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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2200505

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2200505

vendredi 10 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2200505
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 février 2022, et un mémoire, enregistré le 5 décembre 2022, la société à responsabilité limitée (SARL) Domus demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, de prononcer une décharge partielle, à hauteur de 41 273 euros en droits, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2015, 2016 et 2017.

Elle soutient que :

- s'agissant du rehaussement au titre de l'amortissement comptabilisé, l'administration ne pouvait pas valablement évaluer le terrain du " beau Vèze " à partir de la valeur de terrains non-bâtis voisins n'ayant aucune valeur marchande du fait de leur inconstructibilité ;

- conformément aux pratiques comptables généralement constatées, la valeur du terrain d'assiette pouvait être fixée à 20 % du montant total de l'acquisition ;

- le passif considéré comme fictif par l'administration est bien justifié par la production de trois contrats de prêt immobilier conclus auprès de la Société Générale en sorte qu'il n'y pas lieu de réintégrer la somme de 98 455 euros au bénéfice imposable au titre de l'année 2016.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 septembre 2022, le directeur départemental des finances publiques du Var conclut au non-lieu à statuer à hauteur de 18 264 euros et, au rejet du surplus de la requête.

Il fait valoir que :

- en ce qui concerne le rehaussement portant sur la plus-value de la vente " Rousselet ", l'administration a donné raison à la requérante et a prononcé un dégrèvement de 12 596 euros en droits et de 5 668 euros au titre de pénalités ;

- pour le surplus, les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Martin ;

- et les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Domus a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur l'ensemble de ses déclarations fiscales au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017, étendue jusqu'au 30 mars 2018 en matière de taxe sur la valeur ajoutée. Par une proposition de rectification du 19 novembre 2018, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés lui ont été notifiées, d'une part, selon la procédure contradictoire au titre des années 2015 et 2016 et, d'autre part, selon la procédure de taxation d'office au titre de l'année 2017. En réponse à la réclamation contentieuse de la société, l'administration a partiellement maintenu ces impositions supplémentaires. Par sa requête, la SARL Domus demande au tribunal de prononcer une décharge partielle, à hauteur de 41 273 euros en droits, des impositions en cause. Elle doit également être regardée comme demandant la décharge de la quote-part des pénalités appliquées sur le principal de l'impôt dont la décharge est sollicitée.

Sur l'étendue du litige :

2. Par sa requête introductive d'instance du 21 février 2022, la SARL Domus sollicitait une décharge partielle à hauteur de 57 242 euros en droits. Il résulte du mémoire en défense que, postérieurement à l'introduction de la requête, l'administration a fait droit à l'argumentation de la requérante portant sur la rectification relative à l'imposition de la plus-value issue de la vente " Rousselet " et a, en conséquence, par un avis du 7 septembre 2022, prononcé un dégrèvement de 12 596 euros en droits et de 5 668 euros au titre de des pénalités. Les conclusions de la requête de la société Domus relatives à cette imposition sont, dans cette mesure, devenues sans objet.

3. Par suite, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête à fin de décharge à hauteur de 18 264 euros.

Sur le surplus des conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne le rehaussement au titre de l'amortissement comptabilisé :

4. Aux termes de l'article 39 du code général des impôts, applicable en matière d'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 de ce code : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : () / 2° () les amortissements réellement effectués par l'entreprise, dans la limite de ceux qui sont généralement admis d'après les usages de chaque nature d'industrie, de commerce ou d'exploitation () ". Aux termes de l'article 38 quinquies de l'annexe III au même code : " 1. Les immobilisations sont inscrites au bilan pour leur valeur d'origine. / Cette valeur d'origine s'entend : / a. Pour les immobilisations acquises à titre onéreux, du coût d'acquisition, c'est-à-dire du prix d'achat minoré des remises, rabais commerciaux et escompte de règlement obtenus et majorés des coûts directement engagés pour la mise en état d'utilisation du bien et des coûts d'emprunt dans les conditions prévues à l'article 38 undecies ". Aux termes de l'article 38 sexies de l'annexe III au même code : " La dépréciation des immobilisations qui ne se déprécient pas de manière irréversible, notamment les terrains () donne lieu à la constitution de provisions dans les conditions prévues au 5° du 1 de l'article 39 du code général des impôts ". Il résulte de ces dispositions, d'une part, que la valeur d'origine servant de référence à l'inscription en immobilisation d'un bien acquis à titre onéreux est constituée du prix d'achat, le cas échéant majoré des coûts directement engagés pour la mise en état d'utilisation du bien et, d'autre part, que les immobilisations qui ne se déprécient pas avec le temps, comme les terrains, ne donnent pas lieu à amortissement. Il en est ainsi des terrains d'assiette des immeubles bâtis, même si ces derniers occupent toute la superficie de ces terrains.

5. Lorsque l'administration remet en cause la répartition, au sein du bilan d'un contribuable, entre les valeurs retenues respectivement pour un terrain et pour une construction édifiée sur ce terrain, en invoquant l'insuffisance de la valeur retenue pour le terrain, il lui appartient d'établir l'insuffisance de cette valeur. Elle doit, pour déterminer la valeur du terrain, se fonder prioritairement sur des comparaisons reposant sur des transactions réalisées sur des terrains nus et à des dates proches de celle de l'entrée du bien au bilan du contribuable. Ces terrains doivent être situés dans la même zone géographique que ce bien et présenter des droits à construire similaires. A défaut, l'administration peut évaluer la valeur de la construction à partir de son coût de reconstruction à la date de son entrée au bilan, en lui appliquant, le cas échéant, les abattements nécessaires pour prendre en compte sa vétusté et son état d'entretien.

6. Lorsqu'elle ne peut appliquer aucune des deux méthodes précédentes, notamment pour les immeubles les plus anciens, l'administration peut s'appuyer sur des données comptables issues du bilan d'autres contribuables pour déterminer des taux moyens relatifs aux parts respectives du terrain et de la construction et les appliquer ensuite à la valeur globale de l'immeuble en litige à sa date d'entrée au bilan. Elle doit, en ce dernier cas, se fonder sur un échantillon pertinent reposant sur un nombre de données significatif, portant sur des immeubles présentant des caractéristiques comparables s'agissant de la localisation, du type de construction, de l'état d'entretien et des possibilités éventuelles d'agrandissement. Seuls peuvent être retenus des immeubles entrés au bilan des entreprises servant de termes de comparaison à des dates proches de celle de l'entrée au bilan de l'immeuble en litige.

7. Enfin, il est loisible au contribuable de démontrer, soit que le choix de la méthode retenue par l'administration ou sa mise en œuvre sont erronés au regard des principes ainsi définis, soit de justifier l'évaluation qu'il a retenue en se référant à d'autres données que celles qui lui sont opposées par l'administration.

8. Il résulte de l'instruction que la SARL Domus a acquis le 30 juin 2008 une propriété bâtie située à Carqueiranne pour un montant de 1 400 000 euros. Elle a ventilé dans son bilan le prix d'acquisition de ce bien immobilier en inscrivant 160 000 euros pour le terrain d'assiette d'une part et 1 240 000 euros pour les constructions d'autre part. L'administration a remis en cause le montant des dotations aux amortissements pratiquées par la contribuable sur le bien immobilier qu'elle avait acquis au motif qu'elle avait sous-estimé la part non amortissable représentant la valeur du terrain. Pour ce faire, à partir du prix pratiqué à l'occasion de la vente de cinq parcelles situées sur la même commune et présentant des droits à construire similaires et après avoir écarté les deux mutations au prix le plus élevé, l'administration a considéré que le prix du terrain d'assiette devait être déterminé sur la base d'un prix moyen de 13,66 euros le m². Ainsi la valeur du terrain a été fixé par l'administration à 423 597 euros et la valeur des constructions amortissables revue à 976 403 euros. En conséquence, le service vérificateur a procédé à la reprise de la quote-part des amortissements pratiqués à tort sur les exercices 2009 à 2016.

9. En premier lieu, si la société requérante soutient que l'administration ne pouvait pas retenir comme termes de comparaison pertinent les ventes concernant trois parcelles voisines au motif que ces terrains sont inconstructibles, il résulte de l'instruction que la propriété acquise par la société, bien qu'ayant fait l'objet de constructions, au demeurant illicites, est elle-même située en zone inconstructible, en sorte que la comparaison pratiquée par l'administration a porté sur des terrains présentant des droits à construire similaires. De plus, il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a été dit, que l'administration n'a finalement pas retenu les prix de vente de deux des trois parcelles voisines à celle de la société dès lors que ces derniers ressortaient comme excessifs et incohérents au regard des autres termes de comparaison. Par suite, le premier moyen dirigé contre la méthode par comparaison mise en œuvre par l'administration ne peut qu'être écarté.

10. En second lieu, la SARL Domus ne peut utilement faire valoir que, sur la base des " pratiques comptables les plus couramment utilisées ", le prix du terrain d'assiette pouvait être fixé à 20 % du prix d'acquisition, à défaut de justifier, d'une part, de l'impossibilité d'appliquer les méthodes par comparaison ou par le coût de la reconstruction et, d'autre part, de données comptables issues du bilan d'autres contribuables pour déterminer un tel taux de 20 % relatif à la part du terrain d'assiette lors de l'inscription au bilan d'entreprises de propriétés similaires. En conséquence, l'intéressée n'est pas fondée à demander la décharge, en droits et pénalités des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés résultant de ce chef de rectification.

En ce qui concerne le passif injustifié :

11. Aux termes du 2 de l'article 38 du code général des impôts, applicable en matière d'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code, dans sa rédaction applicable à l'exercice d'imposition en litige : " Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés ". Pour l'application de ces dispositions, il y a lieu de prendre en compte, pour la détermination de l'actif net à la clôture de l'exercice, toutes les dettes qui sont mises à la charge de la société envers des tiers si ces dettes sont, à la date de la clôture de l'exercice, certaines dans leur principe et dans leur montant. Il appartient au contribuable de justifier, par la production de tous éléments suffisamment précis, l'inscription d'une dette au passif du bilan de son entreprise.

12. Le service vérificateur a considéré comme un passif injustifié une somme de 98 455,70 euros résultant de la différence entre, d'une part, la somme inscrite au 31 décembre 2016 au passif de la SARL Domus au compte 164 " emprunts auprès des établissements de crédit " relative à un emprunt immobilier contracté auprès de la Société Générale le 11 juin 2009 et, d'autre part, la somme restant due après de cette même banque, et au titre de ce même emprunt, telle qu'elle ressort du décompte fourni par l'établissement bancaire après exercice du droit de communication par l'administration. La société soutient que le service a omis de prendre en compte les sommes restant dues au titre de deux autres contrats de prêt souscrits auprès de la Société Générale. Toutefois, il résulte de l'instruction que la rectification opérée se rapporte uniquement à l'emprunt contracté le 11 juin 2009. A ce titre, la requérante ne peut utilement justifier l'inscription au passif de la somme de 98 455,70 euros par la référence à deux autres contrats de prêt dont il ressort des propres écritures de l'intéressée qu'au 31 décembre 2016, le total restant dû s'élevait à 1 688 633,97 euros. Par suite, ce moyen doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la SARL Domus n'est pas fondée à demander la décharge partielle, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôts sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2015, 2016 et 2017.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y pas lieu de statuer sur les conclusions à fin de décharge présentées par la SARL Domus à hauteur de 18 264 euros.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Domus et au directeur départemental des finances publiques du Var.

Délibéré après l'audience du 8 avril 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Doumergue, présidente,

- M. Cros, premier conseiller,

- M. Martin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mai 2024.

Le rapporteur,

Signé

J. MARTIN

La présidente,

Signé

M. DOUMERGUELa greffière,

Signé

E. PERROUDON

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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