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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2200145

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2200145

mardi 2 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2200145
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 janvier 2022, la société à responsabilité limitée (SARL) Sud Conseil Méditerranée demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations et rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période allant du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2017, pour un montant total de 108 872 euros.

Elle soutient que :

- les propositions de rectification sont insuffisamment motivées ;

- compte tenu de la présence de son siège social à Nice, le service ayant procédé aux contrôles n'était pas territorialement compétent ;

- le service n'a pas tenu compte de la taxe sur la valeur ajoutée portée sur la déclaration CA3 du mois d'août 2014 rectifée à hauteur de 50 449 euros avant l'engagement des opérations de contrôle ;

- l'administration ne pouvait pas mettre en recouvrement les rappels de taxe sur la valeur ajoutée établis au titre des années 2016 et 2017 alors qu'une procédure de contrôle fiscal au titre de ces périodes était toujours en cours ;

- l'administration n'apporte pas la preuve de sa mauvaise foi pour lui appliquer la majoration de 40 % pour manquement délibéré.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mars 2022, le directeur départemental des finances publiques du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- à titre principal, la réclamation préalable adressée par la requérante à l'administration était tardive au regard des dispositions de l'article R. 196-1 du livre des procédures fiscales ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Martin,

- et les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Sud Conseil Méditerranée a fait l'objet d'une première vérification de comptabilité au titre de la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2014 et d'une seconde vérification de comptabilité au titre de la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2016. A l'issue de ces contrôles, par des propositions de rectification du 18 mai 2015 et du 30 mai 2017, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée lui ont été notifiés. Par ailleurs, des cotisations de taxe sur la valeur ajoutée résultant de ses déclarations CA3 au titre des mois d'août 2014 et avril 2017 ont également été mises en recouvrement. Par sa requête, la SARL Sud Conseil Méditerranée demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, de ces rappels et cotisations de taxe sur la valeur ajoutée à hauteur de 108 872 euros.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense par l'administration fiscale :

2. Aux termes de l'article R. 190-1 du livre des procédures fiscales : " Le contribuable qui désire contester tout ou partie d'un impôt qui le concerne doit d'abord adresser une réclamation au service territorial () de la direction générale des finances publiques () dont dépend le lieu de l'imposition () ". Selon l'article R. 196-1 de ce livre : " Pour être recevables, les réclamations relatives aux impôts autres que les impôts directs locaux et les taxes annexes à ces impôts, doivent être présentées à l'administration au plus tard le 31 décembre de la deuxième année suivant celle, selon le cas : / a) de la mise en recouvrement du rôle ou de la notification d'un avis de mise en recouvrement () ". L'article R. 196-3 du même livre dispose que : " Dans le cas où un contribuable fait l'objet d'une procédure de reprise ou de rectification de la part de l'administration des impôts, il dispose d'un délai égal à celui de l'administration pour présenter ses propres réclamations ". Aux termes de l'article L. 176 du livre précité : " Pour les taxes sur le chiffre d'affaires, le droit de reprise de l'administration s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année suivant celle au cours de laquelle la taxe est devenue exigible conformément aux dispositions du 2 de l'article 269 du code général des impôts () ". Le premier alinéa de l'article L. 189 du même livre précise que : " La prescription est interrompue par la notification d'une proposition de rectification, par la déclaration ou la notification d'un procès-verbal, de même que par tout acte comportant reconnaissance de la part des contribuables et par tous les autres actes interruptifs de droit commun ". Enfin, l'article R. 421-5 du code de justice administrative dispose en outre que : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

3. Il résulte de ces dispositions que le délai général imparti pour présenter une réclamation à l'administration expire le 31 décembre de la seconde année suivant celle de la mise en recouvrement du rôle ou de la notification d'un avis de mise en recouvrement. En revanche, lorsqu'un contribuable a fait l'objet d'une procédure de reprise ou de rectification, il dispose, pour présenter une réclamation, d'un délai égal à celui imparti à l'administration pour établir l'impôt. En matière de taxe sur la valeur ajoutée, ce délai expire le 31 décembre de la troisième année suivant celle au cours de laquelle la proposition de rectification lui a été régulièrement notifiée.

4. En l'espèce, la société requérante conteste d'abord deux créances de taxe sur la valeur ajoutée résultant de ses propres déclarations mensuelles CA3 au titre des mois d'août 2014 et d'avril 2017, respectivement mises en recouvrement le 31 octobre 2014 et le 17 juillet 2017. Toutefois, si l'administration produit ces deux avis de mise en recouvrement, elle ne rapporte pas la preuve, par la production des accusés de réception correspondants, de leur notification régulière à la contribuable. La société Sud Conseil Méditerranée conteste également des rappels de taxe sur la valeur ajoutée lui ayant été notifiés, à l'issue de deux vérifications de comptabilité, par des propositions de rectification du 18 mai 2015 et du 30 mai 2017. Toutefois, l'administration ne rapporte pas davantage la preuve de la réception de ces propositions de rectification par le contribuable. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense par l'administration tirée de la tardiveté de la réclamation contentieuse préalable, présentée le 28 octobre 2021, doit être écartée.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation () ". Si la SARL Sud Conseil Méditerranée soutient que les propositions de rectification en date des 18 mai 2015 et 30 mai 2017 ne sont pas suffisamment motivées, elle ne produit toutefois pas ces deux documents, de sorte qu'elle ne met pas à même le juge de l'impôt d'apprécier le bien-fondé de ce moyen.

6. En second lieu, aux termes de l'article L. 45 du livre des procédures fiscales : " 1. Les agents de l'administration des impôts peuvent assurer le contrôle et l'assiette de l'ensemble des impôts ou taxes dus par le contribuable qu'ils vérifient ". Aux termes de l'article 350 terdecies de l'annexe III au code général des impôts : " I. - Sous réserve des dispositions des articles 409 et 410 de l'annexe II au code général des impôts, seuls les fonctionnaires de la direction générale des finances publiques appartenant à des corps des catégories A et B peuvent fixer les bases d'imposition et liquider les impôts, taxes et redevances ainsi que proposer les rectifications. / () II. - 1. Les fonctionnaires mentionnés au premier alinéa du I peuvent exercer les attributions que ces dispositions leur confèrent à l'égard des personnes physiques ou morales ou groupements de personne de droit ou de fait qui ont déposé ou auraient dû déposer dans le ressort territorial du service déconcentré ou du service à compétence nationale dans lequel ils sont affectés une déclaration, un acte ou tout autre document ainsi qu'à l'égard des personnes ou groupements qui, en l'absence d'obligation déclarative, y ont été ou auraient dû y être imposés ou qui y ont leur résidence principale, leur siège ou leur principal établissement () ". Aux termes de l'article 218 A du même code : " 1. L'impôt sur les sociétés est établi au lieu du principal établissement de la personne morale. / Toutefois, l'administration peut désigner comme lieu d'imposition : / soit celui où est assurée la direction effective de la société / soit celui de son siège social () ". Enfin selon le a) de l'article 32 de l'annexe IV au même code, les redevables de la taxe sur la valeur ajoutée doivent souscrire leurs déclarations auprès du service des impôts auquel doit parvenir leur déclaration de bénéfices.

7. Il résulte de l'instruction, d'une part, que le lieu du siège social de la société requérante situé à Ramatuelle dans le Var n'est pas différent du lieu de son principal établissement, qui détermine le service territorialement compétent pour recevoir les déclarations et les agents territorialement compétents pour les contrôler, et, d'autre part, que le transfert du siège social de la société à Nice n'a été effectué que le 20 juin 2017, ainsi qu'il ressort de l'extrait K bis produit par la société elle-même. Par suite, le moyen selon lequel le pôle de contrôle et d'expertise de Saint-Tropez n'était pas territorialement compétent pour mener les vérifications de comptabilité ayant abouti aux propositions de rectification des 18 mai 2015 et 30 mai 2017 ne peut être qu'écarté.

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :

8. En premier lieu, si la société requérante fait valoir que le rappel de taxe sur la valeur ajoutée notifié le 18 mai 2015 au titre de la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2014 pour un montant de 58 959 euros ne tient pas compte de sa déclaration de taxe sur la valeur ajoutée CA3 du mois d'août 2014 qui mentionne une régularisation de 50 449 euros, il résulte toutefois de l'instruction, d'une part, que la régularisation portée sur la déclaration de taxe sur la valeur ajoutée d'août 2014 se rapporte, selon les termes mêmes de la contribuable, à l'année 2013 et, d'autre part, que l'administration ne lui a notifié aucun rappel de taxe sur la valeur ajoutée au titre du mois d'août 2014. Dès lors, la SARL Sud Conseil Méditerranée n'établit pas l'existence d'une double imposition au titre d'une même opération soumise à la taxe sur la valeur ajoutée.

9. En second lieu, la circonstance que la SARL Sud Conseil Méditerranée ait fait l'objet d'une nouvelle procédure de vérification portant sur la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017 en matière de taxe sur la valeur ajoutée et d'impôt sur le revenu à l'issue de laquelle une proposition de rectification lui a été notifiée le 1er août 2019 est sans incidence sur le bien-fondé, d'une part, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge par la proposition de rectification du 30 mai 2017 et, d'autre part, des cotisations de cette même taxe résultant de sa déclaration CA3 du mois d'avril 2017, lesquels ont été mis en recouvrement le 17 juillet 2017.

En ce qui concerne la majoration pour manquement délibéré :

10. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré ; () ". Aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs, de la taxe sur la valeur ajoutée et des autres taxes sur le chiffre d'affaires, des droits d'enregistrement, de la taxe de publicité foncière et du droit de timbre, la preuve de la mauvaise foi et des manœuvres frauduleuses incombe à l'administration ".

11. La pénalité pour manquement délibéré prévue par le 1 de l'article 1729 du code général des impôts a pour seul objet de sanctionner la méconnaissance par le contribuable de ses obligations déclaratives. Pour établir ce manquement délibéré, l'administration doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations et, d'autre part, de l'intention de l'intéressé d'éluder l'impôt. Pour établir le caractère intentionnel du manquement du contribuable à son obligation déclarative, l'administration doit se placer au moment de la déclaration ou de la présentation de l'acte comportant l'indication des éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt.

12. Pour justifier l'application des pénalités pour manquement délibéré, l'administration se borne à relever, dans son mémoire en défense, que des manquements graves et répétés aux règles d'exigibilité de la taxe sur la valeur ajoutée ont été constatés et que des rappels similaires avaient déjà été notifiés à la société pour ces mêmes motifs. Toutefois, par ces seuls éléments, au demeurant non circonstanciés, elle n'établit pas que l'intéressée avait l'intention d'éluder l'impôt. Dans ces conditions, la SARL Sud Conseil Méditerranée est fondée à demander la décharge des pénalités pour manquement délibéré mises à sa charge.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la SARL Sud Conseil Méditerranée est uniquement fondée à demander la décharge des pénalités pour manquement délibéré mises à sa charge pour un montant de 31 317 euros et assortissant les rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre des périodes du 1er janvier au 31 décembre 2014 et du 1er janvier au 31 décembre 2016.

D E C I D E :

Article 1er : La SARL Sud Conseil Méditerranée est déchargée des pénalités pour manquement délibéré assortissant les rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre des périodes du 1er janvier au 31 décembre 2014 et du 1er janvier au 31 décembre 2016, pour un montant total de 31 317 euros.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de la SARL Sud Conseil Méditerranée est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Sud Conseil Méditerranée et au directeur départemental des finances publiques du Var.

Délibéré après l'audience du 11 mars 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Bernabeu, présidente,

- M. Cros, premier conseiller,

- M. Martin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2024.

Le rapporteur,

Signé

J. MARTIN

La présidente,

Signé

M. BERNABEULa greffière,

Signé

E. PERROUDON

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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