 2021 ;
2°) de le décharger de l'obligation de payer correspondante ;
3°) de mettre à la charge du département du Var le versement de la somme de 600 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable au regard des délais du recours contentieux ;
- il ne vit pas en concubinage avec Mme B dès lors qu'il est séparé de cette dernière depuis de nombreuses années ; aucune vie de couple stable et continue au sens des dispositions de l'article 515-8 du code civil n'a été mise en évidence par le contrôle ;
- il est de bonne foi et ne peut financièrement rembourser la somme demandée, de sorte qu'une remise de sa dette doit lui être accordée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 septembre 2022, la CAF du Var conclut à sa mise hors de cause et à l'appel en la cause du département du Var.
Elle fait valoir qu'elle n'est pas compétente pour défendre au nom de l'Etat pour un litige relatif à un indu de RSA " socle ".
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 septembre 2022, le département du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme E, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, pour statuer sur les litiges relevant de cet article.
La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme E.
- les observations de Me Icard pour M. C,
- et celles de Mme D représentant la CAF du Var.
La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après les observations à l'audience, de Me Icard pour M. C et de Mme D pour la CAF du Var.
Considérant ce qui suit :
1. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler la décision implicite par laquelle la caisse d'allocations familiales du Var a rejeté son recours administratif préalable obligatoire du 22 août 2021 dirigé contre les décisions des 22 et 27 juillet 2021 lui notifiant des indus de revenu de solidarité active, référencés INK 001 et INK 002, d'un montant total de 16 094,91 euros, au titre respectivement de la période courant du 1er janvier au 30 juin 2018, et de celle du 1er juillet 2018 au 30 juin 2021. Par ce même recours administratif, M. C a sollicité la remise gracieuse de ces indus en invoquant sa bonne foi et la précarité de sa situation financière.
Sur le bien-fondé des indus de revenu de solidarité active :
2. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre () ". Aux termes de l'article L. 262-3 du même code : " () L'ensemble des ressources du foyer () est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat () ". Aux termes de l'article L. 262-9 du même code : " () Est considérée comme isolée une personne veuve, divorcée, séparée ou célibataire, qui ne vit pas en couple de manière notoire et permanente et qui notamment ne met pas en commun avec un conjoint, concubin ou partenaire de pacte civil de solidarité ses ressources et ses charges () ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent () l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer () ". Aux termes de l'article R. 262-37 de ce même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ". Enfin, aux termes de l'article 515-8 du code civil : " Le concubinage est une union de fait, caractérisée par une vie commune présentant un caractère de stabilité et de continuité, entre deux personnes, de sexe différent ou de même sexe, qui vivent en couple ".
3. Lorsque le juge administratif est saisi d'un recours dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, il entre dans son office d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
4. Il résulte des dispositions précitées au point 2 que pour le bénéfice du revenu de solidarité active, le foyer s'entend du demandeur, ainsi que, le cas échéant, de son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin et des enfants ou personnes de moins de vingt-cinq ans à charge qui remplissent les conditions précisées par l'article R. 262-3 du code de l'action sociale et des familles. Pour l'application de ces dispositions, le concubin est la personne qui mène avec le demandeur une vie de couple stable et continue. Une telle vie de couple peut être établie par un faisceau d'indices concordants, au nombre desquels la circonstance que les intéressés mettent en commun leurs ressources et leurs charges.
5. Il résulte de l'instruction que M. C a demandé à bénéficier du revenu de solidarité active (RSA) le 25 janvier 2018, en déclarant vivre seul et avoir toujours vécu seul, être propriétaire, ne pas rembourser de prêt immobilier et être travailleur indépendant depuis le 3 janvier 2014. C'est donc sur la base de ses déclarations que le RSA lui a été accordé. Le 10 novembre 2020, la situation de l'intéressé a fait l'objet d'un contrôle par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales du Var à l'issue duquel lui ont été notifiés les indus de RSA en litige au motif qu'il entretenait une vie commune avec Mme B.
6. M. C fait valoir que, s'il a entretenu une communauté de vie avec la personne désignée par la caisse d'allocations familiales (CAF) du Var, ce n'était plus le cas au cours des périodes en litige, en faisant valoir que Mme B et lui-même sont copropriétaires indivis d'une maison située sur le territoire de la commune du Revest-Les-Eaux depuis le 23 mai 1997 et que n'ayant pu racheter la part de l'autre, ils sont contraints de partager la jouissance de ce bien, tout en vivant dans des locaux séparés, et que Mme B, gérante d'une petite entreprise, a omis, lors de leur séparation, de clôturer leur compte joint, lequel n'est plus mouvementé. Toutefois, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'enquête, dont les mentions conformément à l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale font foi jusqu'à preuve du contraire, que le requérant partage une adresse commune au 130 A boulevard d'Estiennes d'Orves au Revest-Les-Eaux avec la personne précitée, les deux noms figurant sur la boîte aux lettres. Lors d'une visite à domicile inopinée, le contrôleur a rencontré sur place, M. C qui a reconnu vivre avec Mme B qu'il a présentée comme étant " sa femme ", ainsi qu'une dame âgée sortant du logement, qu'il a désignée comme étant sa " belle-mère et la mère de Mme A [] ". Il a été constaté que M. C partage depuis 1993 la même adresse avec Mme B qu'il présente toujours comme sa conjointe et que deux enfants sont nés de cette union. Le rapport d'enquête indique également que les intéressés détiennent un compte joint depuis 1989, ce dernier étant débité mensuellement pour le règlement du fournisseur d'énergie et de la taxe d'habitation, la taxe foncière pour laquelle ils sont assujettis au titre de leur bien immobilier commun étant par ailleurs établie à leurs deux noms. Si en cours de contrôle, M. C et Mme B auraient entrepris une démarche de dénonciation de ce compte joint, celle-ci n'a été envisagée qu'après l'enquête du contrôleur assermenté visant à certifier la situation familiale déclarée aux services de la CAF. Si M. C indique que ce compte joint n'est plus mouvementé, il ne l'établit pas, alors que Mme B a refusé de fournir au contrôleur assermenté les relevés bancaires de ce compte joint.
7. Il résulte ainsi des éléments exposés au point précédent que la communauté de vie ressort d'un faisceau d'indices suffisamment concordants. Par ailleurs, M. C n'apporte au soutien de ses allégations selon lesquelles il vivrait seul à la même adresse, dans des locaux séparés de ceux occupés par Mme B, aucun élément circonstancié de nature à remettre en cause sérieusement le faisceau d'indices concordants réuni par la CAF du Var. Ainsi, M. C n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que les services précités ont estimé qu'il avait une vie maritale avec Mme B à la date d'ouverture des droits au RSA, soit depuis le mois de janvier 2018.
Sur la remise gracieuse des indus de revenu de solidarité active :
8. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles :
" Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. Toute réclamation dirigée contre une décision de récupération de l'indu, le dépôt d'une demande de remise ou de réduction de créance ainsi que les recours administratifs et contentieux, y compris en appel, contre les décisions prises sur ces réclamations et demandes ont un caractère suspensif. / () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental ou l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active pour le compte de l'État, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration () ".
9. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise totale ou partielle.
10. En outre, lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé aux aides sociales ou sur leur montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises.
11. Compte tenu des éléments exposés aux points 6 et 7, qui ne permettent pas d'en déduire que le requérant n'était pas en concubinage avec Mme B, celui-ci doit être regardé comme ayant effectué une fausse déclaration, de sorte que sa bonne foi ne saurait être, en l'espèce, retenue. Il s'ensuit qu'en vertu des dispositions précitées de l'article L. 262-46 du code de la sécurité sociale, le requérant n'est pas fondé à solliciter une remise totale, ni même partielle, de sa dette de RSA, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur sa situation financière.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C, prises en toutes ses conclusions, y compris celles aux fins de décharge de l'obligation de payer des indus en litige et celles relatives aux frais liés au litige, ne peut qu'être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F C et au département du Var.
Copie en sera adressée, pour information, à la caisse d'allocations familiales du Var.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juin 2023.
La magistrate désignée,
Signé
M. ELa greffière,
Signé
E. PERROUDON
La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Et par délégation,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026