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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2200967

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2200967

jeudi 2 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2200967
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantBOUSQUET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 8 avril 2022 et le 1er août 2022, Mme C A, représentée par Me Bousquet, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Fréjus à lui verser la somme totale de 25 966,23 euros en réparation des préjudices subis ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Fréjus la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que l'ensemble de ses préjudices extrapatrimoniaux et patrimoniaux résultant de sa chute doivent être réparés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mai 2022, la commune de Fréjus, représentée par Me Abdou, demande au tribunal :

1°) à titre principal, de la mettre hors de cause et de rejeter la requête ;

2°) à titre subsidiaire, de ramener à de plus justes proportions l'indemnisation des préjudices ;

3°) de mettre à la charge de la requérante la somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un second mémoire enregistré le 28 mars 2024, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) d'Ille et Vilaine, conclut à la condamnation de la commune de Fréjus à lui verser la somme de 14 020,55 euros, représentant le montant de ses débours définitifs, ainsi que le paiement de la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue par les dispositions de l'article L. 376-1 alinéa 8 du code de la sécurité sociale.

Par une ordonnance du 28 mars 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 5 avril 2024 à 12h.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le rapport du 9 juillet 2021 de l'expertise ordonnée par le tribunal ;

- l'ordonnance du 20 septembre 2021 par laquelle la présidente du tribunal a liquidé et taxé les frais de l'expertise réalisée par le docteur B.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Karbal, rapporteur,

- et les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Le 24 juillet 2018 à 00h30, Mme C A, alors âgée de 59 ans, a marché sur une plaque d'égout mal fixée située au niveau du numéro 1 de l'avenue du Four à Chaux et à l'angle de l'avenue de la corniche d'Azur sur le territoire de la commune Fréjus. Son pied s'est coincé dans le regard d'eau pluviale, provoquant une perte d'équilibre et sa chute au sol. Par une demande préalable du 13 août 2018, Mme A a sollicité l'indemnisation de ses préjudices auprès de la commune qui l'a rejetée par un courrier du 7 février 2019. Une seconde demande préalable indemnitaire a également été adressée à la commune de Fréjus par un courrier du 11 février 2022, reçu le 14 février suivant.

Sur la responsabilité de la commune de Fréjus pour défaut d'entretien normal :

2. Il appartient à l'usager, victime d'un dommage survenu sur une voie publique, de rapporter la preuve du lien de causalité entre l'ouvrage public et le dommage dont il se prévaut. La collectivité en charge de l'ouvrage public doit alors, pour que sa responsabilité ne soit pas retenue, établir que l'ouvrage public faisait l'objet d'un entretien normal ou que le dommage est imputable à la faute de la victime ou à un cas de force majeure.

3. Il résulte de l'instruction que Mme A a chuté le 24 juillet 2018 à 00h30, alors qu'elle circulait à pied sur l'avenue du Four à Chaux. Il ressort des attestations précises et concordantes émanant de sa fille et de son compagnon, tous deux témoins directs de l'accident, de celui de

Mme D, qui était présente le jour de l'accident, ainsi que de celui de son époux qui l'a emmenée aux urgences, que la requérante a marché sur une plaque d'égout, située à l'angle droit en bas de l'avenue du Four à Chaux, qui a basculé lors de son passage provoquant une perte d'équilibre et une chute à hauteur de corps entrainant l'avant de son pied droit dans le regard d'égout. Ces documents, cohérents entre eux, sont corroborés par le certificat de constatation de blessures établit, le jour de même de l'accident, par un médecin urgentiste mentionnant que la requérante a " une fracture luxation bi maléolaire de la cheville droite réduite ", ainsi que par les déclarations de la requérante, la fiche de main courante dressée par la police municipale le 1er août 2018 mentionnant que " Mme A indique avoir posé le pied sur une plaque d'un regard se trouvant sur la chaussée, et que cette plaque a basculé et qu'elle a chuté au sol lourdement, et qu'elle a de multiples fractures à la cheville droite ". Les photographies produites permettent d'expliciter le lieu précis de la chute de Mme A. Par conséquent, le lien de causalité entre l'ouvrage public et la chute doit être considéré comme suffisamment établi. En se bornant à exposer que la requérante ne démontre pas l'antériorité de la défectuosité de la fixation de la plaque d'égout litigieuse et qu'aucun incident ne lui avait été signalé jusqu'à la survenance du dommage en cause, la commune de Fréjus n'apporte pas la preuve, qui lui incombe, de l'entretien normal de l'ouvrage public. Dans ces conditions, Mme A est fondée à rechercher la responsabilité de la commune de Fréjus à raison des dommages qu'elle a subis.

Sur la faute de la victime :

4. Le danger constitué par le descellement d'une plaque d'égout et le risque de basculement à son passage, dont il ne résulte pas de l'instruction qu'ils étaient visibles et prévisibles, ne constitue pas un obstacle que tout usager de la voie publique peut normalement s'attendre à rencontrer. Ainsi, et dès lors que le danger n'était pas signalé, aucune faute ne peut être reprochée à Mme A.

Sur les préjudices :

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :

5. En premier lieu, Mme A justifie, par la production d'une attestation de son employeur, non contestée en défense, avoir subi une perte de salaire à hauteur de 1 026 euros. Par suite, il y a lieu d'allouer à la requérante la somme qu'elle réclame à ce titre.

6. En second lieu, Mme A soutient qu'elle a également subi un préjudice financier dès lors que, à la suite de son accident, elle s'est absentée de sa location saisonnière pendant la durée d'hospitalisation sur Toulon du 24 au 27 juillet 2018, soit 3 nuitées et qu'elle a dû quitter la location le 6 août 2018, soit 5 nuitées, avant la date prévue. Toutefois, il n'y a pas lieu de condamner la commune de Fréjus à lui verser la somme de 3 200 euros dès lors que cette demande ne relève pas d'un préjudice financier mais d'un trouble dans ses conditions d'existence dès lors que la location de cet appartement a continué à profiter à sa famille.

En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux :

7. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 6, il sera fait une juste appréciation du trouble dans les conditions d'existence liée à l'interruption prématurée de ses vacances, en lui allouant une somme de 400 euros au titre de ce préjudice.

8. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction, plus particulièrement de l'expertise judiciaire, que Mme A, dont l'état de santé a été considéré par l'expert comme étant consolidé au 11 juillet 2019, a connu du fait de l'accident dont elle a été victime des périodes de déficit fonctionnel temporaire total, de 100 % du 24 juillet au 27 juillet (4 jours), et de 100 % le 24 juillet 2019 (1 jour). Sur la base d'un forfait journalier de 16 euros, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en le fixant à la somme totale de 80 euros.

9. En troisième lieu, selon le rapport d'expertise, les souffrances endurées par Mme A doivent être évaluées à 3,5 sur une échelle allant de 1 à 7. Par suite, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en le fixant à 3 000 euros.

10. En quatrième lieu, selon le rapport d'expertise, Mme A a souffert d'un préjudice esthétique temporaire pouvant être évalué à 2,5/7 en raison de l'usage de cannes et de cicatrices sur sa cheville droite. Le préjudice esthétique permanent a été évalué par l'expert à 1/7. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant à la somme totale de 1 000 euros.

11. En dernier lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que Mme A souffre, après consolidation de son état de santé, d'un déficit fonctionnel permanent de 6 %. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice, pour une femme de 60 ans à la date de consolidation, en l'évaluant à la somme de 6 500 euros.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la commune de Fréjus est condamnée à verser à Mme A la somme totale de 12 006 euros.

En ce qui concerne les débours remboursés à la CPAM d'Ille- et-Vilaine :

13. La caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine justifie, par le relevé des débours définitifs qu'elle produit, indique avoir engagé en faveur de Mme A un montant total de 14 020,55 euros, qui devra être intégralement indemnisé par la commune de Fréjus.

Sur l'indemnité forfaitaire de gestion :

14. L'alinéa 9 de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale dispose : " En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu () ".

15. En application de ces dispositions, la caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine a droit à une somme de 1 191 euros.

Sur les frais liés au litige :

16. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. () ". Et aux termes de l'article L. 761-1 du même code : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

17. En premier lieu, il y a lieu de mettre à la charge définitive de la commune de Fréjus, partie perdante dans cette instance, les frais et honoraires de l'expertise liquidés et taxés à la somme de 1 800 euros par une ordonnance de la présidente du tribunal administratif de Toulon du

20 septembre 2021.

18. En second lieu, la commune de Fréjus étant tenue aux dépens, il y a lieu de mettre à sa charge le versement à Mme A d'une somme qu'il convient de fixer, dans les circonstances de l'espèce, à un montant de 2 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La commune de Fréjus est condamnée à verser la somme de 12 006 euros à

Mme A.

Article 2 : Les frais et honoraires de l'expertise, liquidés et taxés à la somme de 1 800 euros sont mis à la charge définitive de la commune de Fréjus.

Article 3 : La commune de Fréjus versera à Mme A une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La commune de Fréjus est condamnée à verser à la CPAM d'Ille-et-Vilaine une somme de 14 020,55 euros.

Article 5 : La commune de Fréjus versera à la CPAM d'Ille-et-Vilaine la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à la commune de Fréjus et à la CPAM d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 11 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Philippe Harang, président,

M. Zouhaïr Karbal, conseiller,

Mme Mathilde Montalieu, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2024.

Le rapporteur,

Signé

Z. KARBAL

Le président,

Signé

Ph. HARANG

La greffière,

Signé

F. POUPLY

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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