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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2200006

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2200006

mardi 21 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2200006
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre - Juge Unique
Avocat requérantGIORDANO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 janvier 2022, M. A B, représenté par Me Giordano, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 novembre 2021 par laquelle le directeur départemental des finances publiques du Var a rejeté son opposition à saisie administrative à tiers détenteurs en date du 8 octobre 2021 ;

2°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer les sommes mises à sa charge en matière de taxes foncières au titre des années 2015 2016 et 2017, ainsi que de taxe d'habitation et de contribution audiovisuelle au titre de l'année 2015 pour un montant total de 10 485,01 euros.

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

- l'administration ne rapporte pas la preuve que l'action en recouvrement n'était pas prescrite en application de l'article L274 du livre des procédures fiscales à défaut d'établir qu'elle a régulièrement notifié des actes interruptifs de la prescription ;

- il n'est pas précisé sur la saisie à tiers détenteur du 10 août 2021 la qualité de l'agent signataire, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ne rapporte pas la preuve d'une délégation de signature ;

- la saisie à tiers détenteur méconnait également les dispositions de l'article L. 111- 2 du code des relations entre le public et l'administration à défaut de mentionner le nom de l'agent chargé d'instruire sa demande.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 février 2022, le directeur départemental des finances publiques du Var conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête et, à titre subsidiaire, à son rejet.

Il fait valoir que :

- la contestation en la forme de la saisie à tiers détenteur relève du juge de l'exécution en application de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales ;

- le moyen tiré de la prescription de l'action en recouvrement des créances concernées est irrecevable en application du c) de l'article R. 281-3-1 du livre des procédures fiscales dès lors que la saisie à tiers détenteur du 10 août 2021 ne constituait pas le premier acte de poursuite permettant d'invoquer un tel motif ;

- en tout état de cause, le cours de la prescription de l'action en recouvrement concernant les créances en cause a été interrompu par des actes de poursuites régulièrement notifiés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Hamon pour exercer les fonctions de magistrat prévues par les dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Hamon, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique du 22 avril 2024 lors de laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a été assujetti à des cotisations de taxes foncières au titre des années 2015 2016 et 2017 ainsi que de taxe d'habitation et de contributions audiovisuelles au titre de l'année 2015 pour un montant total de 10 485,01 euros. En l'absence de paiement de ces taxes et contributions, une saisie administrative à tiers détenteur datée du 10 août 2021 a été notifiée. Par courrier du 8 octobre 2021, M. B a sollicité la décharge de la totalité de son obligation de payer les sommes litigieuses. Cette demande a fait l'objet d'une décision de rejet en date du 4 novembre 2021 par l'administration fiscale. M. B demande au tribunal d'annuler la décision du 4 novembre 2021 ayant rejeté son opposition à saisie administrative à tiers détenteurs et de le décharger de l'obligation de payer les sommes ainsi mises à sa charge en matière de taxes foncières, de taxe d'habitation et de contribution audiovisuelle.

Sur la régularité en la forme de la saisie administrative à tiers détenteur :

2. Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. / () Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : / a) Pour les créances fiscales, devant le juge de l'impôt prévu à l'article L. 199 ; () ".

3. M. B soutient que la saisie administrative à tiers détenteur litigieuse ne mentionne pas la qualité de l'agent signataire, ni le nom et le prénom de l'agent ayant donné procuration, aucune délégation de signature n'étant selon lui établie. Ces moyens, lesquels portent sur la régularité en la forme de cet acte, relèvent, en application des dispositions précitées de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales, de la seule compétence du juge de l'exécution. Par suite, ces moyens ne peuvent être utilement invoqués dans le cadre de la présente instance.

Sur l'obligation de payer et la prescription de l'action en recouvrement :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales : " Les comptables du Trésor qui n'ont fait aucune poursuite contre un contribuable retardataire pendant quatre années consécutives, à partir du jour de la mise en recouvrement du rôle perdent leur recours et sont déchus de tous droits et de toute action contre ce redevable. / Le délai de quatre ans mentionné au premier alinéa, par lequel se prescrit l'action en vue du recouvrement, est interrompu par tous actes comportant reconnaissance de la part des contribuables et par tous autres actes interruptifs de la prescription ". Aux termes du 3. de l'article L. 257-0 A du même livre : " La mise en demeure de payer interrompt la prescription de l'action en recouvrement. Elle peut être contestée dans les conditions prévues à l'article L. 281 ". Enfin, aux termes de l'article 2244 du code civil : " Le délai de prescription ou le délai de forclusion est également interrompu par une mesure conservatoire prise en application du code des procédures civiles d'exécution ou un acte d'exécution forcée ".

5. Pour contester l'obligation de payer les impositions litigieuses, M. B entend se prévaloir du fait que la prescription de l'action en recouvrement des différentes impositions concernées par la saisie à tiers détenteur du 10 août 2021 était acquise lors de la notification de cet acte de poursuite.

6. Il résulte de l'instruction que les créances relatives à la cotisation de taxes foncières au titre des années 2015, mise en recouvrement le 31 août 2015, et à la taxe d'habitation et à la contribution audiovisuelles mises en recouvrement le 30 septembre 2015, ont fait l'objet d'une mise en demeure de payer le 14 décembre 2016, ces créances faisant en outre l'objet, comme les taxes foncières 2016 et 2017 d'un avis à tiers détenteur le 27 septembre 2018. Enfin, l'ensemble de ces créances ont fait l'objet d'une mise en demeure de payer le 28 juillet 2020. Ces actes de poursuite, qui faisaient mention des voies et délais de recours, ont été régulièrement notifiés à M. B ainsi que cela ressort des accusés de réception produits par l'administration. Il en résulte que ces actes ont régulièrement interrompu le cours de la prescription de l'action en recouvrement de sorte, qu'à la date du 10 août 2021, les créances concernées par la saisie à tiers détenteur litigieuse n'étaient pas atteintes par la prescription de l'action en recouvrement. Par suite, et sans qu'il soit nécessaire de statuer sur sa recevabilité, un tel moyen doit être écarté comme non fondé.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. B ainsi que celles tendant à la décharge de l'obligation de payer les sommes mises à sa charge en matière de taxes foncières au titre des années 2015 2016 et 2017, de taxe d'habitation et de contribution audiovisuelle au titre de l'année 2015 pour un montant total de 10 485,01 euros, doivent être rejetées. Ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées par voie de conséquence ainsi qu'en tout état de cause, celles relatives aux entiers dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur départemental des finances publiques du Var.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mai 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

L. HAMON

La greffière,

Signé

E. PERROUDON

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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