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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2200488

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2200488

vendredi 10 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2200488
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationAide sociale

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 février 2022, Mme B D doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 juin 2021 par laquelle le président du conseil départemental du Var a refusé de lui accorder le renouvellement de la carte mobilité inclusion mention " stationnement " et de lui accorder cette carte ;

2°) d'annuler la décision du 13 janvier 2022 rejetant son recours préalable obligatoire ;

Elle soutient que son enfant :

- est atteint d'un handicap réduisant de manière importante sa capacité et son autonomie de déplacement à pied ;

- A subi une intervention chirurgicale le contraignant à se déplacer en fauteuil roulant pour une durée de 5 semaines et entraînant une rééducation lourde et le port d'une attelle de marche ;

- bénéficiait jusqu'alors de la carte mobilité inclusion mention " stationnement ".

Par un mémoire enregistré le 16 décembre 2022, le département du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que l'enfant de la requérante, bénéficiaire de la demande :

- ne souffrait pas d'une réduction suffisamment importante de capacité et d'autonomie de déplacement à pied ;

- ne nécessite pas un accompagnement par une tierce personne dans les déplacements.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l'action sociale et des familles

- le code de justice administrative.

La présidente, juge statuant seule, a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de présenter des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme E.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après l'appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision en date du 3 juin 2021, le département du Var a refusé à Mme D l'attribution pour son fils de la carte mobilité inclusion mention " stationnement " et a rejeté, par une décision en date du 13 janvier 2022, le recours administratif préalable obligatoire formé par Mme D contre ce refus. Par la présente requête, Mme D doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler cette décision et d'enjoindre au président du conseil départemental du Var de lui délivrer la carte mobilité inclusion portant la mention stationnement.

Sur la demande d'annulation de la décision du 3 juin 2020 :

2. Aux termes de l'article R. 241-17-1 du code de l'action sociale et des familles : " Le recours préalable obligatoire formé contre une décision relative à la carte "mobilité inclusion" destinée aux personnes physiques est formé, par tout moyen lui conférant date certaine, devant le président du conseil départemental. / Ce recours préalable comprend une lettre de saisine et une copie de la décision contestée ou, lorsqu'elle est implicite, une copie de l'accusé réception de la demande ayant fait naître cette décision. La lettre de saisine peut exposer les motifs de la contestation et les éléments insuffisamment ou incorrectement pris en compte. () ".

3. L'institution par ces dispositions d'un recours administratif préalable obligatoire à la saisine du juge a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours préalable est seule susceptible d'être déférée au juge en ce qu'elle se substitue à la décision initiale.

4. Il résulte de ce qui précède que seules les conclusions de la requête de Mme D dirigées contre la décision du 13 janvier 2022, prise après son recours préalable obligatoire contre la décision du 3 juin 2021 à laquelle elle s'est substituée, sont recevables. Par suite, les conclusions dirigées contre la décision du 3 juin 2021 sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur la demande d'annulation de la décision du 13 janvier 2022 :

5. Aux termes de l'article L. 241-3 du code de l'action sociale et des familles : " I. -La carte " mobilité inclusion " destinée aux personnes physiques est délivrée par le président du conseil départemental au vu de l'appréciation, sur le fondement du 3° du I de l'article L. 241-6, de la commission mentionnée à l'article L. 146-9. Elle peut porter une ou plusieurs des mentions prévues aux 1° à 3° du présent I, à titre définitif ou pour une durée déterminée. / () / La mention " stationnement pour personnes handicapées " est attribuée à toute personne atteinte d'un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied ou qui impose qu'elle soit accompagnée par une tierce personne dans ses déplacements. / () / La mention " stationnement pour personnes handicapées " permet à son titulaire ou à la tierce personne l'accompagnant d'utiliser, à titre gratuit et sans limitation de la durée de stationnement, toutes les places de stationnement ouvertes au public. / () / V bis. - () Les décisions prises par le président du conseil départemental sur le fondement du présent article peuvent faire l'objet d'un recours devant le juge administratif lorsque la demande concerne la mention " stationnement " de la carte. (). ".

6. Aux termes de l'article R. 241-12-1 du code de l'action sociale et des familles : " () IV. - Pour l'attribution de la mention " stationnement pour personnes handicapées ", un arrêté () définit les modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, en tenant compte notamment de la limitation du périmètre de marche de la personne ou de la nécessité pour celle-ci de recourir systématiquement à certaines aides techniques ou à une aide humaine lors de tous ses déplacements à l'extérieur. ". Aux termes de l'annexe de l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l'action sociale et des familles : " 1. Critère relatif à la réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied : La capacité et l'autonomie de déplacement à pied s'apprécient à partir de l'activité relative aux déplacements à l'extérieur. Une réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied correspond à une difficulté grave dans la réalisation de cette activité et peut se retrouver chez des personnes présentant notamment un handicap lié à des déficiences motrices ou viscérales (exemple : insuffisance cardiaque ou respiratoire). Ce critère est rempli dans les situations suivantes : - la personne a un périmètre de marche limité et inférieur à 200 mètres ; ou- la personne a systématiquement recours à l'une des aides suivantes pour ses déplacements extérieurs : - une aide humaine ; - une prothèse de membre inférieur ; - une canne ou tous autres appareillages manipulés à l'aide d'un ou des deux membres supérieurs (exemple : déambulateur) ; - un véhicule pour personnes handicapées : une personne qui doit utiliser systématiquement un fauteuil roulant pour ses déplacements extérieurs remplit les conditions d'attribution de la carte de stationnement pour personnes handicapées, y compris lorsqu'elle manœuvre seule et sans difficulté le fauteuil ; (). 2. Critère relatif à l'accompagnement par une tierce personne pour les déplacements : Ce critère concerne les personnes atteintes d'une altération d'une fonction mentale, cognitive, psychique ou sensorielle imposant qu'elles soient accompagnées par une tierce personne dans leurs déplacements. Ce critère est rempli si elles ne peuvent effectuer aucun déplacement seules, y compris après apprentissage. La nécessité d'un accompagnement s'impose dès lors que la personne risque d'être en danger ou a besoin d'une surveillance régulière S'agissant des personnes présentant une déficience sensorielle, l'accompagnement doit être nécessaire pour effectuer le déplacement lui-même et s'imposer par le risque d'une mise en danger() ".

7. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant la délivrance d'une carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement pour personnes handicapées ", il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide et de l'action sociales, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si cette délivrance est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une ou l'autre partie à la date de sa propre décision, le handicap du demandeur justifie que lui soit délivrée une telle carte.

8. Il résulte des dispositions précitées aux points 5 et 6 que l'obtention de la carte " mobilité inclusion " portant la mention " stationnement pour personnes handicapées " est subordonnée à la démonstration d'une réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied correspondant à une difficulté grave dans la réalisation de cette activité et pouvant se retrouver chez des personnes présentant, notamment, un handicap lié à des déficiences motrices ou viscérales. Tel est le cas lorsque la personne a un périmètre de marche limité et inférieur à 200 mètres ou a systématiquement recours à une des aides mentionnées pour ses déplacements extérieurs. Il appartient à la personne qui présente devant le juge administratif des conclusions à fin d'annulation d'une décision lui refusant la délivrance d'une carte " mobilité inclusion " portant la mention " stationnement pour personnes handicapées " d'établir, par tous moyens et notamment par la production de justificatifs, qu'elle est atteinte d'un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied.

9. Il résulte de l'instruction que M. F D, fils de A D, requérante, est atteint de plusieurs pathologies et notamment d'une hémiparésie. Pour contester le refus opposé à son fils de délivrance d'une carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement ", la requérante rappelle l'ensemble des pathologies dont il est atteint et précise que son handicap réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied. Toutefois, bien que la requérante produise un certificat médical attestant de difficultés motrices concernant son enfant, liées à ses pathologies ainsi qu'à une opération de son membre inférieur gauche, cette pièce ne permet pas, à elle seule, de démontrer que le handicap dont il est atteint réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied, selon les critères définis par les dispositions précitées de l'article R. 241-12-1 du code de l'action sociale et des familles, complété par l'annexe de l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel. En outre, le certificat médical du docteur C en date du 14 janvier 2021, destiné à l'équipe pluridisciplinaire d'évaluation de la Maison départementale des personnes handicapées du Var et produit par le département du Var,s'il ne précise pas le périmètre de marche, mentionne que l'état de santé de M. F D lui permet de marcher pendant 25 minutes. Par ailleurs, ni ce certificat ni les autres pièces produites ne font davantage référence à la nécessité qu'aurait M. F D de recourir à une aide technique ou humaine dans chacun de ses déplacements en extérieur. Il résulte de l'instruction que M. F D peut marcher durant 25 minutes, soit un périmètre de marche allant au-delà de 200 mètres. Concernant les déplacements en fauteuil roulant de l'intéressé, Mme D allègue sans produire de pièces à cet égard qu'ils auront lieu pour une durée de 5 semaines au début de l'année 2021, soit de manière temporaire. Il en va de même pour son attelle de marche, qui de surcroit n'entre pas dans la catégorie des aides matérielles ouvrant droit à la délivrance de ladite carte. Ainsi, il ne résulte pas de l'instruction que les conditions requises pour la délivrance d'une carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement " étaient réunies par M. F D à la date de la décision attaquée, ni qu'elles le sont au jour du présent jugement.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de Mme D doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D et au département du Var.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mars 2023.

La présidente-rapporteure,

signé

M. ELa greffière,

signé

F. OUJABER

La République mande et ordonne au préfet du Var, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Et par délégation,

La greffière,

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