jeudi 12 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2200972 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | POUSSARD |
Vu la procédure suivante :
I- Par une requête, enregistrée sous le n° 2200972 le 7 avril 2022, et des mémoires, enregistrés le 13 juin 2023, le 1er février 2024, le 20 février 2024, le 13 mai 2024 et le 31 mai 2024, M. B A, représenté en dernier lieu par Me Poussard, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, d'annuler la décision de rejet rendue par le directeur départemental des finances publiques du Var le 2 février 2022 ;
2°) d'ordonner avant dire droit une expertise afin de reconstituer le chiffre d'affaires de la société Tini sur la base de la proposition de rectification lui ayant été notifiée ;
3°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre des années 2014, 2015 et 2016 ;
4°) ou à titre subsidiaire, de prononcer la réduction des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mises à sa charge, d'une part, en limitant l'assiette des rectifications au montant du résultat fiscal rectifié de la société Tini au titre des exercices clos en 2014, 2015, et 2016, et d'autre part, en faisant application du prélèvement forfaitaire libératoire ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :
- la proposition de rectification du 22 décembre 2017 n'a pas été notifiée à la société Tini ;
- la proposition de rectification lui ayant été notifiée est insuffisamment motivée dès lors qu'elle ne comprend que des extraits de la proposition de rectification notifiée à la société Tini et ne comporte pas les annexes à cette dernière ; par suite, elle ne fait figurer ni les modalités de calcul du coefficient de reconstitution retenu, ni la méthode et les modalités de calcul appliquées ; c'est pourquoi, il sollicite la réalisation d'une expertise comptable sur le fondement de l'article R. 612-1 du code de justice administrative ;
- la société Tini a été privée de son droit à exercer un recours dès lors que l'avis de mise en recouvrement n'a jamais été notifié à cette société ; cet avis est entaché de nullité en ce qu'il n'a pas été notifié à la société dans le délai de reprise ; à cet égard, il a été notifié à une adresse incorrecte, la société ayant élu domicile à l'adresse du liquidateur amiable, et la signature figurant sur l'accusé de réception ne correspond pas à celle de M. A ;
En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :
- l'administration a renversé la charge de la preuve dès lors qu'il a adressé, dans les délais, ses observations relatives à la proposition de rectification ;
- la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires employée par l'administration est viciée ;
- l'administration ne justifie pas de sa qualité de maître de l'affaire et de son appréhension des fonds réputés distribués ;
- en toute hypothèse, les revenus distribués ne sauraient excéder les montants du résultat fiscal rectifié de la société Tini sur la période considérée ;
- l'application du coefficient de majoration de 25 % prévu par l'article 158-7 2° du code général des impôts équivaut à taxer un revenu purement fictif et méconnaît l'article 1er du protocole additionnel n°1 à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que l'a jugé la cour européenne des droits de l'homme dans sa décision Waldner c/ France du 7 décembre 2023, n° 26604/16 ;
- en toute hypothèse, il est en droit de bénéficier du régime de taxation le plus favorable, c'est-à-dire du prélèvement forfaitaire libératoire ;
- la preuve du caractère délibéré des manquements relevés n'est pas rapportée par l'administration et, par suite, la pénalité de 40 % pour manquement délibéré n'est pas justifiée.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 25 octobre 2022, le 10 janvier 2024 et le 21 mars 2024, le directeur départemental des finances publiques du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
Par un courrier du 12 juin 2024, des pièces complémentaires ont été demandées aux parties, en application de l'article R. 611-10 du code de justice administrative. Des pièces ont été produites le 12 juin 2024 par le directeur départemental des finances publiques du Var et ont été communiquées le même jour.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 septembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
II- Par une requête, enregistrée sous le n° 2200973 le 7 avril 2022, et des mémoires, enregistrés le 13 juin 2023, le 1er février 2024, le 20 février 2024, 13 mai 2024 et le 31 mai 2024, M. B A, représenté en dernier lieu par Me Poussard, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, d'annuler la décision de rejet rendue par le directeur départemental des finances publiques du Var le 2 février 2022 ;
2°) d'ordonner avant dire droit une expertise afin de reconstituer le chiffre d'affaires de la société Tini sur la base de la proposition de rectification lui ayant été notifiée ;
3°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre des années 2014, 2015 et 2016 ;
4°) ou à titre subsidiaire, de prononcer la réduction des cotisations supplémentaires de prélèvements sociaux mises à sa charge, d'une part, en limitant l'assiette des rectifications au montant du résultat fiscal rectifié de la société Tini au titre des exercices clos en 2014, 2015 et 2016, et d'autre part, en faisant application du prélèvement forfaitaire libératoire ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soulève les mêmes moyens que ceux invoqués ci-dessus dans la requête susvisée n° 2200972.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 25 octobre 2022, le 10 janvier 2024 et le 21 mars 2024, le directeur départemental des finances publiques du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Par un courrier du 12 juin 2024, des pièces complémentaires ont été demandées aux parties, en application de l'article R. 611-10 du code de justice administrative. Des pièces ont été produites le 12 juin par le directeur départemental des finances publiques du Var et ont été communiquées le même jour.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 septembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et notamment l'article 1er de son premier protocole additionnel ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- la décision du Conseil constitutionnel n° 2019-793 QPC du 28 juin 2019 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Martin ;
- et les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A est l'unique associé et le gérant de la société à responsabilité limitée (SARL) Tini qui exploitait un restaurant situé sur la commune de la Seyne-sur-Mer. Cette société a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2016, étendue jusqu'au 30 juin 2017 en matière de taxe sur la valeur ajoutée. A l'issue de ce contrôle, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés ont été notifiés à cette SARL. Tirant les conséquences de ces rehaussements, l'administration a notifié à M. A, par une proposition de rectification du 22 décembre 2017, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre des années 2014, 2015 et 2016 pour un montant total, en droits et pénalités, de 784 689 euros. Par ses requêtes, M. A demande la décharge de ces impositions supplémentaires.
2. Les requêtes susvisées n° 2200972 et 2200973 concernent la situation d'un même contribuable. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions aux fins de décharge :
En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :
3. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaitre son acceptation ". En outre, aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. L'administration invite, en même temps, le contribuable à faire parvenir son acceptation ou ses observations dans un délai de trente jours à compter de la réception de la proposition, prorogé, le cas échéant, dans les conditions prévues au deuxième alinéa de cet article ".
4. Il résulte de ces dispositions que l'administration doit indiquer au contribuable, dans la proposition de rectification, les motifs et le montant des rehaussements envisagés, leur fondement légal et la catégorie de revenus dans laquelle ils sont opérés, ainsi que les années d'imposition concernées. En cas de motivation par référence, l'administration doit, en principe, annexer les documents auxquels elle se réfère dans la proposition de rectification ou en reprendre la teneur. En revanche, la régularité d'une proposition de rectification ne dépend pas du bien-fondé de ses motifs.
5. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification du 22 décembre 2017 notifiée à M. A mentionne, s'agissant des sommes que l'administration a qualifiées de revenus distribués par la SARL Tini, le fondement légal et la catégorie de revenus dans laquelle les rehaussements sont opérés ainsi que les années d'impositions concernées. Si la proposition de rectification adressée à la SARL Tini n'a pas été annexée à la proposition de rectification adressée à M. A, cette dernière y fait toutefois explicitement référence et reproduit à l'identique les passages justifiant le rejet de la comptabilité, les raisons de droit et de fait pour lesquelles les bénéfices sociaux de la SARL Tini ont été rehaussés, la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires mise en œuvre et les résultats synthétiques de cette reconstitution. Les passages reproduits concernent également les motifs de faits et de droits relatifs aux rappels de taxe sur la valeur ajoutée. Par ailleurs, il résulte de l'instruction qu'en réponse à la proposition de rectification, l'intéressé, par le biais de son conseil, a par un courrier du 1er mars 2018 manifesté son désaccord sur les rectifications proposées en exposant les raisons pour lesquelles la reconstitution du chiffre d'affaires réalisée par l'administration lui paraissait incohérente et viciée. Il s'ensuit qu'en l'espèce, M. A doit être regardé comme ayant disposé des informations lui permettant de formuler des observations ou de faire connaître son acceptation en application de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales sans qu'il fût besoin d'annexer à la proposition de rectification concernée une copie de la proposition de rectification adressée à la DARL Tini dont les annexes étaient relatives aux données utilisées pour reconstituer le chiffre d'affaires de la société à partir de la méthode dite des liquides alcoolisés. Dans ces conditions, bien que M. A justifie, par la production d'un courrier des services postaux, n'avoir jamais reçu notification, en tant que gérant, de la proposition de rectification relative à la SARL Tini, ce dernier n'est pas fondé à se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales.
6. Par ailleurs, l'intéressé fait valoir, outre n'avoir jamais reçu notification, en tant que gérant, de la proposition de rectification adressé à la SARL Tini, que l'avis de mise en recouvrement du 31 mai 2018 n'a pas été régulièrement notifié à cette société dans le délai de reprise, de sorte que la SARL Tini aurait été privée de son droit à exercer un recours. Toutefois, en vertu du principe d'indépendance des procédures, les moyens relatifs à la régularité de la procédure d'imposition suivie à l'encontre d'une société soumise au régime d'imposition des sociétés de capitaux sont sans influence sur les impositions personnelles mises à la charge des bénéficiaires des revenus de capitaux mobiliers distribués par cette société. Par suite, M. A ne peut utilement faire valoir, pour contester les impositions en litige, que la procédure de vérification de comptabilité de la société Tini était irrégulière. Dès lors, ce moyen doit être écarté.
En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :
7. Aux termes du 1 de l'article 109 du code général des impôts : " Sont considérés comme des revenus distribués : 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporé au capital () ". Aux termes de l'article 110 du même code : " " Pour l'application du 1° du 1 de l'article 109 les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés () ".
S'agissant de la charge de la preuve :
8. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré. / Il en est de même lorsqu'une imposition a été établie d'après les bases indiquées dans la déclaration souscrite par un contribuable ou d'après le contenu d'un acte présenté par lui à la formalité de l'enregistrement ". En outre, selon le second alinéa de l'article L. 57 de ce livre : " Sur demande du contribuable reçue par l'administration avant l'expiration du délai mentionné à l'article L. 11, ce délai [pour présenter ses observations] est prorogé de trente jours ".
9. La décision du 2 février 2022 par laquelle l'administration a rejeté la réclamation de M. A mentionne que ce dernier n'ayant présenté aucune observation dans les délais impartis, la charge de la preuve du caractère exagéré des impositions lui incombe. Toutefois, à la suite de la notification de la proposition de rectification du 22 décembre 2017, et après obtention d'un délai supplémentaire par l'administration, l'intéressé a formulé des observations le 1er mars 2018. Ces observations, ainsi présentées dans le délai légal, marquent le refus par le contribuable des rectifications proposées. Dans ces conditions, ainsi que le reconnaît l'administration dans ses écritures en défense, il appartient au service d'apporter la preuve du bien-fondé des rectifications contestées.
S'agissant du montant des revenus distribués :
10. En premier lieu, il résulte de l'instruction, qu'après avoir rejeté la comptabilité de la SARL Tini à raison de son irrégularité au motif, d'une part, que la société globalisait mensuellement ses recettes sans que le détail des produits puisse être identifié, et d'autre part, que le niveau global des recettes ressortait comme incohérent au regard des données obtenues auprès de fournisseurs après exercice du droit de communication, le vérificateur a procédé à une reconstitution du chiffre d'affaires en mettant en œuvre la méthode dite des liquides alcoolisés.
11. Pour réaliser cette reconstitution, le service vérificateur a répertorié les quantités de boisson achetées auprès des fournisseurs. Ces quantités ont été pondérées d'un pourcentage relatif aux pertes et aux volumes offerts. Une fois cette pondération opérée, l'administration a appliqué les tarifs de l'établissement afin d'obtenir le chiffre d'affaires, hors taxes, au titre des boissons alcoolisées. Le chiffre d'affaires, hors taxes, de l'établissement a ensuite été obtenu au regard du pourcentage que représentait, pour chaque exercice et selon le détail des recettes figurant dans les données comptabilisées, le chiffre d'affaires des boissons alcoolisées au regard du chiffre d'affaires des solides et des boissons non-alcoolisées.
12. Pour contester la méthode de reconstitution employée, l'intéressé, qui ne conteste pas par ailleurs le rejet de comptabilité précité, fait valoir qu'il s'agit d'une extrapolation ayant permis de rehausser artificiellement le niveau des recettes solides alors qu'il est fréquent que la consommation de boissons alcoolisées ne s'accompagne pas de la consommation d'un repas. Toutefois, ces allégations ne sont accompagnées d'aucun élément de preuve permettant soit de démontrer que le chiffre d'affaires ainsi obtenu est excessif, soit de proposer une autre méthode permettant d'aboutir à des résultats plus précis. Il s'ensuit que M. A n'est pas fondé à soutenir que la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires de la SARL Tini serait radicalement viciée ou excessivement sommaire. Dans ces conditions, et le requérant ne pouvant au demeurant se prévaloir d'une insuffisance de motivation de la proposition de rectification du 22 décembre 2017, ainsi qu'il a été exposé au point 5 du présent jugement, il n'y a également pas lieu de faire droit aux conclusions du requérant tendant à ce qu'une expertise soit ordonnée afin de déterminer le chiffre d'affaires de la société sur la période concernée par la vérification de comptabilité.
13. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne physique ou morale a droit au respect de ses biens. Nul ne peut être privé de sa propriété que pour cause d'utilité publique et dans les conditions prévues par la loi et les principes généraux du droit international. / Les dispositions précédentes ne portent pas atteinte au droit que possèdent les Etats de mettre en vigueur les lois qu'ils jugent nécessaires pour réglementer l'usage des biens conformément à l'intérêt général ou pour assurer le paiement des impôts ou d'autres contributions ou des amendes ".
14. En vertu du 2° du 7 de l'article 158 du code général des impôts, le montant des revenus distribués mentionnés aux c à e de l'article 111 de ce code et à l'article 109 du même code, résultant d'une rectification des résultats de la société distributrice, retenu pour le calcul de l'impôt sur le revenu, est multiplié par 1,25.
15. En l'espèce, les revenus réputés distribués et réintégrés aux revenus imposables de M. A ont fait l'objet d'une majoration de 25 % en application des dispositions du 2° du 7 de l'article 158 du code général des impôts. Le requérant soutient que l'application de cette majoration équivaut à taxer un revenu purement fictif et méconnaît l'article 1er du protocole additionnel n°1 à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que l'a jugé la Cour européenne des droits de l'homme dans sa décision Waldner c/ France du 7 décembre 2023, n° 26604/16.
16. Toutefois, cette décision de la Cour européenne des droits de l'homme du 7 décembre 2023 s'est prononcée sur la conventionnalité d'une majoration distincte applicable aux titulaires de bénéfices industriels et commerciaux, de bénéfices non commerciaux ou de bénéfices agricoles quand ils ne sont pas adhérents à un organisme de gestion agréé, et non sur la majoration applicable aux revenus distribués mentionnés à l'article 109 du code générale des impôts et visés au 2° du 7 de l'article 158 de ce code.
17. En tout état de cause, d'une part, ainsi que l'a rappelé le Conseil constitutionnel dans sa décision n° 2019-793 QPC du 28 juin 2019 déclarant conformes à la Constitution la référence " c " et les mots " et aux revenus distribués mentionnés à l'article 109 résultant d'une rectification des résultats de la société distributrice " figurant au 2° du 7 de l'article 158 du code général des impôts, le législateur a entendu, en adoptant ces dispositions, soumettre à une imposition plus forte certains revenus de capitaux mobiliers distribués dans des conditions irrégulières ou occultes, afin de dissuader de telles opérations, et a ainsi poursuivi l'objectif de valeur constitutionnelle de lutte contre la fraude et l'évasion fiscales. La majoration en cause repose donc suffisamment sur une base raisonnable.
18. D'autre part, ainsi que l'a également rappelé le Conseil constitutionnel, l'application de cette majoration, qui porte sur des revenus de capitaux mobiliers dissimulés, non spontanément déclarés par le contribuable, ne conduit pas à une charge excessive au regard des facultés contributives des contribuables. La majoration en cause n'entraîne donc pas une surcharge financière disproportionnée à l'encontre du contribuable.
19. Dans ces conditions, la méthode retenue par le législateur, pour les revenus distribués mentionnés à l'article 109 résultant d'une rectification des résultats de la société distributrice, au 2° du 7 de l'article 158 du même code n'a pas rompu le juste équilibre qui doit exister entre les impératifs de l'intérêt général et ceux de la sauvegarde des droits fondamentaux de l'individu.
20. Il en résulte que le moyen tiré de ce que cette dernière disposition est contraire aux stipulations de l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.
21. En troisième et dernier lieu, si le requérant soutient que les revenus distribués et taxés sur le fondement du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts ne sauraient excéder le résultat fiscal reconstitué, il résulte toutefois des dispositions citées au point 7 que lorsque pour procéder au rehaussement des bénéfices imposables d'une société, l'administration procède à la réintégration de la somme correspondant au montant hors taxes de recettes omises puis ajoute à ces bénéfices la somme correspondant au montant de la taxe sur la valeur ajoutée due sur ces recettes calculées hors taxes, cette décomposition ne saurait avoir pour effet de remettre en cause le caractère de revenu distribué de la totalité des recettes. Par suite, l'administration est fondée à regarder comme distribuées les sommes correspondant, d'une part, au montant hors taxes des recettes omises et, d'autre part, au montant de la taxe sur la valeur ajoutée due sur les recettes calculées hors taxes. En revanche, il résulte des dispositions de l'article 110 du code général des impôts que pour déterminer le montant des revenus distribués, il y avait lieu de tenir compte de l'imputation du déficit de l'exercice précédent. A cet égard, il résulte des mentions mêmes de la proposition de rectification qu'au titre de l'exercice clos en 2014, le résultat imposable rectifié de la société Tini a été obtenu après imputation des déficits antérieurs d'un montant de 65 359 euros. En conséquence, au titre de l'année 2014, M. A est fondé à demander une réduction de sa base imposable à l'impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux à hauteur du montant du déficit reporté, soit une diminution, en base, d'un montant de 65 359 euros.
S'agissant de l'appréhension des revenus distribués :
22. En cas de refus des propositions de rectifications par le contribuable qu'elle entend imposer comme bénéficiaire de sommes regardées comme distribuées, il incombe à l'administration d'apporter la preuve que celui-ci en a effectivement disposé. Toutefois, le contribuable qui, disposant seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société, est en mesure d'user sans contrôle de ses biens comme de biens qui lui sont propres et doit ainsi être regardé comme le seul maître de l'affaire, est présumé avoir appréhendé les distributions effectuées par la société qu'il contrôle. La qualité de seul maître de l'affaire suffit à regarder le contribuable comme bénéficiaire des revenus réputés distribués, en application du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, par la société en cause, la circonstance qu'il n'aurait pas effectivement appréhendé les sommes correspondantes ou qu'elles auraient été versées à des tiers étant sans incidence à cet égard.
23. Il résulte de l'instruction que l'administration a imposé comme des revenus distribués à M. A sur le fondement du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts les sommes respectives de 380 923 euros, 209 753 euros et 217 249 euros au titre des années 2014, 2015 et 2016. Dès lors qu'en l'espèce, il est constant que M. A est le dirigeant et l'associé unique de la SARL Tini, qu'il détient 100 % des parts sociales et qu'il a été l'interlocuteur unique du vérificateur dans l'ensemble des opérations de contrôle, l'intéressé, qui n'apporte aucun élément permettant de remettre en cause le fait qu'il disposait seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société et était en mesure d'user sans contrôle de ses biens, n'est pas fondé à soutenir qu'il n'aurait pas été le maître de l'affaire et n'aurait pas appréhendé les sommes en litige.
S'agissant du prélèvement forfaitaire obligatoire :
24. Si M. A soutient qu'il pouvait bénéficier du prélèvement forfaitaire libératoire qui lui est plus favorable, il ne précise toutefois pas les dispositions dont il entend solliciter le bénéfice. Par suite, un tel moyen n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant au juge de l'impôt d'en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, le prélèvement forfaitaire libératoire instauré par les dispositions de l'article 117 quater du code général des impôts n'est pas applicable aux revenus distribués à la suite d'une rectification par l'administration fiscale des revenus déclarés par un actionnaire ou un associé personne physique.
En ce qui concerne la majoration pour manquement délibéré :
25. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré ; () ". Selon l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs, de la taxe sur la valeur ajoutée (), la preuve de la mauvaise foi et des manœuvres frauduleuses incombe à l'administration ".
26. Il résulte de ces dispositions que la pénalité pour manquement délibéré a pour seul objet de sanctionner la méconnaissance par le contribuable de ses obligations déclaratives. Pour établir ce manquement délibéré, l'administration doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations et, d'autre part, de l'intention de l'intéressé d'éluder l'impôt. Pour établir le caractère intentionnel du manquement du contribuable à son obligation déclarative, l'administration doit se placer au moment de la déclaration ou de la présentation de l'acte comportant l'indication des éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt.
27. Pour justifier le bien-fondé de l'application de la pénalité pour manquement délibéré aux rectifications en litige, l'administration a relevé l'importance des insuffisances dans la tenue de la comptabilité de la SARL Tini ayant conduit à minorer systématiquement le montant des recettes au cours de la période vérifiée. Dans ces conditions, M. A, qui était l'unique associé et le dirigeant de la société, ne peut utilement faire valoir que ces manquements concernaient seulement la société et ne lui étaient pas imputables. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a fait application d'une pénalité de 40 % pour manquement délibéré. Il y a toutefois lieu de préciser que la réduction en base prononcée au point 21 du présent jugement entraîne nécessairement la décharge des pénalités appliquées à concurrence de cette réduction.
28. M. A n'est pas fondé à se prévaloir de la doctrine administrative référencée BOI-CF-INF-10-20-20 §50, qui ne donne pas d'interprétation différente de la loi fiscale de celle dont il est fait application par le présent jugement.
29. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander la réduction de ses bases d'imposition à l'impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux d'un montant de 65 359 euros au titre de l'année 2014, dans les conditions exposées au point 21, et en conséquence la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mises à sa charge au titre de l'année 2014 à concurrence de cette réduction en base.
Sur les frais liés au litige :
30. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle, en tout état de cause, à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante pour l'essentiel dans les deux présentes instances, la somme demandée à ce titre par M. A.
D E C I D E :
Article 1er : Les bases d'imposition de M. A à l'impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux, au titre de l'année 2014, sont réduites d'un montant de 65 359 euros.
Article 2 : M. A est déchargé, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mises à sa charge au titre de l'année 2014 à concurrence de la réduction en base mentionnée à l'article 1er.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Poussard et au directeur départemental des finances publiques du Var.
Délibéré après l'audience du 1er juillet 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Bernabeu, présidente,
- M. Cros, premier conseiller,
- M. Martin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 septembre 2024.
Le rapporteur,
Signé
J. MARTIN
La présidente,
Signé
M. BERNABEULa greffière,
Signé
G. BODIGER
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Et par délégation,
La greffière.
2, 2200973
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026