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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2200120

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2200120

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2200120
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantVERGELONI

Texte intégral

Vu la procédure suivante : Par une requête enregistrée le 19 janvier 2022, Mme C A, représentée par Me Garcia, doit être regardée comme demandant au tribunal : 1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 57 826, 50 euros, en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis, à la suite de sa prise en charge à l'hôpital d'instruction des armées Sainte-Anne, le 2 juin 2017 ; 2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 750 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens. Elle soutient que : - la responsabilité du ministère des armées en engagée, au titre des dispositions des articles L. 1111-2 et L. 1142-1 du code de la santé publique ; - elle peut prétendre à une indemnisation à hauteur du taux de perte de chance imputable à l'hôpital, soit 75% ; - l'ensemble de ses préjudices patrimoniaux et extrapatrimoniaux doivent être indemnisés. Par deux mémoires, enregistrés les 18 mars 2022 et 14 mars 2024, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Var, représentée par Me Vergeloni, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures : 1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 50 109,54 euros, ainsi que les intérêts au taux légal à compter du 18 mars 2022 et la capitalisation de ces intérêts à compter de la même date, correspondant aux dépenses de santé prises en charge pour Mme A ; 2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1 191 euros, au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion ; 3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Elle soutient que le montant de ses débours est définitif. Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mars 2024, le ministre des armées conclut : 1°) à titre principal, à ce qu'une nouvelle expertise soit diligentée ; 2°) à titre subsidiaire, à ce que l'indemnisation soit ramenée à de plus justes proportions ; 3°) au rejet du surplus des conclusions. Il soutient que : - le préjudice imputable à la faute commise par l'hôpital ne peut, s'il existe, que consister en une perte de chance d'obtenir un diagnostic plus rapide ; - l'expert a confondu la perte de chance et le partage de responsabilité ; - seules les souffrances endurées sont imputables à la perte de chance d'obtenir un diagnostic plus précoce ; - les demandes au titre des souffrances endurées ainsi que du déficit fonctionnel permanent sont surévaluées ; - l'assistance d'un avocat au cours de la procédure amiable ne présentait pas de caractère indispensable ; - les frais et honoraires de l'expert ont été mis à la charge de la requérante par le tribunal judiciaire ; - la CPAM du Var présente des débours en lien avec la complication non fautive et non exclusivement imputables au défaut d'information. Un mémoire présenté par Mme A a été enregistré le 19 mars 2024 et n'a pas été communiqué, en application de l'article R. 611-1 du code de justice administrative Vu les autres pièces du dossier. Vu : - le code de la santé publique ; - le code de la sécurité sociale ; - l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024 ; - le code de justice administrative. Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique : - le rapport de M. Hélayel, conseiller, - les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public, - les observations de Me Garcia, représentant Mme A. Considérant ce qui suit : 1. Le 2 juin 2017, Mme C A, alors âgée de 74 ans, a été prise en charge par l'hôpital d'instruction des armées (HIA) Sainte-Anne, en vue de la réalisation d'une arthroplastie du genou droit. Le 6 juin suivant, elle a été transférée vers l'établissement de soins médicaux et de réadaptation Pierre Chevalier. Le 20 novembre 2017, la réalisation d'une scintigraphie a révélé la présence d'une algodystrophie. Par une ordonnance du 13 mars 2018, la 1ère vice-présidente du tribunal judiciaire de Toulon a ordonné l'expertise médicale de Mme A et désigné un expert. Le rapport d'expertise a été déposé le 15 février 2021. Par un courrier du 26 février 2021, Mme A a présenté, en vain, une demande indemnitaire à l'hôpital Sainte-Anne. Sur la responsabilité de l'HIA Sainte-Anne : 2. D'une part, l'article L. 1111-2 du code de la santé publique dispose que : " I. - Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus. () ". 3. D'autre part, en vertu des dispositions du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique, les établissements publics d'hospitalisation ne sont en principe responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. 4. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise, que la fiche de consentement éclairé donnée à Mme A avant son opération du 2 juin 2017 était trop générale et ne comportait aucune spécificité relative aux prothèses du genou ni aucune partie relative aux complications pouvant se présenter lors d'une telle opération. En outre, si l'acte chirurgical du 2 juin 2017 a été réalisé selon les règles de l'art et les données acquises de la science, le chirurgien de l'HIA Sainte-Anne a manqué de précaution dans la surveillance post-opératoire, dès lors qu'il n'a donné aucune consigne spécifique alors que la cicatrice de Mme A présentait un aspect inflammatoire, ni aucune directive dans le cadre du processus de rééducation. 5. Par ailleurs, l'expert relève que postérieurement à son opération, la prise en charge de Mme A aurait dû être pluridisciplinaire (infectieuse et orthopédique) et que l'avis d'un médecin infectiologue aurait dû être sollicité. Il souligne que, dans ce cadre, le traitement des complications présentées par la patiente n'a pas été conforme aux règles de l'art. 6. Dans ces conditions, l'HIA Sainte-Anne a commis trois fautes de nature à engager sa responsabilité. 7. Selon l'expert, les manquements constatés ont causé à Mme A une perte de chance de poser un diagnostic plus précoce, laquelle est imputable à 75% à l'HIA Sainte-Anne et à 25% au centre Pierre Chevalier. Toutefois, il résulte des termes mêmes du rapport d'expertise que l'état de santé de Mme A après l'opération était uniquement dû à une complication non fautive (évolution cicatricielle difficile et apparition d'un syndrome douloureux) et simultanément, que le rôle de la pathologie initiale était le facteur " majeur et exclusif " des séquelles. L'expert souligne que le retard du chirurgien n'est à l'origine que des souffrances endurées par la patiente. Il s'ensuit qu'il y a lieu de condamner l'Etat à ne réparer que les souffrances subies par Mme A, sans toutefois appliquer de taux de perte de chance, ce préjudice étant entièrement imputable à l'hôpital. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner une nouvelle expertise sur ce point. 8. Au surplus, il n'est pas établi que les complications présentées par Mme A présenteraient un caractère exceptionnel, de nature à ouvrir droit à la réparation au titre de la solidarité nationale, sur le fondement des dispositions du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique. Sur les préjudices de Mme A : 9. En premier lieu, il résulte de l'instruction que les souffrances endurées par Mme A ont été évaluées par l'expert à 4,5 sur une échelle de 1 à 7, dans l'hypothèse de troubles de la cicatrisation et d'algoneurodystrophie. Il en sera fait une juste appréciation en lui attribuant à ce titre la somme de 10 000 euros. 10. En second lieu, Mme A justifie avoir eu recours au docteur B, dans le cadre de l'assistance à expertise. Il sera fait une exacte appréciation de ce préjudice par l'octroi d'une somme de 412,5 euros. Sur les débours de la CPAM du Var : 11. L'alinéa 3 de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale prévoit que : " Les recours subrogatoires des caisses contre les tiers s'exercent poste par poste sur les seules indemnités qui réparent des préjudices qu'elles ont pris en charge, à l'exclusion des préjudices à caractère personnel. " 12. Il résulte de l'instruction, notamment de la notification des débours du 11 février 2022 et de l'attestation d'imputabilité du 30 mars 2022, que la CPAM du Var a servi des prestations à Mme A, constituées de frais hospitaliers, médicaux, pharmaceutiques, d'appareillage et de transports et a évalué ses frais futurs à hauteur de 5 575,86 euros. Toutefois, ces frais ne présentent pas de lien direct avec la faute commise par l'hôpital. Par suite, les conclusions présentées par la CPAM du Var ne peuvent qu'être rejetées. Sur l'indemnité forfaitaire de gestion : 13. L'alinéa 9 de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale dispose : " En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros () ". Aux termes de l'article 1 de l'arrêté du 18 décembre 2023 visé ci-dessus : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 118 € et 1 191 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2024. " 14. Par voie de conséquence, la demande présentée par la CPAM à ce titre ne peut qu'être rejetée. Sur les frais du litige : 15. En premier lieu, la somme de 1 659,36 euros doit être mise à la charge de l'Etat au titre des frais de l'expertise confiée au docteur D. 16. En second lieu, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Mme A, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. 17. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la CPAM du Var sur le fondement des mêmes dispositions. D É C I D E :Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme A la somme de 10 412,5 euros.Article 2 : Les frais de l'expertise sont mis à la charge de l'Etat, à hauteur de 1 659,36 euros. Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 500 euros à Mme A, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à la caisse primaire d'assurance maladie du Var et au ministre des armées.Copie en sera adressée à l'hôpital d'instruction des armées Sainte-Anne.Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :M. Philippe Harang, président, M. Zouhaïr Karbal, conseiller,M. David Hélayel, conseiller. Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024. Le rapporteur,SignéD. HELAYEL Le président, Signé Ph. HARANGLa greffière,SignéF. POUPLY La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.Pour expédition conforme,La greffière,2N° 2200120

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