jeudi 4 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2200895 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | FEAT SOCIETE D'AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 31 mars 2022, et des mémoires, enregistrés le 2 octobre 2023 et le 12 février 2024, la société à responsabilité limitée (SARL) Commerce et Développement des Bijouteries Atlantide, représentée par Me Peltier-Féat, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée lui ayant été notifiés au titre de la période du 1er janvier 2016 au 31 juillet 2018 pour un montant total, en droits et pénalités, de 1 259 593 euros ;
2°) de prononcer le remboursement d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée de 1 000 000 euros au titre du mois d'août 2017 ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne les rappels de taxe sur la valeur ajoutée de 84 005 euros au titre du mois de janvier 2016 et de 640 856 euros au titre du mois de juillet 2017 :
- elle a fait l'objet d'une double vérification de comptabilité au titre de la période du 1er janvier 2016 au 31 juillet 2016 ;
- la période du 1er octobre 2012 au 31 décembre 2015 ayant déjà fait l'objet d'un contrôle, le bien-fondé du crédit de taxe sur la valeur ajoutée de 784 005 euros figurant sur la déclaration du mois de décembre 2015 ainsi que du solde de 84 005 euros, dont le remboursement n'a pas été demandé, mais qui a été reporté sur la déclaration du mois de janvier 2016, ne pouvait faire l'objet ni d'un nouveau contrôle ni être remis en cause ;
- l'administration n'a jamais produit la décision du 21 juin 2012 acceptant une demande de remboursement d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée alors qu'il lui appartenait de le faire ;
- l'administration ne produit pas la preuve de ce remboursement qui n'est corroboré par aucune pièce ;
- la décision de dégrèvement du 24 juillet 2017 constitue une prise de position formelle au sens de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales sur le bien-fondé du crédit de taxe de 784 005 euros au 31 décembre 2015 ;
- l'administration ne peut prétendre au reversement de la somme de 640 856 euros en application du I de l'article 208 de l'annexe II au code général des impôts ;
En ce qui concerne le rappel de taxe sur la valeur ajoutée au titre des mois d'août et septembre 2017 :
- seule une rectification de 100 226 euros pouvait être effectué au titre du mois d'août 2017 ;
- l'administration ne rapporte aucunement la preuve du remboursement de la somme de 1 306 849,06 euros correspondant à la taxe sur les métaux précieux ayant fait l'objet d'un dégrèvement ;
- elle était donc fondée à déduire la taxe sur la valeur ajoutée ayant été employée au paiement de la taxe sur les métaux précieux ;
En ce qui concerne le rappel de taxe sur la valeur ajoutée de 77 312 euros au titre des mois de février et mars 2018 :
- le droit à déduire la somme de 77 312 euros ne ressort pas de la proposition de rectification du 30 mars 2012 ;
- elle n'a pas été informée de la décision de dégrèvement du 5 novembre 2014 ;
- elle n'a eu connaissance de ce montant de 77 312 euros de taxe sur la valeur ajoutée à déduire qu'en juin 2017 ;
- à la date de déduction, elle bénéficiait d'une prise de position formelle et antérieure de l'administration au sens des articles L. 80 A et L. 80 B du livre des procédures fiscales ;
- une prise de position formelle ne se prescrit pas ; elle n'était pas devenue caduque en février 2018 ;
- il n'existe aucune péremption ou règle de prescription applicable à un crédit de taxe sur la valeur ajoutée dûment constaté et résultant d'un montant de taxe déclaré en trop ;
En ce qui concerne les pénalités pour manquement délibéré :
- l'application d'une pénalité de 40 % pour manquement délibéré n'est pas justifiée dès lors que les rectifications ne sont pas fondées et que la société n'a jamais eu un comportement de nature à égarer l'administration.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 13 octobre 2022 et le 15 janvier 2024, le directeur départemental des finances publiques du Var conclut au non-lieu à statuer, à hauteur des dégrèvements accordés en cours d'instance, et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Il fait valoir que :
- l'administration a prononcé, le 13 octobre 2022, un dégrèvement de 640 856 euros en droits et de 281 774 euros en intérêts de retard et pénalités ;
- pour le surplus, les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Martin,
- les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Peltier-Féat pour la SARL Commerce et Développement des Bijouteries Atlantide.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL Commerce et Développement des Bijouteries Atlantide (CDB Atlantide) a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017, étendue jusqu'au 31 juillet 2018 en matière de taxe sur la valeur ajoutée. A l'issue de ce contrôle, par une proposition de rectification du 18 décembre 2018, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée lui ont été notifiés, selon la procédure contradictoire, pour un montant total, en droits, intérêts de retard et pénalités, de 1 259 593 euros. Par sa requête, la société requérante demande au tribunal de prononcer la décharge de ces impositions. Elle demande également le remboursement d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée de 1 000 000 euros au titre du mois d'aout 2018.
Sur le quantum du litige :
2. Il résulte du mémoire en défense, enregistré le 13 octobre 2022, que postérieurement à l'introduction de la requête, l'administration a partiellement fait droit à l'argumentation de la société CDB Atlantide et a, en conséquence, par un avis du 13 octobre 2022, prononcé un dégrèvement, en droits et pénalités, de 922 630 euros.
3. Par suite, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête à hauteur de 922 630 euros.
Sur les conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :
4. Aux termes de l'article L. 51 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable à la présente procédure : " Lorsque la vérification de comptabilité ou l'examen de comptabilité, pour une période déterminée, au regard d'un impôt ou d'une taxe ou d'un groupe d'impôts ou de taxes, est achevé, l'administration ne peut procéder à une vérification de comptabilité ou à un examen de comptabilité de ces mêmes écritures au regard des mêmes impôts ou taxes et pour la même période. / Toutefois, il est fait exception à cette règle : / () 2° Dans les cas prévus à l'article L. 176 en matière de taxes sur le chiffre d'affaires () ". Selon l'article L. 176 du même code, dans sa rédaction applicable à la présente procédure : " Pour les taxes sur le chiffre d'affaires, le droit de reprise de l'administration s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année suivant celle au cours de laquelle la taxe est devenue exigible conformément aux dispositions du 2 de l'article 269 du code général des impôts () ". Enfin, aux termes de l'article L. 177 du livre des procédures fiscales : " En ce qui concerne la taxe sur la valeur ajoutée déductible dans les conditions fixées par l'article 271 du code général des impôts, les redevables doivent justifier du montant de la taxe déductible et du crédit de taxe dont ils demandent à bénéficier, par la présentation de documents même établis antérieurement à l'ouverture de la période soumise au droit de reprise de l'administration. / Le premier alinéa s'applique aux assujettis membres du groupe mentionné à l'article 1693 ter du code général des impôts pour la justification de la taxe déductible et du crédit de taxe dont le redevable mentionné au 1 du même article a demandé à bénéficier () ".
5. Ces dispositions permettent à l'administration de comprendre dans une nouvelle vérification de comptabilité, même si cela déroge aux prescriptions de l'article L. 51 du livre des procédures fiscales, une fraction de période d'imposition à la taxe sur la valeur ajoutée ayant déjà fait l'objet d'une vérification, dès lors que cette fraction se trouve incluse dans un exercice qui se situe à l'intérieur du délai de répétition prévu à l'article L. 176 du même livre.
6. En premier lieu, il résulte de l'instruction, d'une part, que la société CDB Atlantide avait fait l'objet d'une précédente vérification de comptabilité en matière de taxe sur la valeur ajoutée portant sur la période du 1er octobre 2012 au 31 juillet 2016 et, d'autre part, que les rappels litigieux de taxe sur la valeur ajoutée ont été établis à la suite d'une seconde vérification de comptabilité, mise en œuvre en 2018, portant sur la période du 1er janvier 2016 au 31 juillet 2018. Si la société soutient qu'une telle procédure est irrégulière dès lors que la période du 1er janvier 2016 au 31 juillet 2016 a ainsi fait l'objet d'une double vérification de comptabilité prohibée par l'article L. 51 du livre des procédures fiscales, la période du 1er janvier 2016 au 31 juillet 2016 se situait cependant, lors de la seconde vérification de comptabilité, à l'intérieur du délai de reprise prévu à l'article L. 176 du même livre, qui s'achevait le 31 décembre 2019. Par suite, eu égard aux principes rappelés ci-dessus au point 5, le moyen tiré de l'existence d'une double vérification de comptabilité doit être écarté.
7. En second lieu, en application des dispositions précitées de l'article L. 177 du livre des procédures fiscales combinées à celles de l'article L. 176 du même livre, l'administration pour la détermination du montant de la taxe due au cours de la période soumise à vérification, est en droit de contrôler toutes les opérations qui ont concouru à la formation du crédit de taxe déductible quelles qu'en puissent être les dates, sans que, le contrôle ainsi exercé constitue, eu égard à son objet et aux limites qui lui sont assignées, une extension irrégulière de la procédure de vérification de la comptabilité à des années atteintes par la prescription prévue à cet article L. 176. Ainsi, la requérante ne peut utilement soutenir que le crédit de taxe de 784 005 euros figurant sur sa déclaration de décembre 2015 ainsi que son solde de 84 005 euros reporté sur la déclaration de janvier 2016 ne pouvaient pas faire l'objet d'un nouveau contrôle.
En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :
S'agissant du rappel de taxe sur la valeur ajoutée de 84 005 euros au titre du mois de janvier 2016 :
8. Aux termes du I de l'article 271 du code général des impôts : " 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération () 3. La déduction de la taxe ayant grevé les biens et les services est opérée par imputation sur la taxe due par le redevable au titre du mois pendant lequel le droit à déduction a pris naissance ". Aux termes de l'article 242-0 E de l'annexe II du même code : " Le crédit de taxe déductible dont le remboursement a été demandé ne peut donner lieu à imputation ; il est annulé lors du remboursement ".
9. En vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, s'il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits nécessaires au succès de sa prétention, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci.
10. Il résulte de l'instruction que la société CDB Atlantide a déduit en octobre 2015 un montant de taxe sur la valeur ajoutée de 1 014 889 euros. Cette déduction a abouti à la formation d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée de 784 005 euros au titre du mois de décembre 2015. Ce crédit a fait l'objet, d'une part, d'une demande de remboursement à hauteur de 700 000 euros et, d'autre part, d'un report pour 84 005 euros sur la déclaration du mois de janvier 2016. Par une décision du 24 juillet 2017, l'administration a fait droit à la demande de remboursement du crédit de taxe à hauteur de 640 856 euros.
11. Pour remettre en cause l'existence du crédit de taxe de 84 005 euros porté sur la déclaration du mois de janvier 2016, le service vérificateur expose que le montant de 1 014 889 euros déduit au titre du mois d'octobre 2015 trouve son origine dans un crédit de taxe sur la valeur ajoutée d'un montant de 971 581 euros dont la société avait déjà demandé et obtenu, par une décision du 21 juin 2012, le remboursement. En dépit de cette décision d'acceptation, la société a, de nouveau, déduit ce même montant sur sa déclaration de septembre 2013 générant un nouveau crédit de taxe sur la valeur ajoutée de 1 014 889 euros porté en déduction sur la déclaration du mois d'octobre 2015.
12. La société requérante soutient n'avoir jamais été informée de la décision d'admission du 21 juin 2012 par laquelle l'administration a fait droit à sa demande de remboursement d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée d'un montant de 971 581 euros. Néanmoins, l'administration fait valoir que l'exécution comptable de ce remboursement est intervenue le 24 octobre 2012 par compensation d'une autre dette fiscale de la société CDB Atlantide, ce qui est attesté par la production d'un état " M6 " listant les différents paiements effectués par la société auprès de l'administration fiscale. Par suite, l'administration établit que le crédit de taxe sur la valeur ajoutée en litige trouvait son origine dans un précédent crédit de taxe qui avait fait l'objet d'un remboursement. Il en résulte que la société ne pouvait plus procéder au report de ce crédit de taxe sur la valeur ajoutée en application des dispositions précitées de l'article 242-0 E de l'annexe II au code général des impôts. Par suite, les moyens tirés d'une méconnaissance des règles régissant la charge de la preuve et d'une erreur commise par l'administration fiscale doivent être écartés.
13. Enfin, la société requérante ne peut se prévaloir de ce que l'administration aurait formellement pris position, au sens de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, en acceptant partiellement, par une décision du 24 juillet 2017, la demande de remboursement du crédit de taxe sur la valeur ajoutée de 700 000 euros qu'elle avait présentée dès lors que le crédit de taxe de 84 005 euros reporté sur sa déclaration du mois de janvier 2016 n'était pas inclus dans cette demande. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a procédé à un rappel de taxe sur la valeur ajoutée de 84 005 euros au titre du mois de janvier 2016.
S'agissant de la taxe sur la valeur ajoutée rappelée au titre des mois d'août et septembre 2017 :
14. Il résulte de l'instruction que la SARL CDB Atlantide a déduit, sur sa déclaration du mois d'août 2017, un montant de taxe sur la valeur ajoutée de 1 100 226 euros générant un crédit de taxe de 1 024 802 euros dont elle a demandé le remboursement à hauteur de 1 000 000 euros, le surplus de 24 802 euros étant reporté sur la déclaration du mois de septembre 2017. Lors des opérations de vérification, la société a exposé que le remboursement de taxe sur les métaux précieux, intervenu en sa faveur le 4 août 2017 pour 1 306 849,06 euros, justifiait le remboursement des crédits de taxe sur la valeur ajoutée qui avaient été employés pour le paiement de cette taxe sur les métaux précieux.
15. Pour remettre en cause les imputations de taxe sur la valeur ajoutée opérées par la société sur sa déclaration d'août 2017, l'administration a fait valoir que, d'une part, les différentes demandes de remboursement de crédits de taxe déposées par l'intéressée en 2012, pour un montant total de 1 100 226 euros, n'avaient été acceptées qu'à hauteur de 379 501 euros et, d'autre part, que cette dernière somme avait été réglée par compensation avec plusieurs autres dettes fiscales de la société.
16. Dans un premier temps, la requérante a soutenu que le montant du rappel de taxe sur la valeur ajoutée notifié, à ce titre, par l'administration devait être limité à la somme de 100 226 euros. Il résulte, toutefois, de la proposition de rectification du 18 décembre 2018 et de ses tableaux relatifs aux conséquences financières des rectifications que le montant rappelé s'élève, en droits, à 75 885 euros au titre du mois d'août 2017 et 24 802 euros au titre du mois de septembre 2017, soit un montant de 100 687 euros. La société CDB Atlantide, qui n'explique ni ne conteste la différence de 461 euros avec le montant figurant dans sa requête, ne développait ainsi aucun moyen au soutien de ses conclusions à fin de décharge s'agissant des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre des mois d'août et septembre 2017.
17. Dans un second temps, la SARL CDB Atlantide a contesté l'ensemble de la rectification opérée au titre des mois d'août et septembre 2017 et a demandé le remboursement du crédit de taxe sur la valeur ajoutée de 1 000 000 euros. Elle soutient que l'état " M6 " produit en défense par l'administration ne fait apparaître aucun remboursement de taxe sur les métaux précieux alors qu'elle avait obtenu, le 4 août 2017, un dégrèvement de cette taxe pour 1 306 849,06 euros. Toutefois, ainsi qu'il a été dit, la taxe déductible de 1 100 226 euros portée par la requérante sur sa déclaration du mois d'août 2017 trouve son origine dans plusieurs demandes de remboursement de crédits de taxe sur la valeur ajoutée présentées en 2012 pour un même montant total de 1 100 226 euros. Dès lors que ces demandes n'ont été acceptées qu'à hauteur de 379 501 euros, dont seule une quote-part de 78 838 euros a servi à payer de la taxe sur les métaux précieux, la société ne justifie pas de l'existence d'une créance de taxe sur la valeur ajoutée d'un montant de 1 100 226 euros qui aurait servi à payer de la taxe sur les métaux précieux ultérieurement dégrevée. Par suite, elle n'est pas fondée à demander, d'une part, la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre des mois d'août et septembre 2017 et, d'autre part, le remboursement du crédit de taxe sur la valeur ajoutée de 1 000 000 euros refusé à l'occasion de la vérification de comptabilité dont elle a fait l'objet.
S'agissant du rappel de taxe sur la valeur ajoutée euros au titre des mois de février et mars 2018 :
18. D'une part, aux termes de l'article 208 de l'annexe II au code général des impôts, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " I. - Le montant de la taxe déductible doit être mentionné sur les déclarations déposées pour le paiement de la taxe sur la valeur ajoutée. Toutefois, à condition qu'elle fasse l'objet d'une inscription distincte, la taxe dont la déduction a été omise sur cette déclaration peut figurer sur les déclarations ultérieures déposées avant le 31 décembre de la deuxième année qui suit celle de l'omission. Les régularisations prévues à l'article 207 doivent également être mentionnées distinctement sur ces déclarations. / II. - Lorsque, sur une déclaration, le montant de la taxe déductible excède le montant de la taxe due, l'excédent de taxe dont l'imputation ne peut être faite est reporté, jusqu'à épuisement, sur les déclarations suivantes. Toutefois, cet excédent peut faire l'objet de remboursements dans les conditions fixées par les articles 242-0 A à 242-0 K ".
19. D'autre part, aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration () ". Selon l'article L. 80 B du même livre : " La garantie prévue au premier alinéa de l'article L. 80 A est applicable : / 1° Lorsque l'administration a formellement pris position sur l'appréciation d'une situation de fait au regard d'un texte fiscal () ".
20. Il résulte de l'instruction que la requérante a porté sur sa déclaration de taxe sur la valeur ajoutée du mois de février 2018 un montant de taxe à déduire de 77 312 euros. Cette déduction a généré un crédit de taxe de 46 206 euros, reporté sur la déclaration du mois de mars 2018 qui faisait apparaître un crédit de 37 798 euros dont la société a demandé le remboursement à hauteur de 30 000 euros. L'administration a remis en cause la déduction du montant de taxe sur la valeur ajoutée de 77 312 euros au motif qu'il était atteint par la prescription fixée par le I de l'article 208 à l'annexe II du code général des impôts.
21. Il résulte également de l'instruction que, par une lettre du 5 novembre 2014 portant avis de dégrèvement, l'administration a informé la requérante que la vérification de comptabilité dont elle avait fait l'objet au titre de la période du 1er décembre 2008 au 30 septembre 2011 ayant abouti à une proposition de rectification du 30 mars 2012, avait permis de constater l'existence en sa faveur d'un complément de taxe sur la valeur ajoutée déductible d'un montant de
77 312 euros au titre de la période du 1er décembre 2009 au 30 novembre 2010 qu'il lui appartenait de porter en déduction sur sa déclaration de l'année 2014.
22. En premier lieu, si la société requérante fait valoir ne pas avoir été destinataire de la décision du 5 novembre 2014 portant avis de dégrèvement, elle ne l'établit pas, cette décision étant au demeurant produite à l'appui de sa requête. En tout hypothèse, quand bien même la proposition de rectification du 30 mars 2012 ne l'avait pas expressément informée de ce complément de taxe déductible, elle ne conteste pas que ce dernier se rapportait à la période du 1er décembre 2009 au 30 novembre 2010. Il s'ensuit que ce complément aurait dû être mentionné sur les déclarations déposées par la requérante pour le paiement de la taxe au titre de la période du 1er décembre 2009 au 30 novembre 2010, déclarations dont il n'est pas contesté qu'elles devaient être effectuées avant la fin de l'année 2010. Dès lors, il résulte des dispositions du I de l'article 208 de l'annexe II au code général des impôts, que ce complément de taxe dont la déduction avait été omise pouvait figurer sur les déclarations ultérieurement déposées par la requérante avant le 31 décembre de la deuxième année suivant celle de l'omission, c'est-à-dire sur les déclarations déposées avant le 31 décembre 2012, à peine de péremption du droit à déduction.
23. En deuxième lieu, s'il est exact que la vérification de comptabilité menée au titre de la période du 1er décembre 2008 au 30 septembre 2011 avait bien mis en évidence une insuffisance de déclaration de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er décembre 2008 au 30 novembre 2009 pour un montant de 188 318 euros et un excédent de taxe déclarée au titre de la période du 1er décembre 2009 au 30 novembre 2010, il n'en demeure pas moins que l'administration ne pouvait prononcer un dégrèvement qu'à hauteur des droits nets déclarés. Dès lors, la quote-part de 77 312 euros de taxe sur la valeur ajoutée déclarée à tort n'ayant pu être dégrevée devait nécessairement faire l'objet d'une déduction sur une déclaration ultérieure pouvant, le cas échéant, faire apparaître un crédit de taxe sur la valeur ajoutée à l'issue de cette déduction. Par suite, la société CDB Atlantide ne peut soutenir qu'elle détenait ainsi dès l'origine un crédit de taxe sur la valeur ajoutée de sorte que la règle de caducité issue du I de l'article 208 du code général des impôts ne lui était pas applicable.
24. En dernier lieu, la SARL CDB Atlantide soutient, que la lettre du 5 novembre 2014 portant avis de dégrèvement vaut prise de position formelle de l'administration, au sens du 1° de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales, en faveur du droit de déduire la somme de 77 312 euros. Toutefois, ladite lettre précise que " ce complément pourra faire l'objet d'une déduction () sur une déclaration CA3 CA4 déposée au titre de l'année 2014 ". Ainsi, l'administration lui a expressément indiqué que la déduction devait être effectuée sur une déclaration déposée au titre de l'année 2014, de sorte qu'elle n'a jamais reconnu, contrairement à ce qui est soutenu, un droit à déduire cette somme sans limitation de durée et notamment sur une déclaration CA3 déposée au titre du mois de février 2018, comme l'a fait la requérante. Dès lors, cette dernière n'est pas, en toute hypothèse, fondée à se prévaloir d'une prise de position formelle de l'administration sur ce point, au sens des dispositions précitées.
25. Par suite, la SARL CDB Atlantide n'est pas fondée à demander la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier 2016 au 31 juillet 2018.
S'agissant des pénalités pour manquement délibéré :
26. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré ; () ". Selon l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs, de la taxe sur la valeur ajoutée (), la preuve de la mauvaise foi et des manœuvres frauduleuses incombe à l'administration ".
27. Il résulte de ces dispositions que la pénalité pour manquement délibéré a pour seul objet de sanctionner la méconnaissance par le contribuable de ses obligations déclaratives. Pour établir ce manquement délibéré, l'administration doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations et, d'autre part, de l'intention de l'intéressé d'éluder l'impôt. Pour établir le caractère intentionnel du manquement du contribuable à son obligation déclarative, l'administration doit se placer au moment de la déclaration ou de la présentation de l'acte comportant l'indication des éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt.
28. Pour justifier l'application de la pénalité pour manquement délibéré aux rappels de taxe en litige, l'administration a relevé que la société avait, d'une part, déduit en 2015 de la taxe sur la valeur ajoutée originaire d'un crédit de taxe dont elle avait déjà obtenu le remboursement, d'autre part, déduit en 2017 de la taxe sur la valeur ajoutée issue de crédits de taxe sur la valeur ajoutée dont le remboursement avait déjà été accepté ou refusé et, enfin, procédé à l'imputation en 2018 d'un reliquat de taxe déductible issu de l'année 2010 en violation des règles de péremption du I de l'article 208 de l'annexe II au code général des impôts. Au regard du caractère répété des manquements, l'administration apporte la preuve tant du caractère inexact des déclarations que du caractère intentionnel des manquements. En revanche, en alléguant que les rectifications n'étaient pas fondées et qu'elle n'avait pas eu l'intention d'égarer le service, la requérante n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause les éléments relevés par l'administration ni, par suite, le bien-fondé de l'application des pénalités.
Sur les frais liés au litige :
29. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, qui doit être regardé comme la partie perdante pour l'essentiel, eu égard au dégrèvement prononcé en cours d'instance, une somme de 1 500 euros à verser à la société CDB Atlantide au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins de décharge présentées par la SARL CDB Atlantide à concurrence de la somme de 922 630 euros correspondant au dégrèvement partiel prononcé par l'administration le 13 octobre 2022.
Article 2 : L'Etat versera à la SARL CDB Atlantide une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de la SARL CDB Atlantide est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Commerce et Développement des Bijouteries Atlantide et au directeur départemental des finances publiques du Var.
Délibéré après l'audience du 3 juin 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Bernabeu, présidente,
- M. Cros, premier conseiller,
- M. Martin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.
Le rapporteur,
signé
J. MARTIN
La présidente,
signé
M. BERNABEU
La greffière,
signé
G. BODIGER
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Et par délégation,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026