mardi 2 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2200147 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 janvier 2022, et un mémoire, enregistré le 5 octobre 2022, la société civile immobilière (SCI) Alea Jacta Est demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 mars 2018, pour un montant total de 234 714 euros.
Elle soutient que :
- en matière de taxe sur la valeur ajoutée, elle a déjà fait l'objet, d'une part, d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2012 au 30 juin 2015, et, d'autre part, d'un contrôle sur pièces portant sur la période du 1er juillet 2015 au 31 mars 2016 ;
- ce contrôle sur pièces était irrégulier et aurait dû prendre la forme d'une vérification de comptabilité, ce que le tribunal administratif constatera dans l'instance n° 2101622 ;
- dès lors, la dernière vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2015 au 31 mars 2018, et ayant conduit au rappel de taxe sur la valeur ajoutée contesté, était irrégulière en ce qu'elle méconnaît les dispositions de l'article L. 51 du livre des procédures fiscales prohibant les doubles vérifications de comptabilité.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juillet 2022, le directeur départemental des finances publiques du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Un mémoire, présenté par le directeur départemental des finances publiques du Var, enregistré le 28 février 2023, n'a pas été communiqué en application des dispositions de l'article R. 611-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Martin,
- et les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société civile immobilière (SCI) Alea Jacta Est a fait l'objet, en matière de taxe sur la valeur ajoutée, d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2015 au 31 mars 2018. A l'issue de ce contrôle, par une proposition de rectification en date du 17 décembre 2019, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée lui ont été notifiés selon la procédure de taxation d'office. Par la présente requête, la société requérante demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge pour un montant total de 234 714 euros.
Sur les conclusions aux fins de décharge :
2. D'une part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 10 du livre des procédures fiscales : " L'administration des impôts contrôle les déclarations ainsi que les actes utilisés pour l'établissement des impôts, droits, taxes et redevances ". Aux termes de l'article L. 13 du même livre : " I.- Les agents de l'administration des impôts vérifient sur place, en suivant les règles prévues par le présent livre, la comptabilité des contribuables astreints à tenir et à présenter des documents comptables () ". L'article L. 51 de ce livre dispose que : " Lorsque la vérification de comptabilité ou l'examen de comptabilité, pour une période déterminée, au regard d'un impôt ou d'une taxe ou d'un groupe d'impôts ou de taxes, est achevé, l'administration ne peut procéder à une vérification de comptabilité ou à un examen de comptabilité de ces mêmes écritures au regard des mêmes impôts ou taxes et pour la même période. / Toutefois, il est fait exception à cette règle : / 2° Dans les cas prévus à l'article L. 176 en matière de taxes sur le chiffre d'affaires () ". Enfin, selon l'article L. 176 du même livre : " Pour les taxes sur le chiffre d'affaires, le droit de reprise de l'administration s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année suivant celle au cours de laquelle la taxe est devenue exigible conformément aux dispositions du 2 de l'article 269 du code général des impôts () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 195 A de l'annexe II au code général des impôts : " Les personnes qui exercent l'option sont soumises à l'ensemble des obligations qui incombent aux assujettis à la taxe sur la valeur ajoutée. Les règles relatives à l'assiette, à la liquidation, au recouvrement, au contrôle et au contentieux de ladite taxe leur sont applicables ".
4. En premier lieu, la SCI Alea Jacta Est soutient qu'ayant opté pour l'assujettissement à la taxe sur la valeur ajoutée, elle ne pouvait pas faire l'objet d'un contrôle sur pièces au titre de cette imposition de sorte que le contrôle sur pièces dont elle a été l'objet au titre de la période du 1er juillet 2015 au 31 mars 2016 était irrégulier et aurait dû prendre la forme d'une vérification de comptabilité rendant impossible toute nouvelle vérification ultérieure au titre de cette même période. Toutefois, aucune disposition législative ou réglementaire ne fait obstacle à ce que l'administration fiscale puisse contrôler sur pièces l'existence et la cohérence des déclarations souscrites par la société requérante en matière de taxe sur la valeur ajoutée, ainsi qu'il a été au demeurant jugé, par un jugement n° 2101622 du 22 décembre 2023 du tribunal administratif de Toulon, qui a rejeté une précédente requête de la SCI Alea Jacta Est contestant, au soutien de ses conclusions aux fin de décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée lui ayant été alors notifiés, la régularité du contrôle sur pièces dont elle a été l'objet au titre de la période du 1er juillet 2015 au 31 mars 2016. Par suite, le moyen tiré de ce qu'une vérification de comptabilité aurait dû être réalisée à la place du contrôle sur pièces et qu'en conséquence, la seconde vérification de comptabilité est irrégulière car deux vérifications de comptabilité ne peuvent porter sur le même impôt et sur la même période, en application de l'art L. 51 du livre des procédures fiscales, doit, dès lors et en tout état de cause, être écarté.
5. En second lieu, les dispositions combinées des articles L. 51 et L. 176 du livre des procédures fiscales citées au point 2 du présent jugement permettent à l'administration de comprendre dans une nouvelle vérification de comptabilité, même si cela déroge aux prescriptions de l'article L. 51 du livre des procédures fiscales, une fraction de période d'imposition à la taxe sur la valeur ajoutée ayant déjà fait l'objet d'une vérification, dès lors que cette fraction se trouve incluse dans un exercice qui se situe à l'intérieur du délai de répétition prévu à l'article L. 176 du même livre. A ce titre, il résulte de l'instruction, d'une part, que la SCI Alea Jacta Est avait fait l'objet d'une première vérification de comptabilité en matière de taxe sur la valeur ajoutée portant sur la période du 1er janvier 2012 au 30 juin 2015 et, d'autre part, que le rappel litigieux de taxe sur la valeur ajoutée pour la période du 1er janvier 2015 au 31 mars 2018 a été établi à la suite d'une seconde vérification de comptabilité, mise en œuvre en 2018, portant sur la période du 1er janvier 2015 au 31 mars 2018. Si la société requérante soutient qu'une telle procédure est irrégulière dès lors que la période du 1er janvier 2015 au 30 juin 2015 a ainsi fait l'objet d'une double vérification de comptabilité prohibée par l'article L. 51 du livre des procédures fiscales, il résulte toutefois de ce qui a été dit que la période du 1er janvier 2015 au 30 juin 2015 se situait, lors de la seconde vérification de comptabilité, à l'intérieur du délai de reprise prévu à l'article L. 176 du même livre, qui s'achevait le 31 décembre 2018. Par suite, c'est sans méconnaître les dispositions combinées de ces deux articles que l'administration a pu inclure dans la seconde vérification cette période qui avait déjà été précédemment vérifiée.
6. Il résulte de tout ce qui précède que la SCI Alea Jacta Est n'est pas fondée à demander la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 mars 2018.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SCI Alea Jacta Est est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière Alea Jacta Est et au directeur départemental des finances publiques du Var.
Délibéré après l'audience du 11 mars 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Bernabeu, présidente,
- M. Cros, premier conseiller,
- M. Martin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2024.
Le rapporteur,
Signé
J. MARTIN
La présidente,
Signé
M. BERNABEU
La greffière,
Signé
E. PERROUDON
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Et par délégation,
La greffière.
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