jeudi 13 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2200443 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | PHELIP & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 février 2022 et le 24 mars 2022, Mme B F et la société d'assurance MAIF, représentées par Me Bauducco, demandent au tribunal :
1°) d'enjoindre à la commune de Hyères et/ou à la métropole Toulon Provence Méditerranée (TPM) de réaliser les travaux de réfection de la canalisation souterraine située sous l'immeuble sis chemin de la Ritorte, parcelle cadastrée section EK n° 61, à Hyères, dans le délai de trois à mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Hyères et/ou de la métropole TPM la somme de 1 000 euros chacun en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- l'effondrement d'une canalisation souterraine a causé des dommages à l'immeuble dont les consorts F étaient propriétaires ;
- l'ouvrage en cause est un ouvrage public ;
- elles ont la qualité de tiers par rapport à cet ouvrage ;
- la responsabilité sans faute de la commune de Hyères ou de la métropole TPM du fait du fonctionnement de l'ouvrage public est engagée ;
- la commune de Hyères ou la métropole TPM doit être condamnée à réaliser les travaux de réfection de la canalisation souterraine.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mars 2022, la commune de Hyères, représentée par Me Gaulmin, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérantes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la canalisation souterraine ne constitue pas un ouvrage public ;
- le dommage subi par les requérants résulte d'une catastrophe naturelle ;
- elle doit être mise hors de cause dès lors qu'elle n'exerce plus les compétences relatives à la gestion des eaux pluviales, lesquelles ont été transférées à la métropole TPM à compter du 1er janvier 2018.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 février 2024, la métropole TPM, représentée par Me Phelip, conclut au rejet de la requête et de l'intervention de la société civile immobilière (SCI) Betharon et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge solidaire des requérantes et de la SCI Betharon au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la société d'assurance MAIF ne justifie pas d'un intérêt lui donnant qualité pour agir ;
- les consorts F ne justifient plus d'un intérêt leur donnant qualité pour agir dès lors qu'ils ont cédé leur bien à la SCI Betharon ;
- la demande de la SCI Betharon n'est pas recevable en l'absence de demande préalable de réalisation des travaux ;
- les demandes d'injonction sont sans objet dès lors que les opérations de travaux de remise en état de l'ouvrage public ont été initiées ; un calendrier prévisionnel a été établi ;
- le délai accordé pour réaliser les travaux ne saurait être inférieur à 12 mois.
Par des mémoires en intervention du 14 février 2024 et du 12 mars 2024, la SCI Betharon, représentée par Me Consalvi, s'associe aux conclusions des requérantes.
Elle soutient que :
- elle justifie d'un intérêt suffisant pour intervenir ;
- la responsabilité sans faute de la commune de Hyères ou de la métropole TPM du fait du fonctionnement de l'ouvrage public est engagée ;
- la commune de Hyères ou la métropole TPM doit être condamnée à réaliser les travaux de réfection de la canalisation souterraine.
Un mémoire enregistré le 19 mars 2024, présenté par les requérantes, n'a pas été communiqué en application de l'article R. 611-1 du code de justice administrative.
Par une ordonnance du 19 février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 22 mars 2024 à 12h00.
Par un courrier du 10 mai 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public, relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'injonction à la commune de Hyères et/ou à la métropole Toulon Provence Méditerranée de réaliser les travaux de réfection de la canalisation souterraine, qui ne sont pas présentées en complément de conclusions indemnitaires.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Montalieu, rapporteure,
- les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public,
- et les observations de Me Bauducco, avocate des requérantes, et de Mme E, représentant la métropole TPM ;
- la commune de Hyères n'étant ni présente, ni représentée.
Une note en délibéré, présentée par Mme F et la société d'assurance MAIF, a été enregistrée le 23 mai 2024.
Considérant ce qui suit :
1. M. A F et Mme D F, décédés, étaient propriétaires d'un ensemble immobilier, cadastré section EK n° 61, situé dans le quartier de la Ritorte sur le territoire de la commune de Hyères. En novembre 2014, un canal d'évacuation des eaux de ruissellement souterrain s'est effondré et a causé des désordres sur cet immeuble. Estimant avoir subi un préjudice du fait du fonctionnement d'un ouvrage public, ils ont recherché la responsabilité sans faute de la commune de Hyères devant la juridiction administrative. Par un arrêt du 22 mars 2022, la Cour administrative d'appel de Marseille a condamné la métropole TPM, qui s'est substituée à la commune de Hyères pour l'exercice des compétences relatives à la gestion des eaux pluviales, à verser aux consorts F une somme totale de 92 210,85 euros. Par un courrier du 14 octobre 2021, les consorts F ont demandé à la commune de Hyères de réaliser les travaux de réfection de l'ouvrage public. Par un courrier du 22 novembre 2021, le maire de la commune de Hyères les a informés du transfert de compétences et de ce que leur demande avait été transmise à la métropole TPM, laquelle n'a pas donné suite. Par un acte authentique de vente du 23 janvier 2024, Mme C F et Mme B F, filles et héritières du couple F, ont vendu l'immeuble à la SCI Betharon.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
2. Le juge administratif ne peut être saisi, dans le cadre d'une action en responsabilité sans faute pour dommages de travaux publics, de conclusions tendant à ce qu'il enjoigne à la personne publique de prendre les mesures de nature à mettre fin au dommage ou à en pallier les effets, qu'en complément de conclusions indemnitaires.
3. Aux termes de leur requête, Mme F et la société d'assurance MAIF demandent, sur le fondement de la responsabilité sans faute du fait du fonctionnement d'un ouvrage public, à ce qu'il soit enjoint à la commune de Hyères et/ou à la métropole TPM de réaliser les travaux de réfection de la canalisation souterraine, sans présenter de conclusions indemnitaires. Par suite, ces conclusions sont irrecevables et doivent, pour ce motif, être rejetées. Au surplus, il résulte de l'instruction que les opérations pour le démarrage des travaux de réfection de l'ouvrage ont été initiées par la métropole TPM.
Sur l'intervention de la SCI Betharon :
4. Cette intervention est présentée au soutien des conclusions de Mme F et de la société d'assurance MAIF. Ces conclusions étant, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, irrecevables, l'intervention n'est en conséquence pas recevable.
Sur les frais liés au litige :
5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Hyères ou de la métropole TPM, qui ne sont pas, dans la présente instance, les parties perdantes, la somme que demande les requérantes au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge des requérantes une quelconque somme au titre des frais exposés par la commune de Hyères et la métropole TPM et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme F et autre est rejetée.
Article 2 : L'intervention de la SCI Betharon n'est pas admise.
Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Hyères et la métropole TPM sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B F, représentante unique désignée en vertu de l'article R. 411-5, alinéa 3, du code de justice administrative pour l'ensemble des requérantes, à la commune de Hyères et à la métropole Toulon Provence Méditerranée.
Copie en sera adressée à la SCI Betharon.
Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Philippe Harang, président,
M. Zouhaïr Karbal, conseiller,
Mme Mathilde Montalieu, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.
La rapporteure,
Signé
M. MONTALIEU
Le président,
Signé
Ph. HARANG
La greffière,
Signé
A. CAILLEAUX
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026