vendredi 10 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2200964 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 avril 2022, la société à responsabilité limitée (SARL) Domus demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2018 et 2019 pour un montant total de 78 406 euros ;
2°) de prononcer le remboursement de la créance née de l'imputation de son résultat déficitaire au titre de l'année 2020 sur le résultat bénéficiaire constaté à la clôture de l'année 2019.
Elle soutient que :
- en application de la loi de finances rectificative pour 2021 du 19 juillet 2021, elle pouvait solliciter l'imputation du résultat déficitaire de l'exercice 2020 sur les résultats des exercices 2018 et 2019 ;
- faisant l'objet d'une procédure de sauvegarde ouverte le 31 octobre 2016, elle pouvait demander le bénéfice du remboursement anticipé de sa créance.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 novembre 2022, le directeur départemental des finances publiques du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- à titre principal, la SARL Domus ne pouvait pas saisir le tribunal dès lors que l'administration n'avait pas statué sur sa réclamation contentieuse, laquelle avait été introduite depuis moins de six mois ;
- à titre subsidiaire, les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
-la loi n°2021-953 du 19 juillet 2021 de finances rectificatives pour 2021 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Martin ;
- et les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL Domus a fait d'un contrôle sur pièces en matière d'impôt sur les sociétés au titre des années 2018 et 2019. Par une proposition de rectification du 8 juin 2021, la société s'est vu notifier des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des années 2018 et 2019 pour un montant total, en droits et pénalités, de 78 406 euros. Par sa requête, la SARL Domus demande au tribunal de prononcer d'une part la décharge de ces impositions supplémentaires et d'autre part le remboursement de sa créance au titre du report en arrière du déficit de l'exercice clos le 31 décembre 2020.
Sur l'étendue du litige :
2. Il résulte de la décision d'acceptation partielle du 25 octobre 2022 que l'administration a accepté d'imputer le résultat déficitaire de l'année 2020 sur le résultat bénéficiaire de l'année 2019 et a, en conséquence, prononcé un dégrèvement d'un montant, en droits et pénalités, de 52 267 euros. Par suite, les conclusions aux fins de décharge présentées par la SARL Domus sont devenues sans objet à hauteur de 52 267 euros.
Sur le surplus des conclusions à fin de décharge :
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
3. Aux termes de l'article R. 199-1 du livre des procédures fiscales : " L'action doit être introduite devant le tribunal compétent dans le délai de deux mois à partir du jour de la réception de l'avis par lequel l'administration notifie au contribuable la décision prise sur la réclamation, que cette notification soit faite avant ou après l'expiration du délai de six mois prévu à l'article R. 198-10. / Toutefois, le contribuable qui n'a pas reçu la décision de l'administration dans un délai de six mois mentionné au premier alinéa peut saisir le tribunal dès l'expiration de ce délai () ".
4. Il résulte de l'instruction que la SARL Domus a adressé, par un courrier du 28 décembre 2021, reçu le 30 décembre suivant par l'administration, une réclamation contentieuse portant sur l'impôt sur les sociétés au titre des années 2018 et 2019, avant de saisir le tribunal administratif par une requête introductive d'instance en date du 4 avril 2022, sans que l'administration n'ait répondu sur sa réclamation préalable. Toutefois, à la date à laquelle statue le tribunal, le caractère prématuré de la requête a été couvert par la décision du 25 octobre 2022 par laquelle l'administration des impôts a statué sur la réclamation contentieuse précitée, en y faisant partiellement droit. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense et tirée du non-respect des dispositions de l'article R. 199-1 du livre des procédures fiscales doit être écartée.
Sur le fond :
5. Aux termes de l'article 220 quinquies du code général des impôts : " I. Par dérogation aux dispositions du troisième alinéa du I de l'article 209, le déficit constaté au titre d'un exercice ouvert à compter du 1er janvier 1984 par une entreprise soumise à l'impôt sur les sociétés peut, sur option, être considéré comme une charge déductible du bénéfice de l'exercice précédent () / Le déficit imputé dans les conditions prévues au premier alinéa cesse d'être reportable sur les résultats des exercices suivant celui au titre duquel il a été constaté () / L'excédent d'impôt sur les sociétés résultant de l'application du premier alinéa fait naître au profit de l'entreprise une créance non imposable d'égal montant. / La créance est remboursée au terme des cinq années suivant celle de la clôture de l'exercice au titre duquel l'option visée au premier alinéa a été exercée. Toutefois, l'entreprise peut utiliser la créance pour le paiement de l'impôt sur les sociétés dû au titre des exercices clos au cours de ces cinq années. Dans ce cas, la créance n'est remboursée qu'à hauteur de la fraction qui n'a pas été utilisée dans ces conditions. / Par exception aux dispositions du cinquième alinéa, les entreprises ayant fait l'objet d'une procédure de conciliation ou de sauvegarde, d'un redressement ou d'une liquidation judiciaires peuvent demander le remboursement de leur créance non utilisée à compter de la date de la décision ou du jugement qui a ouvert ces procédures () ".
6. Aux termes de l'article 1 de la loi n°2021-953 du 19 juillet 2021 de finances rectificative pour 2021 : " I.-Par dérogation aux premier et troisième alinéas du I de l'article 220 quinquies du code général des impôts, le déficit constaté au titre du premier exercice déficitaire clos à compter du 30 juin 2020 et jusqu'au 30 juin 2021 peut, sur option, être imputé sur le bénéfice déclaré de l'exercice précédent et, le cas échéant, sur celui de l'avant-dernier exercice, puis sur celui de l'antépénultième exercice. / L'option mentionnée au premier alinéa du présent I peut, par dérogation à la première phrase du premier alinéa du II de l'article 220 quinquies du code général des impôts, être exercée jusqu'à la date limite de dépôt de la déclaration de résultats d'un exercice clos au 30 juin 2021, et au plus tard avant que la liquidation de l'impôt sur les sociétés dû au titre de l'exercice suivant celui au titre duquel l'option est exercée ne soit intervenue () ".
7. En premier lieu, La SARL Domus soutient qu'en application de l'article 1 de la loi n°2021-953 du 19 juillet 2021 de finances rectificative pour 2021, le résultat déficitaire de l'exercice clos le 31 décembre 2020, pour la quote-part encore disponible, pouvait également s'imputer sur le résultat bénéficiaire de l'année 2018. Toutefois, il résulte des dispositions de l'article 1 de la loi du 19 juillet 2021 de finances rectificative pour 2021 que cette option devait être exercée avant le 30 septembre 2021. Or, il n'est pas contesté que la société requérante ne justifie avoir adressé une telle demande à l'administration que le 8 octobre 2021. Par suite, elle n'est pas fondée à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôts sur les sociétés mises à sa charge au titre de l'année 2018.
8. Il résulte de tout ce qui précède que le surplus des conclusions présentées à fin de décharge par la SARL Domus doit être rejeté.
9. En second lieu, la requérante fait valoir que du fait de l'ouverture d'une procédure de sauvegarde à son encontre le 24 octobre 2016, elle pouvait obtenir le remboursement de la créance résultant de l'imputation du résultat déficitaire de l'année 2020 sur le résultat bénéficiaire de l'année 2019.
10. Contrairement à ce que soutient l'administration, les dispositions précitées au point 5 du cinquième alinéa de l'article 220 quinquies du code général des impôts n'ont pas pour effet de limiter le remboursement de telles créances à celles nées antérieurement et non utilisées à la date du jugement d'ouverture de la procédure collective. Par suite, la SARL Domus est fondée à demander le remboursement de la créance née du report en arrière du résultat déficitaire de l'année 2020 sur le résultat de l'année 2019.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins de décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés présentées par la SARL Domus à hauteur de 52 267 euros.
Article 2 : Il est fait droit à la demande de remboursement anticipé présentée par la SARL Domus au titre de la créance née du report en arrière du résultat déficitaire de l'année 2020 sur le résultat bénéficiaire de l'année 2019.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Domus et au directeur départemental des finances publiques du Var.
Délibéré après l'audience du 8 avril 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Doumergue, présidente,
- M. Cros, premier conseiller,
- M. Martin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mai 2024.
Le rapporteur,
Signé
J. MARTIN
La présidente,
Signé
M. DOUMERGUELa greffière,
Signé
E. PERROUDON
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Et par délégation,
La greffière.
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026