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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2200027

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2200027

mardi 19 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2200027
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantFREICHET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 janvier 2022, et un mémoire enregistré le 10 juin 2022, M. A B, représenté par Me Freichet, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative :

1°) de condamner l'Etat à lui payer la somme de 317 279,60 euros à titre de provision ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable, même en l'absence de dépôt d'une requête au fond, et elle n'est pas tardive ;

- les opérations d'expertise ont été parfaitement régulières et le rapport établi par le Dr C était complet ;

- sa créance n'est pas sérieusement contestable ; il a été victime d'un accident, le 21 mars 2019, qui a été reconnu comme étant imputable au service, par une décision du 17 juillet 2019, devenue définitive ; il a ainsi droit à la réparation intégrale des préjudices subis du fait de cet accident ;

- ses préjudices extrapatrimoniaux s'élèvent à la somme totale de 308 459.60 euros décomposé comme suit :

- 200 euros au titre de son déficit fonctionnel temporaire total ;

- 5 370 euros au titre de son déficit fonctionnel temporaire partiel ;

- 103 398 euros au titre de son de son déficit fonctionnel permanent ;

- 8 281 euros au titre des souffrances endurées ;

- 8 055 euros au titre de l'aide humaine temporaire ;

- 169 155.60 euros au titre de l'aide humaine viagère ;

- 5000 euros au titre de son préjudice sexuel ;

- 5 000 euros au titre du préjudice d'agrément ;

- 4 000 euros au titre du préjudice moral, lequel est bien distinct du déficit fonctionnel permanent ;

- ses préjudices patrimoniaux, composés de frais d'assistance médicale, de frais d'assistance juridique s'élèvent à la somme totale de 8 820 euros ; ces préjudices sont parfaitement établis et indemnisables, sans qu'il y ait lieu de prouver une faute de l'administration ;

- il est également fondé à demander le remboursement de la somme de 1 800 euros correspondant aux frais et honoraires d'expertise qu'il a dû régler au Dr C.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 juin 2022, le recteur de l'académie de Nice conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- A titre principal, la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté ; la décision implicite rejetant sa demande indemnitaire est intervenue le 23 août 2020, et la requête a été enregistrée après l'expiration du délai de recours contentieux.

- A titre subsidiaire, la créance du requérant est sérieusement contestable ; le rapport d'expertise médicale sur lequel il se fonde ne présente qu'un caractère préparatoire et est inachevé ; les opérations expertales se sont déroulées de façon irrégulière ; le préjudice moral est déjà inclus dans le déficit fonctionnel permanent et ne peut dès lors faire l'objet d'une indemnisation spécifique ; seul le juge du fond peut décider à qui incombera la charge définitive des frais d'expertise ; le remboursement des frais d'assistance médicale et des frais d'assistance juridique n'a aucun fondement légal ; les sommes réclamées par M. B sont trop importantes au regard du principe selon lequel une personne morale de droit public ne doit pas être condamnée à payer une somme qu'elle ne doit pas.

Vu :

- l'ordonnance n°2001509 du 7 avril 2021 par laquelle le juge des référés du Tribunal a désigné le docteur C en qualité d'expert ;

- l'ordonnance du 6 décembre 2021 par laquelle la présidente du Tribunal a liquidé et taxé les frais de l'expertise précitée à la somme de 1 800 euros ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné Mme Chenal-Peter, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin de provision :

1. L'article R. 541-1 du code de justice administrative dispose que : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ".

2. M. B, qui exerce ses fonctions de principal de collège au collège Raimu à Bandol, a été victime d'un accident vasculaire cérébral, le 21 mars 2019, au sein de ce collège, qui a été reconnu imputable au service par un arrêté du recteur de l'académie de Nice du 17 juillet 2019. M. B a été placé en congé d'invalidité temporaire imputable au service du 22 mars 2019 au 31 janvier 2020, puis a repris ses fonctions dans le cadre d'un mi-temps thérapeutique. Par des courriers du 10 mars 2020 et 5 janvier 2022, auxquels le recteur n'a pas répondu, il a sollicité la réparation des préjudices subis en raison de son accident de service du 21 mars 2019. Par ordonnance du 7 avril 2021, le juge des référés du Tribunal a ordonné une expertise médicale, dont le rapport a été déposé le 30 novembre 2021. M. B demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, de condamner l'Etat à lui payer, à titre de provision, la somme globale de 317 279,60 euros.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le recteur de l'académie de Nice :

3. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision () / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ". Le premier alinéa de l'article R. 421-2 de ce code : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. Toutefois, lorsqu'une décision explicite de rejet intervient avant l'expiration de cette période, elle fait à nouveau courir le délai de recours ". Aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables à qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ". D'autre part, en vertu de l'article L. 112-2 du code des relations entre le public et l'administration, ne sont applicables aux relations entre l'administration et ses agents ni les dispositions de l'article L. 112-3 de ce code aux termes desquelles : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception ", ni celles de son article L. 112-6 qui dispose que : " les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis () ". Par ailleurs, l'article L. 231-4 de ce code prévoit que le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet dans les relations entre les autorités administratives et leurs agents.

4. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions qu'en cas de naissance d'une décision implicite de rejet du fait du silence gardé par l'administration pendant la période de deux mois suivant la réception d'une demande, le délai de deux mois pour se pourvoir contre une telle décision implicite court dès sa naissance à l'encontre d'un agent public, alors même que l'administration n'a pas accusé réception de la demande de cet agent, les dispositions de l'article L. 112-3 du code des relations entre le public et l'administration n'étant pas applicables aux agents publics. Ce n'est qu'au cas où, dans le délai de deux mois ainsi décompté, l'auteur de la demande adressée à l'administration reçoit notification d'une décision expresse de rejet qu'il dispose alors, à compter de cette notification, d'un nouveau délai pour se pourvoir.

5. En second lieu, la décision par laquelle l'administration rejette une réclamation tendant à la réparation des conséquences dommageables d'un fait qui lui est imputé lie le contentieux indemnitaire à l'égard du demandeur pour l'ensemble des dommages causés par ce fait générateur, quels que soient les chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages invoqués par la victime et que sa réclamation ait ou non spécifié les chefs de préjudice en question. Par suite, la victime est recevable à demander au juge administratif, dans les deux mois suivant la notification de la décision ayant rejeté sa réclamation, la condamnation de l'administration à l'indemniser de tout dommage ayant résulté de ce fait générateur, y compris en invoquant des chefs de préjudice qui n'étaient pas mentionnés dans sa réclamation. En revanche, si une fois expiré ce délai de deux mois, la victime saisit le juge d'une demande indemnitaire portant sur la réparation de dommages causés par le même fait générateur, cette demande est tardive et, par suite, irrecevable. Il en va ainsi alors même que ce recours indemnitaire indiquerait pour la première fois les chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages, ou invoquerait d'autres chefs de préjudice, ou aurait été précédé d'une nouvelle décision administrative de rejet à la suite d'une nouvelle réclamation portant sur les conséquences de ce même fait générateur. Il n'est fait exception à ce qui est dit au point précédent que dans le cas où la victime demande réparation de dommages qui, tout en étant causés par le même fait générateur, sont nés, ou se sont aggravés, ou ont été révélés dans toute leur ampleur postérieurement à la décision administrative ayant rejeté sa réclamation. Dans ce cas, qu'il s'agisse de dommages relevant de chefs de préjudice figurant déjà dans cette réclamation ou de dommages relevant de chefs de préjudice nouveaux, la victime peut saisir l'administration d'une nouvelle réclamation portant sur ces nouveaux éléments et, en cas de refus, introduire un recours indemnitaire dans les deux mois suivant la notification de ce refus.

6. En l'espèce, M. B a présenté une première demande d'indemnisation, non chiffrée, dans l'attente de l'expertise sollicitée, présentée le 10 mars 2020, et reçue par le recteur de l'académie de Nice le 11 mars suivant. En application des dispositions combinées des articles 1er et 7 de l'ordonnance visée ci-dessus du 25 mars 2020, prévoyant une suspension du délai d'intervention des décisions implicites en raison de l'état d'urgence sanitaire, la décision implicite de rejet de cette demande est intervenue le 24 juin 2020. A la suite du rapport d'expertise déposé le 30 novembre 2021, M B a déposé une nouvelle demande d'indemnisation le 5 janvier 2022, chiffrant ses préjudices et sollicitant une somme de 317 279. 60 euros. Dans ces conditions, dès lors que les préjudices de M. B ont été révélés, à la suite de ce rapport d'expertise, dans toute leur ampleur, postérieurement à la décision administrative ayant rejeté sa première réclamation du 10 mars 2020, l'intéressé a pu présenter une nouvelle demande indemnitaire au recteur, en lien avec l'accident de service du 21 mars 2019, sans que cette demande soit tardive. Ainsi, la décision implicite de rejet de cette demande, qui a lié le contentieux, étant née en cours d'instance, la requête, enregistrée au greffe le 7 janvier 2022 n'est pas tardive.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la fin de non-recevoir opposée par le recteur de l'académie de Nice doit être écartée.

En ce qui concerne le caractère non sérieusement contestable de l'obligation de l'Etat :

8. Les dispositions qui instituent l'allocation temporaire d'invalidité ou la rente d'invalidité déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les fonctionnaires concernés peuvent prétendre au titre de l'atteinte dans l'intégrité physique dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Elles ne font en revanche pas obstacle à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie imputables au service, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice. Elles ne font pas non plus obstacle à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la personne publique, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette personne ou à l'état d'un ouvrage public dont l'entretien lui incombait.

9. M. B a été victime d'un accident le 21 mars 2019 qui a été reconnu imputable au service par une décision du 17 juillet 2019. Compte-tenu de ce qui a été dit au point précédent, l'obligation dont se prévaut M. B envers l'Etat, correspondant à la réparation des préjudices patrimoniaux d'une autre nature que ceux réparés forfaitairement par l'allocation temporaire d'invalidité et de ses préjudices extrapatrimoniaux résultant de cet accident de service, présente, en principe, un caractère non sérieusement contestable, même en l'absence de faute de l'Etat.

En ce qui concerne l'évaluation des préjudices :

10. Le recteur de l'académie de Nice soutient que l'Etat ne saurait être condamné à payer une somme qu'il ne doit pas et que les demandes indemnitaires de M. B sont manifestement exagérées. Toutefois, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient seulement au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui paraît revêtir un caractère de certitude suffisant.

S'agissant de la régularité des opérations d'expertise et du rapport de l'expert :

11. D'une part, le recteur de l'académie de Nice soutient que les opérations d'expertise ne se seraient pas déroulées de façon régulière, au regard des dispositions des articles R 621-7 et R 621-9 du code de justice administrative. Toutefois, il ne justifie par aucun argument précis de telles allégations et n'établit pas, en particulier, que le principe du contradictoire durant les opérations d'expertise aurait été méconnu.

12. D'autre part, le recteur de l'académie de Nice n'établit pas davantage que le rapport de l'expert, déposé au greffe du tribunal le 30 novembre 2021, présenterait un caractère incomplet, au seul motif qu'il est intitulé " pré rapport ", et qu'il serait entaché d'une erreur matérielle quant à sa date, et ce, alors que le recteur ne conteste pas ne pas avoir produit d'observations écrites ou orales après la transmission du pré rapport.

S'agissant des préjudices extrapatrimoniaux :

13. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et en particulier de l'expertise contradictoire réalisée par l'expert désigné par le Tribunal, que M. B a souffert, d'une part, d'un déficit fonctionnel temporaire total entre le 21 mars et le 1er avril 2019, et, d'autre part, d'un déficit fonctionnel temporaire partiel évalué à 50 % entre le 2 avril 2019 et le 21 septembre 2020, date de consolidation de son état de santé. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice, qui n'est pas sérieusement contestable, en allouant au requérant une somme provisionnelle de 200 euros et de 4 465 euros à ce titre, soit une somme totale de 4 665 euros.

14. En deuxième lieu, il sera fait une juste appréciation des souffrances endurées par M. B, évaluées à 4/7 par l'expert, en accordant au requérant une provision de 7 200 euros à ce titre. Contrairement à ce que soutient le recteur, une telle somme s'inscrit dans le cadre du référentiel indicatif d'indemnisation de l'ONIAM.

15. En troisième lieu, il résulte du rapport d'expertise, non contesté par le recteur sur ce point, que M. B dont l'état de santé est consolidé depuis le 21 septembre 2020, reste atteint, du fait de l'accident vasculaire cérébral dont il a été victime le 21 mars 2019, d'un déficit fonctionnel permanent de 50 %, dont 30% concerne les séquelles d'ordre cardiaque en lien avec cet accident, 10% des séquelles neurocognitives et 10% les séquelles psychiatriques et psychologiques. Compte tenu de l'âge du requérant, né le 22 septembre 1971, le préjudice subi à ce titre, non sérieusement contestable, peut être évalué à la somme de 109 000 euros.

16. En quatrième lieu, il résulte du rapport d'expertise et des attestations versées au dossier que M. B n'a plus de capacités physiques lui permettant une pratique régulière des activités sportives qu'il exerçait jusqu'alors. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice, en allouant au requérant une somme provisionnelle de 3 000 euros à ce titre.

17. En cinquième lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du Dr C, que M. B a des troubles sexuels liés à l'accident dont il a été victime. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice, qui n'est pas sérieusement contestable, en allouant au requérant une somme provisionnelle de 2 000 euros à ce titre.

18. En sixième lieu, M. B sollicite également l'indemnisation de son préjudice moral, en faisant valoir que l'accident de service dont il a été victime a eu un retentissement important sur son état psychologique et qu'il n'a pas eu le soutien de son administration. Toutefois, ce chef de préjudice doit être regardé, en l'espèce, comme ayant déjà été réparé au titre de son déficit fonctionnel permanent, lequel comprend, à hauteur de 10%, la réparation des séquelles psychiatriques et psychologiques en lien avec cet accident. Par suite, il n'y a pas lieu de lui allouer une provision à ce titre.

S'agissant des préjudices patrimoniaux non professionnels :

19. En premier lieu, M. B justifie aussi avoir exposé des frais d'assistance d'un médecin-conseil lors des opérations d'expertise conduites par le Dr C d'un montant de 700 euros. Au vu du justificatif produit, il y a lieu de retenir ladite somme à titre de provision. En revanche, les frais engagés par le requérant, correspondant à l'assistance d'un médecin conseil pendant d'autres opérations d'expertise, dont la réalité n'est pas établie par les pièces du dossier, ne présentent pas le caractère d'une créance non sérieusement contestable. Il en est de même des frais engagés par M. B correspondant à l'assistance de son conseil dans le cadre des procédures contentieuses engagées auprès du Tribunal, lesquels ne sauraient justifier l'allocation d'une provision dans le cadre de la présente instance.

20. En second lieu, il résulte de l'instruction que l'expert désigné par le Tribunal a estimé que l'état de santé de M. B a nécessité l'assistance d'une tierce personne à raison d'une heure par jour pour la période avant consolidation, allant du 2 avril 2019 au 21 septembre 2020. Pour cette période, eu égard au caractère non spécialisé de cette aide, l'indemnisation doit être calculée sur la base d'un taux horaire de 14 euros, sur une base annuelle de 412 jours afin de tenir compte des congés payés ainsi que des dimanches et jours fériés. Les frais d'assistance par une tierce personne relatifs à la période du 2 avril 2019 au 21 septembre 2020, soit 537 jours, s'élèvent ainsi à une somme non sérieusement contestable de 8 486 euros.

21. Par ailleurs, s'agissant de la période allant du 21 septembre 2020, date de consolidation de l'état de santé du requérant, jusqu'à la date de la présente ordonnance, les frais liés à l'assistance par une tierce personne non spécialisée, évaluée par l'expert également à une heure par jour s'élèvent, sur la base d'un taux horaire de 15 euros, sur une base annuelle de 412 jours, pour une période de 667 jours, à une somme non sérieusement contestable de 11 293 euros.

22. Enfin, pour la période postérieure à la présente ordonnance, il y a lieu de convertir la somme de 6 180 euros, calculée dans les mêmes conditions qu'au point précédent, exposée annuellement par le requérant au titre des frais liés à l'assistance par une tierce personne, en capital et de lui appliquer, compte-tenu de son âge à cette date, un coefficient de capitalisation de 30,896, en application du barème de la Gazette du Palais publié en 2020, soit un capital de 190 937 euros.

23. L'ensemble des frais liés à l'assistance par une tierce personne peut être évalué à une somme non sérieusement contestable de 210 716 euros. Toutefois, eu égard aux conclusions de M. B, qui demande dans la présente instance la somme totale de 317 279,60 euros à titre de provision, il y a lieu de ramener la provision allouée au titre de ces frais à la somme de 190 714.60 euros.

S'agissant des frais d'expertise :

24. Aux termes de l'article R. 621-13 du code de justice administrative : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal () en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4. Cette ordonnance désigne la ou les parties qui assumeront la charge de ces frais et honoraires () Elle peut faire l'objet, dans le délai d'un mois à compter de sa notification, du recours prévu à l'article R. 761-5. / Dans le cas où les frais d'expertise mentionnés à l'alinéa précédent sont compris dans les dépens d'une instance principale, la formation de jugement statuant sur cette instance peut décider que la charge définitive de ces frais incombe à une partie autre que celle qui a été désignée par l'ordonnance mentionnée à l'alinéa précédent ou par le jugement rendu sur un recours dirigé contre cette ordonnance () ". En vertu de l'article R. 761-5 du même code : " Les parties, l'Etat lorsque les frais d'expertise sont avancés au titre de l'aide juridictionnelle ainsi que, le cas échéant, l'expert, peuvent contester l'ordonnance mentionnée à l'article R. 761-4 devant la juridiction à laquelle appartient l'auteur de l'ordonnance. / () / Le recours mentionné au précédent alinéa est exercé dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance sans attendre l'intervention de la décision par laquelle la charge des frais est attribuée ".

25. L'ordonnance par laquelle le président du tribunal administratif liquide et taxe les frais et honoraires d'expertise, qui revêt un caractère administratif, peut faire l'objet, en vertu des dispositions des articles R. 621-13 et R. 761-5 du code de justice administrative, d'un recours de plein contentieux par lequel le juge détermine les droits à rémunération de l'expert ainsi que les parties devant supporter la charge de cette rémunération. En vertu de l'avant-dernier alinéa de ce même article R. 621-13, ce n'est que lorsque les frais d'expertise sont compris dans les dépens d'une instance principale que la formation de jugement statuant sur cette instance peut décider que ces frais seront mis définitivement à la charge d'une partie autre que celle qui est désignée par l'ordonnance de taxation ou le jugement rendu sur un recours dirigé contre cette ordonnance. Dès lors que la partie désignée par l'ordonnance de taxation comme devant supporter les frais d'expertise dispose d'une voie de droit spéciale pour contester cette désignation et que le juge du référé provision n'est pas saisi de l'instance principale, cette partie n'est pas recevable à demander à ce juge l'octroi d'une provision au titre de ces frais, ni à demander à celui-ci qu'il en attribue la charge à une partie en tant que dépens d'une instance principale.

26. Par suite, M. B n'est pas fondé à solliciter l'octroi d'une provision de 1 800 euros au titre des frais de l'expertise prescrite par le juge des référés du Tribunal, qui ont été mis à sa charge.

27. Il résulte de tout ce qui précède, que M. B est fondé à demander la condamnation de l'Etat à lui verser une provision de 317 279.60 euros.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

28. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

29. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. B une provision de 317 279.60 euros.

Article 2 : L'Etat versera une somme de 2 000 euros à M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Nice.

Fait à Toulon le 19 juillet 2022.

La vice-présidente désignée,

Juge des référés,

Signé

A-L. CHENAL-PETER

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/Le greffier en chef,

Le greffier.

N°2200027

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TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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