Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2200672
jeudi 13 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2200672 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | DS AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 mars et 28 juin 2022, M. A B, représenté par la SELAS DS Avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 octobre 2021 par lequel le préfet du Var a rejeté sa demande d'autorisation d'utiliser des hélisurfaces, ainsi que la décision du 7 janvier 2022 rejetant son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au préfet du Var, à titre principal, de lui délivrer l'autorisation demandée, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement ou à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande, dans le même délai ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté et la décision rejetant son recours gracieux sont entachés d'un vice d'incompétence ;
- ils sont insuffisamment motivés ;
- ils sont entachés d'un vice de procédure, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 114-1 du code de la sécurité intérieure ;
- ils méconnaissent les dispositions de l'article D. 132-6 du code de l'aviation civile ainsi que l'article 17 de l'arrêté du 6 mai 1995 ;
- ils ont été édictés sur le fondement d'avis entachés d'erreur de droit ;
- ils sont inadaptés et disproportionnés.
Par un mémoire en défense, enregistrés le 20 mai 2022, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 25 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 février 2024 à 12:00.
Un mémoire produit par le préfet du Var a été enregistré le 15 février 2024 à 15:26.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'aviation civile ;
- l'arrêté du 6 mai 1995 relatif aux aérodromes et autres emplacements utilisés par les hélicoptères ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Hélayel, conseiller,
- les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, né le 16 décembre 1993, est titulaire d'une licence de membre d'équipage de conduite. Le 19 août 2021, il a déposé une demande d'autorisation permanente d'utilisation des hélisurfaces. Par un arrêté du 14 octobre 2021, le préfet du Var a rejeté cette demande.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article D. 132-6 du code de l'aviation civile, alors en vigueur : " En application de l'article R. 132-1, les hélicoptères peuvent atterrir ou décoller ailleurs que sur un aérodrome lorsqu'ils effectuent des transports publics à la demande, du travail aérien, des transports privés ou des opérations de sauvetage. / Ces emplacements sont dénommés " hélisurfaces ". Les hélisurfaces ne peuvent être utilisées qu'à titre occasionnel. Dans certaines zones, leur utilisation peut être soumise à autorisation administrative. / () Hors le cas de force majeure, d'opération d'assistance ou de sauvetage, les pilotes doivent être titulaires d'une habilitation à utiliser les hélisurfaces valable sur le territoire national, délivrée par le préfet du département où le pilote est domicilié ou par le préfet de police pour les personnes résidant à Paris ou à l'étranger, après avis conforme du commandant de groupement de gendarmerie départemental, du directeur régional des douanes compétent ou du directeur interrégional des douanes d'Ile-de-France et du directeur interrégional du contrôle de l'immigration et de la lutte contre l'emploi des clandestins. () ".
3. Aux termes de l'article 17 de l'arrêté du 6 mai 1995, visé ci-dessus, dans sa rédaction applicable au présent litige : " Les avis conformes prévus à l'article D. 132-6 du code de l'aviation civile sont donnés au vu des conclusions des enquêtes effectuées par les services compétents du ministre chargé des armées, de la direction générale des douanes et droits indirects et de la direction centrale du contrôle de l'immigration et de la lutte contre l'emploi des clandestins. () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que, par un courrier du 25 août 2021, le préfet du Var a sollicité les avis de la directrice zonale de la police aux frontières Sud, du directeur régional des douanes, du commandant du groupement de gendarmerie départementale, du directeur de la sécurité publique du Var, ainsi que du service du renseignement territorial, avant de se prononcer sur la demande de M. B.
5. Le préfet du Var produit notamment le procès-verbal de gendarmerie relatif à l'enquête de moralité concernant M. B, qui mentionne que l'intéressé est défavorablement connu de la base du Traitement d'antécédents judiciaires (TAJ). Il ne ressort toutefois pas de ce procès-verbal, qui mentionne qu' " il n'est pas possible à notre niveau d'évaluer la validité et la pertinence des documents présentés, susceptibles de permettre la délivrance de l'autorisation demandée. ", qu'un avis aurait effectivement été émis par les services de gendarmerie. Par suite, M. B est fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'un vice d'incompétence.
6. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 14 octobre 2021 ainsi que la décision rejetant le recours gracieux de M. B doivent être annulés.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
7. L'article D. 6212-12 du code des transports dispose que : " L'habilitation prévue par l'article R. 6212-11 est délivrée après avis du commandant du groupement de gendarmerie départemental (), du directeur interrégional des douanes et droits indirects territorialement compétent et du directeur zonal de la police nationale () ".
8. L'exécution du présent jugement implique seulement qu'il soit procédé au réexamen de la demande de M. B, après avoir recueilli les avis des services précités. Il y a lieu d'enjoindre au préfet du Var ou à tout préfet territorialement compétent d'y procéder, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais du litige :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er :L'arrêté du 14 octobre 2021 du préfet du Var, ainsi que la décision du
7 janvier 2022 de rejet du recours gracieux, sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Var ou à tout préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de la demande de M. B, après avoir recueilli les avis nécessaires, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 500 euros, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Var.
Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Philippe Harang, président,
M. Zouhaïr Karbal, conseiller,
M. David Hélayel, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.
Le rapporteur,
Signé
D. HELAYEL
Le président,
Signé
Ph. HARANGLa greffière,
Signé
A. CAILLEAUX
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
P/ la greffière en chef,
La greffière,
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