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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2200899

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2200899

lundi 15 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2200899
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantRIGAL PIERRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 mars 2022, et un mémoire, enregistré le 24 janvier 2023, la société à responsabilité limitée (SARL) Arcadia Info Services, représentée par Me Rigal, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2018 pour un montant total, en droits et intérêts de retard, de 49 436 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :

- l'administration a méconnu les dispositions de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales dès lors qu'elle a contrôlé la déclaration de chiffre d'affaires du mois d'août 2020 dont la date limite de dépôt n'était pas encore expirée lors de l'envoi de l'avis d'examen de comptabilité ;

- la proposition de rectification est insuffisamment motivée ; l'administration a méconnu les dispositions de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ;

- le service n'a pas respecté l'obligation édictée par l'article L. 48 du livre des procédures fiscales en omettant d'indiquer les conséquences financières résultant de la proposition de rectification en ce qui concerne l'impôt sur les sociétés ;

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :

- aucun élément de détermination du montant de la taxe sur la valeur ajoutée collectée n'est fourni hormis l'indication du numéro de compte " 4458000 " ;

- le détail des encaissements n'est pas produit ;

- la méthode utilisée par le service est trop sommaire pour pouvoir être admise au regard des exigences posées par le conseil d'Etat dans sa décision n° 325215 du 22 octobre 2012, société Seamobile Europe.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 octobre 2022, le directeur départemental des finances publiques du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Martin,

- les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Arcadia Info Services a fait l'objet d'un examen de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2019, étendue jusqu'au 31 août 2020 en matière de taxe sur la valeur ajoutée. Par une proposition de rectification du 10 décembre 2020, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée lui ont été notifiés au titre de la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2018. Ces impositions supplémentaires ont été mises en recouvrement le 31 mai 2021 pour un montant total, en droits et intérêts de retard, de 49 436 euros. La SARL Arcadia Info Services demande la décharge de ces impositions.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. En premier lieu, la société requérante fait valoir que les opérations de contrôle ne pouvaient pas porter sur la déclaration de taxe sur la valeur ajoutée du mois d'août 2020 dès lors que l'avis d'examen de comptabilité, en date du 16 septembre 2020, était antérieur à la date limite du dépôt de la déclaration du mois d'août 2020 fixée, en application de l'article 39 de l'annexe IV au code général des impôts, au 21 septembre 2020. Toutefois, et en toute hypothèse, dès lors que les rappels de taxe sur la valeur ajoutée en litige portent sur la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2018, la SARL ne peut utilement soutenir que la procédure d'imposition serait viciée conséquemment à la mention dans l'avis d'examen de comptabilité d'une période de contrôle s'étendant jusqu'au 31 août 2020.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation () ". L'article R. 57-1 du même livre précise que : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée () ".

4. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification du 10 décembre 2020 mentionne les années d'imposition, l'impôt concerné et les considérations de faits et de droit motivant les rehaussements envisagés. Il ressort ainsi de ce document que les rappels de taxe sur la valeur ajoutée sont motivés par l'existence d'un passif de taxe sur la valeur ajoutée comptabilisé dans un compte de taxe sur la valeur ajoutée à régulariser. A ce titre, si la requérante entend contester l'insuffisance de la motivation de la reconstitution des montants de taxe sur la valeur ajoutée éludés, un tel moyen a trait au bien-fondé des impositions et non à la régularité de la procédure d'imposition. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales doit être écarté.

5. En troisième et dernier lieu, aux termes du premier aliéna de l'article L. 48 du livre des procédures fiscales : " A l'issue d'un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle au regard de l'impôt sur le revenu, d'une vérification de comptabilité ou d'un examen de comptabilité, lorsque des rectifications sont envisagées, l'administration doit indiquer, avant que le contribuable présente ses observations ou accepte les rehaussements proposés, dans la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou dans la notification mentionnée à l'article L. 76, le montant des droits, taxes et pénalités résultant de ces rectifications () ".

6. Il résulte de l'instruction qu'en l'espèce, l'administration n'a pas rehaussé les résultats imposables la SARL Arcadia Info Services et qu'aucune cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés ne lui a été notifiée. A ce titre, si la déduction en cascade des rappels de taxe sur la valeur ajoutée constitue un élément concourant à la formation du résultat imposable, cette déduction n'a pas le caractère d'une rectification visant à corriger une insuffisance dans les éléments ayant servi au calcul de l'impôt. En tout état de cause, cette déduction en cascade a été portée à la connaissance de l'intéressée dans le cadre de la réponse aux observations du contribuable datée du 11 mars 2021. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 48 du livre des procédures fiscales doit être écarté.

Sur le bien-fondé des impositions :

7. La SARL Arcadia Info Services exerce une activité de réalisation de prestations informatiques. Cette activité de prestations de services est soumise à la taxe sur la valeur ajoutée en application de l'article 256-1 du code général des impôts. En application du c) du 2 de l'article 269 du même code, la taxe sur la valeur ajoutée est exigible, pour les prestations de services, lors de l'encaissement des acomptes, du prix et de la rémunération du service ou de la prestation. Pour mettre à la charge de la société requérante des rappels de taxe sur la valeur ajoutée, le vérificateur a relevé, d'une part, une incohérence entre les montants de taxe sur la valeur ajoutée collectée déclarés et les déclarations de résultats de la société et, d'autre part, l'existence d'un passif de taxe sur la valeur ajoutée portée en comptabilité sur un compte de taxe sur la valeur ajoutée à régulariser, ce compte n'ayant fait l'objet d'aucune régularisation au cours de la période vérifiée.

8. L'intéressée fait valoir que conformément à la décision du conseil d'Etat, n° 325215 du 22 octobre 2012, ministre du budget, des comptes publics de la fonction publique et de la réforme de l'Etat c/ société Seamobile Europe, l'administration, qui n'a pas remis en cause le caractère probant et régulier de la comptabilité présentée, ne pouvait pas procéder à des rappels de taxe sur la valeur ajoutée pour insuffisance de déclaration sans prendre le soin d'examiner les encaissements effectifs de la société. Toutefois, dès lors qu'en l'espèce, l'administration n'a pas reconstitué les encaissements ayant fait l'objet d'une omission à partir du chiffre d'affaires tel que comptabilisé et corrigé des variations des comptes clients mais a simplement constaté, dans les écritures de la société, l'existence d'un compte de taxe sur la valeur ajoutée faisant apparaître, au titre des exercices clos en 2017 et 2018, un solde de taxe sur la valeur ajoutée collectée à payer de respectivement 17 274 euros et 29 502 euros, la SARL Arcadia Info Services ne peut utilement se prévaloir de la décision du conseil d'Etat société Seamobile Europe et soutenir que la méthode employée serait excessivement sommaire. Par suite, elle n'est pas fondée à demander la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2018.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la SARL Arcadia Info Services ne peut qu'être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées au titre l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Arcadia Info Service est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Arcadia Info Services et au directeur départemental des finances publiques du Var.

Délibéré après l'audience du 17 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Bernabeu, présidente,

- M. A et M. Martin, premiers conseillers.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2024.

Le rapporteur,

Signé

J. MARTIN

La présidente,

Signé

M. BERNABEULa greffière,

Signé

E. PERROUDON

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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