lundi 24 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2200361 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | LADOUCE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 9 février 2022, 18 mai 2022 et 29 janvier 2024, Mme A C, représentée par Me Ladouce, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux et des pénalités correspondantes auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2015 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 356 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
Sur les crédits non identifiés :
- la procédure de taxation d'office appliquée par le vérificateur méconnaît les dispositions de l'article L. 69 du livre des procédures fiscales ;
- ces crédits sont identifiés, justifiés et non imposables s'agissant des versements d'espèces de 50 et 3 900 euros du 23 février 2015, de 3 400 euros du 26 mars 2015 et de 200 euros du 20 avril 2015 ;
Sur le crédit identifié :
- ce crédit, d'un montant de 100 000 euros versé le 9 juillet 2015, n'est pas imposable ou, en tout état de cause, ne peut être imposé au titre de l'année 2015 ;
- elle prend acte de l'abandon du rehaussement sur ce point et du dégrèvement prononcé en conséquence ;
Sur la forme :
- l'administration ne pouvait pas légalement revenir sur ses deux prises de position formelle résultant, d'une part, du courrier du 2 mars 2020 et du courriel du 4 juin 2020 et, d'autre part, du compte rendu d'interlocution du 24 novembre 2020, en application de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales et du bulletin officiel des finances publiques BOI-SJ-RES-10.
Par des mémoires en défense enregistrés les 13 mai 2022 et 9 février 2024, l'administratrice générale des finances publiques, directrice de la direction de contrôle fiscal Sud-Est Outre-Mer, conclut à ce qu'il soit pris acte du dégrèvement de 39 431 euros prononcé en cours d'instance et au rejet de la requête pour les sommes restant à la charge de la requérante après ce dégrèvement.
Elle fait valoir que :
- le rehaussement relatif au crédit identifié d'un montant de 100 000 euros versé le 9 juillet 2015 est abandonné ; en conséquence, un dégrèvement d'un montant de 39 431 euros a été prononcé par avis du 12 mai 2022 ;
- concernant le surplus des conclusions à fin de décharge, les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par une lettre du 27 mai 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce qu'il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Mme C à concurrence de la somme de 39 431 euros correspondant au dégrèvement partiel prononcé par l'administration le 12 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 juin 2024 :
- le rapport de M. Cros ;
- et les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C a fait l'objet d'un examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle, à l'issue duquel l'administration lui a notifié, par une proposition de rectification du 25 octobre 2018, un rehaussement en matière d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre de l'année 2015, à raison de sommes non déclarées portées au crédit de ses comptes bancaires. Le vérificateur a relevé, d'une part, des crédits non identifiés imposables dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée, correspondant à cinq versements d'espèces ou virements reçus dans le courant de l'année 2015 pour un montant total de 9 550 euros et, d'autre part, un crédit identifié qualifiable de produit divers, correspondant à un versement reçu le 9 juillet 2015 pour un montant de 100 000 euros. Les rehaussements ont été établis selon la procédure de taxation d'office pour les crédits non identifiés et selon la procédure de rectification contradictoire pour le crédit identifié. Ses réclamations des 17 août et 16 décembre 2021 ayant été rejetées par une décision du 6 janvier 2022, Mme C demande au tribunal de prononcer la décharge de ces suppléments d'impositions, en droits et pénalités.
Sur l'étendue du litige :
2. Par une décision du 12 mai 2022 postérieure à l'introduction de la requête, l'administration a prononcé le dégrèvement partiel en droits et pénalités, à concurrence d'une somme de 39 431 euros, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles Mme C a été assujettie au titre de l'année 2015 et qui ont été initialement mises en recouvrement le 31 juillet 2021. Par conséquent, les conclusions de la requérante tendant à la décharge de ces impositions sont, dans cette mesure, devenues sans objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer.
Sur le surplus des conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne les moyens dirigés contre le rehaussement relatif au crédit identifié d'un montant de 100 000 euros :
3. Il est constant que le dégrèvement partiel mentionné au point précédent porte sur le crédit identifié correspondant au versement du 9 juillet 2015 pour un montant de 100 000 euros.
4. Dès lors, le moyen tiré de ce que cette somme n'est pas imposable, à tout le moins au titre de l'année 2015, porte sur un rehaussement abandonné en cours d'instance. Il est donc sans objet.
5. De même, le moyen tiré de ce que le courrier du 2 mars 2020, le courriel du 4 juin 2020 et le compte rendu d'interlocution du 24 novembre 2020 constitueraient des prises de position opposables à l'administration au sens de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales et du bulletin officiel des finances publiques BOI-SJ-RES-10, est inopérant dès lors que ces pièces concernent, là encore, le maintien du rehaussement relatif au crédit non identifié de 100 000 euros, qui a été abandonné en cours d'instance.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre le rehaussement relatif aux crédits non identifiés d'un montant total de 9 550 euros :
S'agissant de la régularité de la procédure d'imposition :
6. Aux termes de l'article L. 69 du livre des procédures fiscales : " Sous réserve des dispositions particulières au mode de détermination des bénéfices industriels et commerciaux, des bénéfices agricoles et des bénéfices non commerciaux, sont taxés d'office à l'impôt sur le revenu les contribuables qui se sont abstenus de répondre aux demandes d'éclaircissements ou de justifications prévues à l'article L. 16 ". Selon l'article L. 16 du même livre, dans sa rédaction alors applicable : " En vue de l'établissement de l'impôt sur le revenu, l'administration peut demander au contribuable des éclaircissements. () / Elle peut également lui demander des justifications lorsqu'elle a réuni des éléments permettant d'établir que le contribuable peut avoir des revenus plus importants que ceux qu'il a déclarés, notamment lorsque le total des montants crédités sur ses relevés de compte représente au moins le double de ses revenus déclarés ou excède ces derniers d'au moins 150 000 €. () / Les demandes visées aux alinéas précédents doivent indiquer explicitement les points sur lesquels elles portent et mentionner à l'intéressé le délai de réponse dont il dispose en fonction des textes en vigueur ". Enfin, l'article L. 16 A de ce livre dispose que : " Les demandes d'éclaircissements et de justifications fixent au contribuable un délai de réponse qui ne peut être inférieur à deux mois. / Lorsque le contribuable a répondu de façon insuffisante aux demandes d'éclaircissements ou de justifications, l'administration lui adresse une mise en demeure d'avoir à compléter sa réponse dans un délai de trente jours en précisant les compléments de réponse qu'elle souhaite ".
7. Il résulte de ces dispositions que, lorsque l'administration a demandé des justifications à un contribuable sur le fondement de l'article L. 16, elle est fondée à l'imposer d'office, sans mise en demeure préalable, à raison des sommes au sujet desquelles il s'est abstenu de répondre dans le délai requis ou n'a apporté que des réponses imprécises ou invérifiables, sans les assortir d'éléments de justification. Pour les sommes au sujet desquelles il a apporté des éléments de réponse jugés insuffisants, l'administration est en revanche tenue de lui adresser, préalablement, la mise en demeure prévue par l'article L. 16 A du livre des procédures fiscales, dont l'objet principal est d'informer le contribuable sur la nature exacte des précisions qui sont exigées de lui, sur le délai complémentaire de trente jours qui lui est imparti pour apporter ces précisions et sur les conséquences qui s'attacheraient à un défaut de réponse de sa part. Il en va ainsi quelle que soit la teneur des indications mentionnées par l'administration dans la demande de justifications notifiée au contribuable, dès lors que les garanties prévues par l'article L. 16 A du livre des procédures fiscales complètent, sans se confondre avec elles, celles que le contribuable tire des dispositions de l'article L. 16 du même livre.
8. Mme C se borne à soutenir, sans autre précision, que la mise en œuvre de la procédure de taxation d'office concernant les crédits non identifiés est irrégulière dès lors qu'elle a répondu à deux reprises, par lettres des 23 juillet et 4 octobre 2018, aux demandes d'éclaircissements et de justifications présentées par le vérificateur par courriers des 25 juin et 30 août 2018, ce dernier courrier valant mise en demeure au sens de l'article L. 16 A du livre des procédures fiscales. Toutefois, la requérante ne conteste pas les indications de la proposition de rectification du 25 octobre 2018 et du mémoire en défense selon lesquelles les réponses ainsi apportées étaient insuffisantes au sujet des crédits non identifiés. Dès lors, ces réponses pouvaient être assimilées à un défaut de réponse au sens de l'article L. 69 du même livre. Par suite, le recours à la procédure de taxation d'office n'est pas irrégulier.
S'agissant du bien-fondé de l'imposition :
9. Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ".
10. Aux termes de l'article 12 du code général des impôts : " L'impôt est dû chaque année à raison des bénéfices ou revenus que le contribuable réalise ou dont il dispose au cours de la même année ".
11. Il ressort de la proposition de rectification du 25 octobre 2018 que les crédits non identifiés en litige, faisant l'objet d'un rehaussement dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée, correspondent aux cinq sommes suivantes, créditées sur les comptes bancaires de Mme C pour un montant total de 9 550 euros : quatre versements d'espèces de 50, 3 900, 3 400 et 200 euros reçus les 23 février, 26 mars et 20 avril 2015, ainsi qu'un virement de 2 000 euros reçu le 20 avril 2015.
12. En premier lieu, Mme C ne formule aucun moyen concernant le virement de 2 000 euros reçu le 20 avril 2015.
13. En deuxième lieu, Mme C soutient que les versements d'espèces de 50 et 200 euros reçus les 23 février et 20 avril 2015 proviennent de son épargne personnelle. Toutefois, elle ne produit aucun justificatif sur l'origine de cette épargne, alors qu'elle ne conteste pas qu'elle ne déclare aucun revenu. Si l'intéressée fait valoir qu'elle a résidé pendant quarante ans à l'étranger avant de devenir résidente française " dans les années 2010 ", elle ne fournit pas davantage de justificatif sur les revenus qu'elle a pu déclarer pendant ses années de résidence à l'étranger. Par ailleurs, la requérante reproche au vérificateur de ne pas avoir effectué de recherches approfondies sur l'origine de ces sommes. Toutefois, le vérificateur a mis en œuvre une demande d'éclaircissements et de justifications conformément aux dispositions du troisième alinéa de l'article L. 16 du livre des procédures fiscales, qui autorisent une telle demande lorsque le total des montants crédités sur les relevés de compte du contribuable représente au moins le double de ses revenus déclarés. Cette condition est remplie puisque la requérante ne déclare aucun revenu. Par suite, le moyen doit être écarté.
14. En dernier lieu, Mme C soutient que les versements d'espèces de 3 900 et 3 400 euros reçus les 23 février et 26 mars 2015 résultent d'un prêt de 57 000 euros remis en espèces, consenti le 3 juillet 2014 par M. B, son époux résident italien, et enregistré auprès des autorités italiennes. Toutefois, ces allégations ne sont pas établies dès lors que le contrat de prêt auquel renvoie la requérante, rédigé en langue italienne, n'est pas traduit en français. En outre, l'administration soutient sans être contredite que l'intéressée, qui résidait en France à la date alléguée du prêt, n'a pas respecté l'obligation de déclaration de celui-ci. En tout état de cause, aucun document ne permet d'établir un lien entre les deux versements d'espèces en litige et le prêt. Enfin, la requérante ne peut utilement reprocher au vérificateur l'absence de recherches plus approfondies sur l'origine des sommes en cause, dès lors qu'elle précise elle-même leur prétendue origine. Par suite, le moyen ne peut être accueilli.
15. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander la décharge des suppléments d'imposition auxquelles elle a été assujettie et restant en litige.
Sur les frais liés au litige :
16. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, qui doit être regardé comme la partie perdante dans la mesure du dégrèvement prononcé, la somme de 1 500 euros à verser à Mme C au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Mme C à concurrence de la somme de 39 431 euros correspondant au dégrèvement partiel prononcé par l'administration le 12 mai 2022.
Article 2 : L'Etat versera à Mme C une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à l'administratrice générale des finances publiques, directrice de la direction de contrôle fiscal Sud-Est Outre-Mer.
Délibéré après l'audience du 3 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bernabeu, présidente,
M. Cros, premier conseiller,
M. Martin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juin 2024.
Le rapporteur,
Signé
F. CROS
La présidente,
Signé
M. BERNABEU
La greffière,
Signé
G. BODIGER
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026