lundi 24 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2200826 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 mars 2022, et un mémoire, enregistré le 20 juillet 2023, M. C I demande au tribunal :
1°) de prononcer la réduction des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre des années 2015 et 2016 en réduisant ses bases d'impositions des sommes de 98 366 euros au titre de l'année 2015 et de 238 874 euros au titre de l'année 2016 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne les revenus d'origine indéterminée au titre des années 2015 et 2016 :
- les sommes litigieuses ont été perçues dans le cadre de prêts familiaux ;
- il appartenait à l'administration d'établir que les sommes versées ne constituaient pas des prêts familiaux en vertu de la présomption posée par la jurisprudence ;
- grâce au rachat d'une assurance-vie, Mme J E, qui était sa compagne, disposait des ressources nécessaires pour lui accorder un prêt ;
En ce qui concerne les revenus de capitaux mobiliers au titre de l'année 2016 :
- la somme de 80 000 euros portée au crédit de son compte courant d'associé dans les écritures de la société Promo Immo résulte d'un prêt familial consenti par M. E, père de son ex-compagne ;
- la somme de 60 000 euros est consécutive à un prêt personnel de la part de M. B ;
- la somme de 4 300 euros résulte d'un prêt familial accordé en sa faveur par Mme E ;
- par suite, les sommes inscrites sur son compte courant d'associé sont des apports personnels dès lors qu'il était le bénéficiaire réel des prêts personnel et familiaux ainsi consentis.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 septembre 2022, le directeur départemental des finances publiques du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Martin ;
- et les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. I a fait l'objet d'un examen de sa situation fiscale personnelle au titre des revenus perçus en 2015 et 2016. Par une proposition de rectification du 10 octobre 2018, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux lui ont été notifiées au titre des années 2015 et 2016, selon la procédure de taxation d'office s'agissant de revenus d'origine indéterminée, et selon la procédure contradictoire s'agissant des revenus de capitaux mobiliers. En base, le total des rehaussements s'établit à la somme de 593 190 euros. Le total des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mises en recouvrement s'élève, en droits et pénalités, à la somme de 512 376 euros. Par sa requête, M. I demande au tribunal de prononcer la réduction de ces impositions supplémentaires en diminuant, en base, les rehaussements effectués de 98 366 euros au titre de l'année 2015 et de 238 874 euros au titre de l'année 2016.
Sur les conclusions aux fin de décharge :
En ce qui concerne les revenus d'origine indéterminée au titre des années 2015 et 2016 :
2. Il résulte des dispositions de l'article L. 16 du livre des procédures fiscales que l'administration peut, sur leur fondement, adresser au contribuable une demande de justifications, notamment dans le cas où elle a réuni des éléments permettant d'établir qu'il pourrait avoir disposé de revenus plus importants que ceux qu'il a déclarés. Aux termes de l'article L. 16 A du même livre : " Les demandes d'éclaircissements et de justifications fixent au contribuable un délai de réponse qui ne peut être inférieur à deux mois. / Lorsque le contribuable a répondu de façon insuffisante aux demandes d'éclaircissements ou de justifications, l'administration lui adresse une mise en demeure d'avoir à compléter sa réponse dans un délai de trente jours en précisant les compléments de réponse qu'elle souhaite ". Enfin, aux termes de l'article L. 69 de ce livre : " Sous réserve des dispositions particulières au mode de détermination des bénéfices industriels et commerciaux, des bénéfices agricoles et des bénéfices non commerciaux, sont taxés d'office à l'impôt sur le revenu les contribuables qui se sont abstenus de répondre aux demandes d'éclaircissements ou de justifications prévues à l'article L. 16 ".
3. Ces dispositions autorisent l'administration à taxer d'office à l'impôt sur le revenu une disponibilité en tant que revenu d'origine indéterminée dans le cas seulement où, en dépit, d'une part, des renseignements dont l'administration disposait à son sujet avant même toute demande de justifications, d'autre part, des éléments apportés par le contribuable à la suite d'une telle demande ou, le cas échéant, d'une mise en demeure de compléter sa réponse, demeurent incertains tant le caractère non imposable de cette disponibilité que la catégorie de revenus à laquelle elle serait susceptible de se rattacher. Par suite, le contribuable ne peut être regardé comme s'étant abstenu de répondre à une demande de justifications, au sens et pour l'application de l'article L. 69 du livre des procédures fiscales, lorsqu'il établit, dans les délais impartis, à la fois la provenance et la cause de cette disponibilité, par la production d'éléments de preuve précis et vérifiables. Au cas particulier où le contribuable établit que la disponibilité provient d'un membre de sa famille, il est réputé établir également qu'elle a pour cause un prêt ou une libéralité échappant à l'impôt sur le revenu, sauf à ce qu'il soit avec l'auteur du versement, à un titre quelconque, en relation d'affaires ou à ce que l'administration justifie que les sommes en causes ne revêtent pas le caractère d'un prêt familial notamment en démontrant l'existence d'une disproportion entre les sommes versées et les ressources financières de l'auteur du versement.
4. En l'espèce, en l'absence d'éclaircissement donné par le requérant lors des opérations de contrôle, l'administration a considéré comme des revenus d'origine indéterminée les sommes suivantes : 109 165,95 euros correspondant à des remises de chèques sur le compte de M. I à la banque CIC en 2015, 102 479 euros et 6 000 euros correspondant à des remises de chèques et à un virement sur ce même compte en 2016 ainsi que 38 831 euros correspondant à des remises de chèques sur son compte à l'établissement bancaire Société générale.
5. M. I fait valoir que ces sommes ont été, en partie, perçues dans le cadre de prêts familiaux consentis à son profit par sa compagne à l'époque des faits (Mme J E), par son fils (M. F I), par le père de son ex-compagne (M. H E) et enfin par sa mère (Mme D).
6. En premier lieu, si M. I expose que Mme E était sa compagne pendant la période correspondant aux années d'imposition, il n'allègue pas avoir été marié ou lié à cette dernière par un pacte civil de solidarité et, par suite, les fonds versés par M. E ne sauraient être considérés comme provenant d'un membre de sa famille.
7. En deuxième lieu, il ressort du procès-verbal d'assemblée générale en date du 18 juin 2016 de la société à responsabilité limitée (SARL) Promo Immo, dont le requérant est le dirigeant et l'associé unique, que, d'une part, M. H E a accordé un prêt de 190 000 euros à M. I et, d'autre part, dans le cadre d'une opération immobilière d'allotissement située sur la commune de Saint-Raphaël, il était prévu la constitution d'une société dénommée " Emma " dont les parts seraient détenues dans la même proportion par M. H E, Mme J E et la SARL Promo-Immo. Il résulte également de ce document que dans le cadre de cette opération immobilière, M. E disposait d'une priorité pour acquérir le lot de son choix pour un prix de 190 000 euros qui soldait le prêt consenti à M. I. Dès lors, l'existence attestée d'une opération immobilière entre M. H E, Mme J E et la société de M. I est de nature à révéler l'existence de relations d'affaires entre le requérant, son ancienne compagne et M. E. Au surplus, il ressort de l'attestation de la société d'assurance " Le Conservateur " versée au dossier que si Mme J E a bénéficié, entre 2015 et 2016, d'un rachat sur un contrat d'assurance-vie à hauteur de 50 000 euros, le motif de ce rachat est lié à l'acquisition d'un terrain. Par suite, ces circonstances font obstacle à ce que les sommes litigieuses apportées par M. H E et Mme J E puissent être regardées comme l'ayant été dans le cadre de prêts familiaux.
8. En dernier lieu, et en revanche, il résulte de l'instruction, notamment des indications portées sur la proposition de rectification du 10 octobre 2018 après exercice par le vérificateur du droit de communication auprès des établissements bancaires concernés, que M. F I, a réalisé le 27 janvier 2016 un virement bancaire de 6 000 euros en faveur de son père sur son compte à la banque CIC. Il résulte également de l'instruction que des remises de chèques provenant du compte joint de " M. ou Mme D " ont été enregistrées au profit du requérant, d'une part, le 30 mai et le 29 juin 2016 sur son compte bancaire CIC pour des montants respectifs de 610 euros, 420 euros et 900 euros (soit un total de 1 930 euros) et, d'autre part, le 4 novembre 2016 sur son compte à la Société générale pour un montant de 14 000 euros. Pour ces versements dont il est constant qu'ils émanent du fils de l'intéressé ou de sa mère, l'administration, qui se borne à relever qu'aucun élément n'est apporté sur ces virements ou remises de chèques, n'établit ni l'existence d'une relation d'affaires ni que les sommes en cause ne revêtent pas le caractère d'un prêt familial notamment en démontrant l'existence d'une disproportion entre les sommes versées et les ressources financières de l'auteur du versement. Dès lors, il n'y a pas lieu d'imposer ces sommes à l'impôt sur le revenu ni aux prélèvements sociaux et, par suite, M. I est fondé à demander une réduction de ses bases d'imposition, au titre de l'année 2016, à hauteur de la somme totale de 21 930 euros.
En ce qui concerne les revenus de capitaux mobiliers au titre de l'année 2015 :
9. Aux termes du 1 de l'article 109 du code général des impôts : " Sont considérés comme revenus distribués () 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices () ". Les sommes inscrites au crédit d'un compte courant d'associé d'une société soumise à l'impôt sur les sociétés sont, sauf preuve contraire, à la disposition de cet associé, alors même que l'inscription résulterait d'une erreur comptable involontaire, et ont donc, même dans une telle hypothèse, le caractère de revenus distribués, imposables entre les mains de cet associé dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers en vertu du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts. Pour que l'associé échappe à cette imposition, il lui incombe de démontrer, le cas échéant, qu'il n'a pas pu avoir la disposition de ces sommes ou que ces sommes ne correspondent pas à la mise à disposition d'un revenu.
10. Il résulte de l'instruction que les sommes portées au crédit du compte courant d'associé de M. I dans les écritures de la société Promo Immo, à hauteur de 38 190 euros en 2015 et 213 730 euros en 2016, ont été regardées par l'administration comme des revenus distribués sur le fondement des dispositions précitées du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts et imposées à l'impôt sur le revenu dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers.
11. M. I fait valoir qu'une partie des sommes ainsi portées au crédit de son compte courant d'associé est relative à des prêts personnels ou familiaux consentis à son profit par M. H E pour 80 000 euros, Mme J E pour 4 300 euros et par M. G B pour 60 000 euros. L'intéressé produit, d'une part, un procès-verbal d'une assemblée générale de la SARL Promo Immo en date du 18 juin 2016 selon lequel, dans le cadre d'une opération immobilière, M. H E lui a accordé un prêt de 190 000 euros et, d'autre part, un procès-verbal d'une assemblée générale de la même société en date du 29 juillet 2016 selon lequel M. G B lui a accordé " un apport en compte courant de 60 000 euros avec intérêt de 20 % annuel ". Toutefois, par la production de ces deux seuls documents et à défaut de contrats de prêts dument enregistrés, le requérant n'établit pas, d'une part, l'existence de ces prêts de sorte que ces sommes ne peuvent être regardées comme ayant eu, pour la société Promo Immo, une contrepartie interdisant de les regarder comme des revenus distribués et, d'autre part, avoir été dans l'impossibilité, en droit ou en fait, de procéder au prélèvement des sommes créditées sur son compte courant d'associé. Dès lors, c'est à bon droit que l'administration fiscale a imposé ces sommes entre les mains de M. I dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. I est seulement fondé à demander la réduction des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2016 à concurrence d'une réduction des bases taxables à ces impositions d'un montant de 21 930 euros.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle, à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante pour l'essentiel, la somme demandée par le requérant, lequel au demeurant n'a pas eu recours à un conseil et ne justifie pas les frais engagés.
D E C I D E :
Article 1er : Les bases d'imposition de M. I, au titre de l'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux, sont réduites d'un montant de 21 930 euros au titre de l'année 2016.
Article 2 : M. I est déchargé des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2016 à concurrence de la réduction des bases mentionnée à l'article 1er.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. I est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C I et au directeur départemental des finances publiques du Var.
Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Bernabeu, présidente,
- M. A et M. Martin, premiers conseillers.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juin 2024.
Le rapporteur,
Signé
J. MARTIN
La présidente,
Signé
M. BERNABEULa greffière,
Signé
E. PERROUDON
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Et par délégation,
La greffière.
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
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Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
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Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
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Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026