jeudi 13 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2200104 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | AURELEX AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 janvier 2022, la société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) NC Sécurité Privée, représentée par Me Sarraco, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits, d'une somme de 123 832 euros au titre des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de l'exercice clos en 2016, de l'intégralité des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de l'exercice clos en 2017, et des sommes de 88 278 euros et 44 695 euros au titre des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés respectivement pour la période du 26 mai 2015 au 31 décembre 2016 et pour celle du 1er janvier au 31 décembre 2017, ainsi que des pénalités correspondantes ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 400 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- il y a lieu de dégrever, en matière d'impôt sur les sociétés comme de taxe sur la valeur ajoutée, en droits et en pénalités, les sommes correspondant à la différence entre les impositions mises en recouvrement le 15 mars 2019 et les créances déclarées par la direction générale des finances publiques le 24 février 2020 ;
- en matière de taxe sur la valeur ajoutée, il y a lieu d'abandonner les rappels à hauteur de la différence entre les montants retenus par le service vérificateur et ceux qui ressortent de ses comptes annuels révisés ;
- en matière d'impôt sur les sociétés, les résultats ressortant de sa comptabilité révisée correspondent à un bénéfice de 54 511 euros au titre de l'exercice 2016 et à un déficit de 198 383 euros au titre de l'exercice 2017 ;
- les majorations pour manquement délibéré appliquées par le service vérificateur sur le fondement des dispositions du a de l'article 1729 du code général des impôts sont excessives dès lors qu'elle n'a pas eu l'intention d'éluder l'impôt.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 mai 2022, le directeur départemental des finances publiques du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 mai 2024 :
- le rapport de M. Cros ;
- et les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La SASU NC Sécurité Privée, qui exerce une activité de gardiennage et de protection des personnes et des biens depuis le 26 mai 2015, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité à l'issue de laquelle, par une proposition de rectification du 17 décembre 2018, le service vérificateur lui a notifié des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos les 31 décembre 2016 et 31 décembre 2017 ainsi que des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 26 mai 2015 au 30 juin 2018, établis selon la procédure de rectification contradictoire. Sa réclamation du 11 mars 2021 ayant été expressément rejetée le 18 novembre suivant, la requérante demande au tribunal de prononcer la décharge de ces suppléments d'imposition, en droits et pénalités.
Sur les conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne les déclarations de créances fiscales intervenues dans le cadre de la procédure de sauvegarde de la société :
2. Il résulte de l'instruction que la déclaration de créances fiscales établie le 24 février 2020 par la comptable publique du pôle de recouvrement spécialisé du Var de la direction générale des finances publiques à l'intention du mandataire judiciaire s'inscrit dans le cadre de la procédure de sauvegarde de la société requérante, ouverte par un jugement du tribunal de commerce de Fréjus rendu le 27 janvier précédent. Ainsi que l'oppose l'administration, cette déclaration de créances fiscales, qui est une mesure liée au recouvrement de l'impôt, est sans incidence sur le présent contentieux portant exclusivement sur l'établissement de l'impôt. Par suite, la requérante n'est pas fondée à solliciter le " dégrèvement " des sommes correspondant à la différence entre les impositions mises en recouvrement le 15 mars 2019 et les créances fiscales ainsi déclarées le 24 février 2020.
En ce qui concerne le bien-fondé de l'imposition :
3. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré ".
4. Il est constant que la SASU NC Sécurité Privée s'est abstenue de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification du 17 décembre 2018. Dès lors, en vertu des dispositions rappelées au point précédent, elle ne peut obtenir, par la voie contentieuse, la décharge ou la réduction des impositions mises à sa charge qu'en apportant la preuve de l'exagération des bases retenues par l'administration.
S'agissant de la taxe sur la valeur ajoutée :
5. La SASU NC Sécurité Privée sollicite l'abandon des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période litigieuse, à hauteur de la différence entre les montants retenus par le service vérificateur dans la proposition de rectification du 17 décembre 2018 et ceux qui ressortent de ses " comptes annuels révisés " qu'elle a reconstitués après la procédure de contrôle. Toutefois, la requérante n'apporte aucune explication susceptible de démontrer que les rectifications opérées par le vérificateur seraient erronées. Elle se borne à renvoyer sans autre précision à ses comptes et grands-livres qui, ayant été reconstitués postérieurement aux opérations de contrôle, sont présentés pour la première fois devant le tribunal et sont dépourvus de valeur probante. Au surplus, elle ne produit aucune pièce justificative à l'appui de cette comptabilité reconstituée, ainsi que l'a opposé l'administration dans la décision rejetant sa réclamation. Dans ces conditions, le moyen ne peut qu'être écarté.
S'agissant de l'impôt sur les sociétés :
6. La société requérante se borne, comme en matière de taxe sur la valeur ajoutée, à renvoyer à sa " comptabilité révisée " qui correspond à la comptabilité qu'elle a reconstituée postérieurement à la notification de la proposition de rectification et qui n'a aucune valeur probante. Si elle allègue avoir régularisé les erreurs de comptabilisation qui entachaient sa comptabilité initiale, corrigé les imputations injustifiées, neutralisé les doublons entachant les soldes des reports à nouveau à l'ouverture de l'exercice 2017 et reclassé les erreurs d'imputation affectant le compte courant d'associé de son président M. A, elle n'apporte, sur l'ensemble de ces points, aucune explication ni pièce justificative de nature à démontrer le caractère infondé des rectifications en litige. Si elle annonce " la production des pièces comptables justifiant ces nouveaux résultats " dans le cadre d'un mémoire ampliatif ultérieur, celui-ci n'a pas été produit. Dès lors, le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne la majoration de 40 % pour manquement délibéré :
7. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ". Selon l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs, () la preuve de la mauvaise foi () incombe à l'administration ".
8. Il résulte de ces dispositions que la pénalité pour manquement délibéré a pour seul objet de sanctionner la méconnaissance par le contribuable de ses obligations déclaratives. Pour établir ce manquement délibéré, l'administration doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations et, d'autre part, de l'intention de l'intéressé d'éluder l'impôt. Pour établir le caractère intentionnel du manquement du contribuable à son obligation déclarative, l'administration doit se placer au moment de la déclaration ou de la présentation de l'acte comportant l'indication des éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt. Si l'administration se fonde également sur des éléments tirés du comportement du contribuable pendant la vérification, la mention d'un tel motif, qui ne peut en lui-même justifier l'application d'une telle pénalité, ne fait pas obstacle à ce que le manquement délibéré soit regardé comme établi dès lors que les conditions rappelées ci-dessus sont satisfaites.
9. Il ressort de la proposition de rectification du 17 décembre 2018 que le vérificateur a appliqué la majoration de 40 % pour manquement délibéré, prévue par les dispositions précitées du a de l'article 1729 du code général des impôts, aux rectifications liées, d'une part, aux omissions de déclaration de taxe sur la valeur ajoutée collectée sur l'ensemble de la période vérifiée et, d'autre part, à la minoration d'actif en matière d'impôt sur les sociétés, résultant des sommes inscrites sans justification au crédit du compte courant d'associé du président et associé unique de la société, M. A, au titre des exercices clos en 2016 et 2017.
10. S'agissant en premier lieu de la taxe sur la valeur ajoutée collectée et non déclarée, le vérificateur a rappelé que ce manquement concerne des recettes professionnelles encaissées par la société NC Sécurité Privée et figurant sur ses comptes bancaires, que ces recettes avaient été enregistrées en produits dans la comptabilité de la société, que cette dernière avait pourtant déposé des déclarations de taxe sur la valeur ajoutée collectée portant la mention " néant " au titre de la période du 1er janvier 2017 au 30 juin 2018 et, enfin, que les montants non déclarés sont importants à la fois en valeur absolue (s'élevant respectivement à 39 789 euros, 74 163 euros, 178 811 euros et 51 145 euros au titre des années 2015 à 2018) et en proportion de l'ensemble de la taxe collectée reconstituée (l'omission déclarative représentant respectivement 206 %, 50 %, 100 % et 100 % de cette dernière au titre des mêmes années). Le vérificateur en a déduit que la société ne pouvait ignorer l'insuffisance de ses déclarations de taxe collectée dès lors qu'elle connaissait la réalité et l'importance de son chiffre d'affaires. Enfin, le vérificateur a relevé que le dirigeant de la société avait reconnu, lors des opérations sur place, être au courant de cette situation de " rétention de TVA collectée ". Dans sa requête, la requérante soutient que le contexte dans lequel elle a souscrit ses déclarations, caractérisé notamment par une rentabilité faible et des retards de paiement par ses clients ayant entraîné des difficultés récurrentes de trésorerie, l'a conduite à " différer partiellement le paiement de la TVA collectée ". Ce faisant, la société reconnaît qu'elle avait nécessairement connaissance de l'infraction. Par ailleurs, la circonstance qu'elle n'a pas exercé la totalité de ses droits à déduction sur certaines factures de fournisseurs est sans incidence sur sa connaissance des omissions déclaratives en matière de taxe collectée auprès de ses clients. Dans ces conditions, l'administration apporte la preuve du caractère intentionnel du manquement.
11. S'agissant en second lieu des sommes portées sans justification au crédit du compte courant d'associé de M. A, le vérificateur s'est fondé sur la répétition du manquement (respectivement 15 et 17 crédits non justifiés au titre des exercices clos en 2016 et 2017), l'importance des sommes en cause (respectivement 297 867 euros et 306 609 euros au titre des exercices 2016 et 2017) et enfin la finalité de ce procédé qui a permis à la SASU NC Sécurité Privée, dès le démarrage de son activité, de minorer fictivement son résultat soumis à l'impôt sur les sociétés et ainsi de dégager un résultat déficitaire sur l'exercice clos en 2016 et un résultat faiblement taxable sur l'exercice clos en 2017. Dans sa requête, la société se borne à alléguer que la correction des écritures comptabilisées à tort au crédit du compte courant d'associé de M. A doit conduire à la décharge presque totale des cotisations supplémentaires à l'impôt sur les sociétés. Non seulement ce moyen a déjà été écarté au point 6 du présent jugement concernant les droits, mais il ne repose sur aucun élément de nature à contester utilement l'intention de l'intéressée d'éluder l'impôt. Dans ces conditions, l'administration établit que le manquement est délibéré.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la SASU NC Sécurité Privée n'est pas fondée à demander la décharge ni même la réduction des impositions supplémentaires mises à sa charge, en droits comme en pénalités.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée à ce titre par la SASU NC Sécurité Privée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SASU NC Sécurité Privée est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée unipersonnelle NC Sécurité Privée et au directeur départemental des finances publiques du Var.
Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bernabeu, présidente,
M. Cros et M. Martin, premiers conseillers.
M. Martin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.
Le rapporteur,
Signé
F. CROS
La présidente,
Signé
M. BERNABEU
La greffière,
Signé
E. PERROUDON
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
La greffière.
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