jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2200697 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | Aurélie HUERTAS |
Vu la procédure suivante : Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 16 mars 2022, 22 avril 2024 et 29 mai 2024, M. C B, représenté par Me Huertas, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures : 1°) de condamner le département du Var à lui verser la somme de 23 543,51 euros, en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis en raison de la chute dont il a été victime, le 5 février 2021 ; 2°) de mettre à la charge du département du Var la somme de 2 500 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les dépens. Il soutient que : - il incombe au département d'assurer l'aménagement et l'entretien des routes départementales, en vertu des dispositions de l'article L. 131-2 du code de la voirie routière ; sa responsabilité est engagée sur le fondement du défaut d'entretien normal de l'ouvrage public et de sa dépendance ; - les dommages qu'il a subis résultent directement du défaut d'entretien de la voirie et de l'absence de signalisation sur un site dangereux ; - l'ensemble de ses préjudices patrimoniaux et extrapatrimoniaux doit être réparé. Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mai 2024, le département du Var, représenté par Me Pontier, conclut : 1°) à titre principal, au rejet de la requête ; 2°) à titre subsidiaire, à ce que la société anonyme (SA) Enedis soit condamnée à le relever et le garantir de toute condamnation ; 3°) à titre infiniment subsidiaire, à ce que les sommes octroyées soient ramenées à de plus justes proportions ; 4°) à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. B, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative Il soutient que : - l'action de M. B est mal dirigée ; - les moyens de la requête ne sont pas fondés ; - la victime a commis une faute de nature à l'exonérer de sa responsabilité ; - l'absence de signalisation est imputable à l'employeur de M. B ; - les prétentions indemnitaires sont surévaluées. La procédure a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie des Alpes-Maritimes et à la société Enedis, qui n'ont pas produit de mémoires. Vu : - les autres pièces du dossier ; - l'ordonnance n° 2200030 du 2 août 2023 du juge des référés. Vu : - le code de la voirie routière ; - le code de justice administrative. Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique : - le rapport de M. Hélayel, conseiller, - les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public, - les observations de Me Haddad, substituant Me Huertas, représentant M. B, - les observations de Me Sabrina Haddad, substituant Me Pontier, représentant le département du Var. Considérant ce qui suit : 1. Par un courrier du 14 octobre 2021, M. C B a demandé au département du Var le versement d'une indemnité provisionnelle, en réparation de ses préjudices, du fait d'une chute dans un regard dédié aux eaux pluviales, alors qu'il effectuait une mission de topographie pour le compte de la société Enedis, sur la route départementale 44, au niveau du territoire de la commune du Plan-de-la-Tour. Le 26 novembre 2021, le département du Var a rejeté sa demande. Sur la responsabilité du département du Var : 2. En premier lieu, le département soutient que la requête de M. B est mal dirigée, la zone présumée du lieu du sinistre se trouvant alors sous la responsabilité d'Enedis et qu'elle est mal fondée, dès lors que M. B avait alors la qualité de participant à une opération de travaux publics. 3. D'une part, le département du Var indique qu'en vertu de l'article 6 de l'accord de voirie délivré à la société Frances TP, sous-traitant d'Enedis, cette société est devenue responsable des accidents de toute nature qui pourraient résulter de la réalisation des travaux, tant vis-à-vis de la collectivité que vis-à-vis des tiers. Toutefois, le département s'est borné à produire une demande d'accord de voirie concernant les travaux souterrains d'alimentation électrique, du 6 août 2020, ne faisant pas état d'un tel transfert de responsabilité. Si l'arrêté de circulation du 7 décembre 2020 prévoit que l'entreprise est responsable de " tous les incidents et accidents qui pourraient survenir du fait du chantier ", le dommage en cause n'est pas directement lié aux travaux réalisés par M. B. Par suite, la requête n'est pas mal dirigée. 4. D'autre part, M. B soutient qu'il est tombé après avoir reculé pour laisser passer des véhicules se croisant sur la chaussée. Dès lors que le dommage n'est pas directement lié aux travaux réalisés, le requérant avait bien la qualité d'usager de la route départementale et de ses dépendances, lesquelles ont le caractère d'un ouvrage public. Par suite, son action n'est pas mal fondée. 5. En second lieu, l'article L. 131-2 du code de la voirie routière dispose que : " () Les dépenses relatives à la construction, à l'aménagement et à l'entretien des routes départementales sont à la charge du département. " 6. Il appartient à l'usager, victime d'un dommage survenu sur une voie publique, de rapporter la preuve du lien de causalité entre l'ouvrage public et le dommage dont il se prévaut. La collectivité en charge de l'ouvrage public doit alors, pour que sa responsabilité ne soit pas retenue, établir que l'ouvrage public faisait l'objet d'un entretien normal ou que le dommage est imputable à la faute de la victime ou à un cas de force majeure. 7. A l'appui de sa demande, M. B produit un compte-rendu d'intervention des sapeurs-pompiers établi le 5 février 2021, ainsi que l'attestation du collaborateur de chantier qui a prévenu les secours. Ces éléments permettent de tenir pour établie la matérialité des faits allégués. 8. M. B soutient que le regard d'évacuation des eaux pluviales dans lequel il est tombé était entouré de végétation, dépourvu de plaque de protection et que la balise de sécurité, couchée au sol sur le talus, n'était pas visible. Le topographe avec qui il réalisait la mission de détection a attesté de ce que ce regard, d'une profondeur de deux mètres environ, était dissimulé par la végétation. 9. Si la présence de la balise de sécurité est de nature à constituer une signalisation adéquate de ce danger, elle apparaît, dans les circonstances de l'espèce, comme nettement insuffisante, compte tenu de la profondeur et de la dangerosité de l'excavation. Il résulte à cet égard de l'instruction que l'intervention des sapeurs-pompiers a duré plus de 2h30, M. B faisant état de l'instabilité du sol autour de l'excavation. La signalisation apparaît d'autant plus insuffisante compte tenu du déroulement d'un chantier à proximité. Ainsi, le département du Var ne rapporte pas la preuve de l'entretien normal de l'ouvrage public dont il est le propriétaire. La visite de surveillance du site, qui s'est tenue le 1er février 2021, soit cinq jours avant l'accident, n'apparaît pas comme étant de nature à établir un tel entretien normal. Sa responsabilité se trouve, dès lors, engagée à l'égard de M. B. 10. Le département du Var fait valoir qu'il doit être exonéré partiellement ou totalement de sa responsabilité dès lors que M. B a commis une faute d'imprudence et que la circulation alternée, qui devait être mise en place par Frances TP, en vertu de l'arrêté de circulation du 7 décembre 2020, n'était pas en vigueur. 11. La seule circonstance que M. B soutienne qu'il a dû laisser passer des véhicules se croisant sur la chaussée n'est pas de nature à établir une faute imputable à l'entreprise Frances TP dans la mise en place de la signalisation temporaire. Néanmoins, il pouvait être attendu de l'intéressé qu'il identifie son environnement de travail et fasse preuve d'une vigilance particulière dans l'exercice de ses missions. Il sera fait, dans les circonstances de l'espèce, une juste appréciation des responsabilités respectives de chacun en évaluant à 20% la part de responsabilité de M. B et à 80% celle du département du Var. 12. Il découle de ce qui a été dit aux points 3 et 11 du présent jugement que le département du Var n'est pas fondé à appeler la société Enedis en garantie. Ces conclusions doivent, par suite, être rejetées. Sur les préjudices : En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux : S'agissant des dépenses de santé : 13. M. B mentionne les frais médicaux, pharmaceutiques et d'appareillage, d'un montant de 1 517,75 euros, figurant sur le relevé des débours de la caisse primaire d'assurance maladie des Alpes-Maritimes. Il fait valoir " qu'aucune imputation ne pourra intervenir sur l'indemnisation de la victime à ce titre ". A supposer que le requérant demande le remboursement de ces frais, ces derniers n'ont pas été déboursés par lui. Par suite, sa demande doit être rejetée, la caisse primaire d'assurance maladie n'ayant pas, au demeurant, présenté de conclusions en ce sens. S'agissant de la perte de gains professionnels : 14. Il résulte de l'instruction qu'entre le mois de juillet et le mois de décembre 2020, M. B a perçu des salaires nets d'un montant total de 9 156,68 euros. Durant sa période d'arrêt de travail du 5 février au 10 août 2021, l'intéressé a perçu 8 791,32 euros d'indemnités journalières. Dès lors, la perte de gains professionnels temporaire s'élève à 365,36 euros. Compte tenu du partage de responsabilité opéré au point 11 du présent jugement, il convient de ne mettre à la charge du département que 80% du total de cette somme. Il sera fait une exacte appréciation de l'indemnité à laquelle M. B a droit, en condamnant le département du Var à lui verser une indemnité de 292,288 euros. En ce qui concerne les préjudices à caractère personnel : S'agissant du déficit fonctionnel temporaire : 15. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise, que M. B a subi, entre le 5 février et le 9 août 2021, 29 jours jours de déficit fonctionnel à 15% puis 155 jours de déficit fonctionnel à 10%. Dans les circonstances de l'espèce, sur la base d'un montant journalier de 14 euros pour un déficit total, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice, en condamnant le département du Var à lui verser une indemnité de 222,32 euros. S'agissant de l'assistance par une tierce personne : 16. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise, que du 6 février au 6 mars 2021, M. B a eu besoin de l'assistance non spécialisée d'une tierce personne, à hauteur de trois heures par semaine. Il y a lieu de porter le taux horaire moyen de l'assistance nécessaire à la somme de 14 euros pour la période considérée, sur la base du salaire minimum de croissance augmenté des cotisations sociales, et de calculer l'indemnisation de ces besoins sur la base d'une année de 412 jours afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 152 euros. S'agissant des souffrances endurées : 17. Il résulte de l'instruction que les souffrances endurées par M. B ont été évaluées par l'expert à 0,5 sur une échelle de 1 à 7. Il y a lieu d'évaluer ce préjudice à hauteur de 480 euros. S'agissant du préjudice esthétique temporaire : 18. Le préjudice esthétique temporaire de M. B a été évalué par l'expert à 0.5 sur une échelle de 1 à 7, compte tenu du port d'un collier cervical. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 400 euros. S'agissant du déficit fonctionnel permanent : 19. Il résulte de l'instruction que le déficit fonctionnel permanent de M. B a été évalué à 3% par l'expert. Compte tenu de l'âge du requérant au 10 août 2021, date de la consolidation de son état de santé (32 ans), il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 3 200 euros. S'agissant du préjudice d'agrément : 20. Il résulte de l'instruction qu'avant son accident, le requérant pratiquait plusieurs activités sportives, dont le football qu'il a été contraint d'arrêter en raison de douleurs. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 1 600 euros. S'agissant du préjudice sexuel : 21. Il résulte de l'instruction que bien que M. B ne présente aucun trouble sexuel, il a déclaré des douleurs, considérées par l'expert comme médicalement possibles. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 1 600 euros. Sur le total des indemnités dues par le département du Var : 22. Il résulte de tout ce qui précède que, compte tenu du partage de responsabilité opéré au point 11 du présent jugement, le département du Var doit verser à M. B une somme de 7 946,608 euros. Sur les frais du litige : 23. En premier lieu, les frais et honoraires de l'expertise confiée au docteur A, liquidés et taxés à la somme de 1 822,35 euros par ordonnance de la présidente du tribunal, doivent être mis à la charge du département du Var, partie perdante dans cette instance. 24. En second lieu, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du département du Var une somme de 1 500 euros à verser à M. B, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. D É C I D E :Article 1er : La SA Enedis est mise hors de cause.Article 2 : Le département du Var est condamné à verser à M. B une somme de 7 946,608 euros.Article 3 : Les frais de l'expertise, liquidés et taxés à la somme de 1 822,35 euros, sont mis à la charge du département du Var.Article 4 : Le département du Var versera à M. B une somme de 1 500 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.Article 5 : Le surplus des conclusions présentées par le département du Var est rejeté.Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à la caisse primaire d'assurance maladie des Alpes-Maritimes et au département du Var.Copie en sera adressée à la SA Enedis.Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :M. Philippe Harang, président, M. Zouhaïr Karbal, conseiller,M. David Hélayel, conseiller. Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024. Le rapporteur,SignéD. HELAYEL Le président, Signé Ph. HARANGLa greffière,SignéF. POUPLY La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.Pour expédition conforme,La greffière.2N° 2200697
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026