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Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2200358

vendredi 10 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2200358
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantMARLIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 février 2022, l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) A Fruits et Légumes, représentée par Me Simon Laure, liquidateur, et ayant pour avocat Me Marlier, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mises à la charge de son associé pour un montant total de 651 035 euros au titre des années 2016 à 2018 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la méthode utilisée par le service vérificateur pour reconstituer son chiffre d'affaires à partir du taux de marge observé dans l'entreprise entre le 1er octobre et le 15 novembre 2019 est radicalement viciée ;

- du fait de l'ouverture d'une procédure de liquidation judiciaire à son encontre, l'administration est tenue, en application de l'article 1756 du code général des impôts, de remiser les frais de poursuites et les pénalités fiscales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 août 2022, le directeur départemental des finances publiques du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- à titre principal, les conclusions à fin de décharge présentées par la société requérante sont irrecevables dès lors qu'elles visent les impositions supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles son associé a été assujetti ;

- à titre subsidiaire, les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Martin ;

- et les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. L'EURL A Fruits et Légumes a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur l'ensemble de ses déclarations fiscales au titre de la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2018 au cours de laquelle le vérificateur a, pour l'ensemble de la période vérifiée, rejeté la comptabilité présentée par la société pour défaut de régularité et de valeur probante et procédé à une reconstitution de recettes. A l'issue de ce contrôle, par deux propositions de rectification du 17 décembre 2019, l'administration a notifié, respectivement, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée à l'EURL A Fruits et Légumes, et des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu pour les années 2016 à 2018 à M. A B, associé gérant de la société. Ces cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu résultant des rectifications opérées en matière de bénéfices industriels et commerciaux chez l'EURL A Fruits et Légumes sont assorties des intérêts de retard et de la majoration pour manquement délibéré prévue par l'article 1729 du code général des impôts. Par jugement du tribunal de commerce de Toulon du 12 octobre 2021, Me Simon Laure a été nommé liquidateur de l'EURL A Fruits et Légumes. La société représentée par son liquidateur demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mises à la charge de M. B.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense par l'administration fiscale :

2. D'une part, aux termes de l'article 8 du code général des impôts : " Sous réserve des dispositions de l'article 6, les associés des sociétés en nom collectif et les commandités des sociétés en commandite simple sont, lorsque ces sociétés n'ont pas opté pour le régime fiscal des sociétés de capitaux, personnellement soumis à l'impôt sur le revenu pour la part de bénéfices sociaux correspondant à leurs droits dans la société. En cas de démembrement de la propriété de tout ou partie des parts sociales, l'usufruitier est soumis à l'impôt sur le revenu pour la quote-part correspondant aux droits dans les bénéfices que lui confère sa qualité d'usufruitier. Le nu-propriétaire n'est pas soumis à l'impôt sur le revenu à raison du résultat imposé au nom de l'usufruitier. / Il en est de même, sous les mêmes conditions : / () 5° De l'associé unique ou des associés d'une exploitation agricole à responsabilité limitée () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 197-4 du même livre : " Toute personne qui introduit ou soutient une réclamation pour autrui doit justifier d'un mandat régulier ".

4. En l'espèce, M. B est le seul redevable des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu en litige. Dès lors, quand bien même ces impositions supplémentaires découlent de la reconstitution de recettes opérée par le service vérificateur chez l'EURL A Fruits et Légumes, cette dernière, à défaut de justifier d'un mandat régulier, ne pouvait pas présenter de conclusions tendant à la décharge des impositions mises à la charge de son associé gérant.

5. Il résulte de ce qui précède que la fin de non-recevoir opposée en défense doit être accueillie et la requête rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'EURL A Fruits et Légumes représentée par Me Simon Laure, liquidateur, est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée A Fruits et Légumes, à Me Simon Laure, liquidateur, et au directeur départemental des finances publiques du Var.

Délibéré après l'audience du 8 avril 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Doumergue, présidente,

- M. Cros, premier conseiller,

- M. Martin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mai 2024.

Le rapporteur,

Signé

J. MARTINLa présidente,

Signé

M. DOUMERGUELa greffière,

Signé

E. PERROUDON

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Et par délégation,

La greffière.