jeudi 13 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2200293 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | ASTERIO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 4 février 2022 et le 11 juillet 2022, la société Studio Quintessence Pilates, représentée par Me Bracq, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 29 439 euros en réparation des préjudices subis du fait des dispositions législatives et règlementaires relatives à l'état d'urgence sanitaire ayant conduit à la fermeture de son établissement ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 19 261 euros en réparation des préjudices subis du fait des propos tenus durant la gestion de la crise liée à la Covid-19 ;
3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation du préjudice d'image qu'elle estime avoir subi ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité sans faute de l'Etat doit être engagée dès lors qu'elle a subi un préjudice financier en raison de la fermeture de son établissement, et que son préjudice présente un caractère anormal et spécial ;
- les propos tenus par le ministre de la santé sont de nature à engager la responsabilité pour faute de l'Etat dès lors que ces propos ont stigmatisé l'ensemble de la profession ;
- elle a subi un préjudice d'image évalué à 5 000 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 avril 2022, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la Constitution, notamment son Préambule ;
- le code de la santé publique ;
- la loi n° 2020-290 du 23 mars 2020 ;
- la loi n° 2020-546 du 11 mai 2020 ;
- la loi n° 2020-1379 du 14 novembre 2020 ;
-l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 ;
- l'ordonnance n° 2020-330 du 25 mars 2020 ;
- le décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 ;
- le décret n° 2020-1257 du 14 octobre 2020 ;
- le décret n° 2020-1310 du 29 octobre 2020 et ses décrets modificatifs ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Karbal,
- les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public ;
- et les observations de Me Teston pour la société Studio Quintessence Pilates.
Considérant ce qui suit :
1. Afin de ralentir la propagation du virus Covid-19, le Gouvernement a pris un certain nombre de dispositions visant la fermeture au public des ERP, établies dans le respect des avis rendus par le Haut conseil de santé publique. Les mesures d'interdiction d'ouverture frappant certains établissements recevant du public (ERP) sont des mesures d'ordre national qui s'imposent au préfet et qui ne relèvent pas de son pouvoir d'appréciation tel que précisé dans l'article 29 du décret n° 2020-1310 du 29 octobre 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de Covid-19 dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire. La société Studio Quintessence Pilates, qui dispense des cours de pilates, a donc été fermée, au même titre que tous les autres établissements recevant du public, selon les dispositions réglementaires en vigueur s'appliquant sur tout le territoire national lors de la crise sanitaire. Par la présente requête, et un mémoire complémentaire, la société requérante demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme totale de 53 700 euros en réparation des préjudices subis du fait des dispositions législatives et règlementaires relatives à l'état d'urgence sanitaire ayant conduit à la fermeture de son établissement.
Sur le cadre du litige :
2. L'émergence d'un nouveau coronavirus, responsable de la maladie à coronavirus 2019 ou covid-19 et particulièrement contagieux, a été qualifiée d'urgence de santé publique de portée internationale par l'Organisation mondiale de la santé le 30 janvier 2020, puis de pandémie le 11 mars 2020. La propagation du virus sur le territoire français a conduit le ministre chargé de la santé puis le Premier ministre à prendre, à compter du 4 mars 2020, des mesures de plus en plus strictes destinées à réduire les risques de contagion. Pour faire face à l'aggravation de l'épidémie, la loi du 23 mars 2020 a créé un régime d'état d'urgence sanitaire, défini aux articles L. 3131-12 à L. 3131-20 du code de la santé publique, et a déclaré l'état d'urgence sanitaire pour une durée de deux mois à compter du 24 mars 2020. La loi du 11 mai 2020 prorogeant l'état d'urgence sanitaire et complétant ces dispositions a prorogé cet état d'urgence sanitaire jusqu'au 10 juillet 2020. L'évolution de la situation sanitaire a conduit à un assouplissement des mesures prises et la loi du 9 juillet 2020 a organisé un régime de sortie de cet état d'urgence. En raison d'une progression de l'épidémie, le décret du 14 octobre 2020 a déclaré l'état d'urgence sanitaire à compter du 17 octobre 2020 sur le territoire national et la loi du 14 novembre 2020 autorisant la prorogation de l'état d'urgence sanitaire et portant diverses mesures de gestion de la crise sanitaire a prorogé l'état d'urgence sanitaire jusqu'au 16 février 2021 inclus.
3. Aux termes de l'article L. 3131-12 du code de la santé publique, issu de la loi du 23 mars 2020 d'urgence pour faire face à l'épidémie de Covid-19 : " L'état d'urgence sanitaire peut être déclaré sur tout ou partie du territoire métropolitain ainsi que du territoire des collectivités régies par les articles 73 et 74 de la Constitution et de la Nouvelle-Calédonie en cas de catastrophe sanitaire mettant en péril, par sa nature et sa gravité, la santé de la population ". Aux termes de l'article L. 3131-13 du même code : " L'état d'urgence sanitaire est déclaré par décret en conseil des ministres () La prorogation de l'état d'urgence sanitaire au-delà d'un mois ne peut être autorisée que par la loi () ". Aux termes de l'article L. 3131-15 de ce code : " Dans les circonscriptions territoriales où l'état d'urgence sanitaire est déclaré, le Premier ministre peut, par décret réglementaire pris sur le rapport du ministre chargé de la santé, aux seules fins de garantir la santé publique : / () 5° Ordonner la fermeture provisoire et réglementer l'ouverture, y compris les conditions d'accès et de présence, d'une ou plusieurs catégories d'établissements recevant du public. " Ces mesures doivent être " strictement proportionnées aux risques sanitaires encourus et appropriées aux circonstances de temps et de lieu. Il y est mis fin sans délai lorsqu'elles ne sont plus nécessaires ".
4. Le ministre chargé de la santé, sur le fondement de l'article L. 3131-1 du code de la santé publique, par un arrêté du 14 mars 2020 portant diverses mesures relatives à la lutte contre la propagation du virus covid-19, puis le Premier ministre, sur le fondement de l'article L. 3131-15 du code de la santé publique précité, par un décret du 23 mars 2020 prescrivant les mesures générales nécessaire pour faire face à l'épidémie de covid-19 dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire, ont édicté que les établissements recevant du public relevant de certains types définis par le règlement pris en application de l'article R. 123-12 du code de la construction et de l'habitation ne peuvent accueillir de public. Ces mesures d'interdiction ont été maintenues par des décrets successifs, susvisés, en date des 11 mai, 31 mai, 10 juillet, 16 et 29 octobre 2020.
5. Par ailleurs, le décret n° 2020-71 du 30 mars 2020 a fixé le champ d'application du fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences, économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation, créé par une ordonnance du 25 mars 2020, ainsi que les conditions d'éligibilité et d'attribution des aides, leur montant et les conditions de fonctionnement et de gestion du fonds. Outre le fonds de solidarité, le gouvernement a mis en place différents types d'aides telles que des exonérations ou aides relatives aux cotisations sociales et des mesures relatives au chômage partiel, ainsi que la possibilité de contracter un prêt garanti par l'Etat jusqu'au 30 juin 2021.
En ce qui concerne la responsabilité sans faute :
6. Il résulte des principes qui gouvernent l'engagement de la responsabilité sans faute de l'Etat que le silence d'une loi sur les conséquences que peut comporter sa mise en œuvre, ne saurait être interprété comme excluant, par principe, tout droit à réparation des préjudices que son application est susceptible de provoquer. En l'espèce, si le gouvernement a mis en œuvre un ensemble de mesures d'aides financières, énumérées au point 5 du présent jugement, destinées aux entreprises touchées par les conséquences économiques, sociales et financières des mesures de fermeture prises pour limiter la propagation du virus, celles-ci sauraient être regardées comme une volonté expresse du législateur d'exclure l'engagement de l'Etat sur le fondement de la responsabilité sans faute du fait d'une rupture devant les charges publiques en raison de la loi. Par suite, la société Studio Quintessence Pilates, dont la fermeture de l'établissement a été ordonnée sur le fondement des pouvoirs de police dévolus au premier ministre et au ministre par les dispositions rappelées aux points 2 à 4 ci-dessus, est en droit de demander l'indemnisation du dommage qu'elle a subi de ce fait lorsque, excédant les aléas que comporte nécessairement une telle exploitation, il revêt un caractère grave et spécial et ne saurait, dès lors, être regardé comme une charge incombant normalement à l'intéressé.
Sur le préjudice invoqué par la société requérante :
7. Il résulte de l'instruction que le préjudice invoqué par société Studio Quintessence Pilates ne revêt pas un caractère spécial dès lors que l'ensemble des établissements recevant du public relevant de sa catégorie, a été régi par les dispositions du décret du 23 mars 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de Covid-19 et était donc concerné, en raison de la nature de son activité, par les mesures de fermeture administrative critiquées. Dans ces conditions, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur le caractère de gravité du préjudice, la société Studio Quintessence Pilates n'est pas fondée à demander l'engagement de la responsabilité sans faute de l'Etat du fait de l'édiction de mesures règlementaires prises sur le fondement de la loi visant à lutter contre la propagation du virus Covid-19.
En ce qui concerne la responsabilité pour faute :
8. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".
9. Si la société Studio Quintessence Pilates soutient que les propos tenus le 23 septembre 2020 par le ministre de la santé, lequel a considéré les salles de sport comme des lieux de contamination importants, ont été de nature à lui porter préjudice, dès lors que ces propos ont stigmatisé ce secteur d'activité et qu'ils ont eu un impact sur son activité. Elle fait ainsi valoir que le nombre de renouvellements d'abonnements ainsi que le nombre de nouveaux adhérents a été particulièrement faible au regard de l'exercice de l'année N-1. Elle estime avoir subi un préjudice de 19 261 euros.
10. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction qu'une décision sur une demande préalable formée devant l'administration serait intervenue à la date de la clôture de l'instruction en application de l'article R. 421-1, alinéa 2 précité du code de justice administrative. Dès lors, les conclusions indemnitaires présentées par la société requérante sur la responsabilité pour faute ne peuvent qu'être rejetées comme manifestement irrecevables.
11. La société Studio Quintessence Pilates soutient également avoir subi un " préjudice d'image ". Cependant, elle ne produit pas le moindre élément de nature à établir la réalité de ce préjudice. Par suite, elle n'est pas fondée à demander la condamnation de l'État à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation de ce préjudice.
12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par la société Studio Quintessence Pilates doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Studio Quintessence Pilates est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Studio Quintessence Pilates et au préfet du Var.
Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Philippe Harang, président,
M. Zouhaïr Karbal, conseiller,
M. David Helayel, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.
Le rapporteur,
Signé
Z. KARBAL
Le président,
Signé
Ph. HARANGLa greffière,
Signé
A. CAILLEAUX
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026