mardi 20 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2200980 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Aide sociale |
| Avocat requérant | LA BALME LOUIS-MARIE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 avril 2022, Mme B D, représentée par Me La Balme, demande au tribunal :
1°) l'annulation de la décision du 9 février 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Var a rejeté son recours administratif préalable obligatoire confirmant l'indu de revenu de solidarité active INL 001 d'un montant de 18 435,81 euros pour la période courant du 1er août 2018 au 31 juillet 2021 ;
2°) de condamner la caisse d'allocations familiales du Var à lui verser la somme de 2 000 euros en réparation du préjudice financier ;
3°) de mettre à la charge la caisse d'allocations familiales du Var la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens .
Elle soutient que l'indu est infondé dès lors qu'elle n'a jamais vécu maritalement, ni dissimulé sa situation personnelle, ni encore les revenus qu'elle a perçus ; elle n'a été en couple qu'à compter du 1er juillet 2021.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 novembre 2022, la caisse d'allocations familiales du Var conclut à sa mise hors de cause et à ce que le conseil départemental du Var soit appelé en la cause.
Elle fait valoir que seul le département du Var est compétent pour défendre s'agissant d'un indu de RSA " socle ".
Par des mémoires enregistrés, le 29 novembre 2022 et le 8 décembre 2022, la caisse d'allocations familiales du Var agissant pour le compte du département du Var, conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que l'indu est fondé eu égard au faisceau d'indices recueillis par le contrôleur de la CAF du Var, sur l'existence, non déclarée, d'une vie de couple de la requérante.
Par un courrier du 24 avril 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires, dès lors qu'elles n'ont pas été précédées d'une demande préalable auprès de la CAF.
Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 novembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
La présidente, juge statuant seule, a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de présenter des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Doumergue ;
- et les observations de Mme C représentant la caisse d'allocations familiales du Var.
La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après les observations de Mme C à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, née en 1992, a bénéficié du RSA à compter du mois de décembre 2017. A la suite d'un contrôle de sa situation, la caisse d'allocations familiales du Var a notamment notifié à Mme D, par une décision 28 octobre 2021, un indu de revenu de solidarité active majoré, référencé INL 001, d'un montant de 18 435,81 euros pour la période courant du 1er août 2018 au 31 juillet 2021. L'intéressée a formé le 30 novembre 2021, un recours administratif préalable obligatoire contre cet indu rejeté par une décision expresse du 9 février 2022. Par la présente requête, Mme D demande d'une part, l'annulation de la décision du 9 février 2022, d'autre part le versement par la caisse d'allocations familiales du Var de la somme de 2 000 euros en réparation du préjudice financier qu'elle estime avoir subi.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 9 février 2022 :
En ce qui concerne le bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active majoré :
2. Lorsque le juge administratif est saisi d'un recours dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de RSA, il entre dans son office d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
3. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre () ". Aux termes de l'article L. 262-3 du même code : " () L'ensemble des ressources du foyer () est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat () ". Aux termes de l'article L. 262-9 du même code : " () Est considérée comme isolée une personne veuve, divorcée, séparée ou célibataire, qui ne vit pas en couple de manière notoire et permanente et qui notamment ne met pas en commun avec un conjoint, concubin ou partenaire de pacte civil de solidarité ses ressources et ses charges ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent () l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. () ". Aux termes de l'article R. 262-37 de ce même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ".
4. Il résulte des dispositions précitées au point précédent que, pour le bénéfice du RSA, le foyer s'entend du demandeur, ainsi que, le cas échéant, de son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin et des enfants ou personnes de moins de vingt-cinq ans à charge qui remplissent les conditions précisées par l'article R. 262-3 du code de l'action sociale et des familles. Pour l'application de ces dispositions, le concubin est la personne qui mène avec le demandeur une vie de couple stable et continue. Une telle vie de couple peut être établie par un faisceau d'indices concordants, au nombre desquels la circonstance que les intéressés mettent en commun leurs ressources et leurs charges.
5. Il résulte de l'instruction que lors de sa demande de RSA, le 27 novembre 2017, Mme D, s'est déclarée auprès des services de la caisse d'allocations familiales du Var célibataire et hébergée chez sa grand-mère. Sa situation a notamment été confirmée le 2 février 2021, avant qu'elle ne la modifie le 13 août 2021. La caisse d'allocations familiales du Var a procédé à un contrôle de situation au domicile de l'allocataire le 19 février 2021. Il ressort de ce contrôle, et en particulier du rapport établi le 22 février 2021 par une contrôleuse assermentée de la caisse d'allocations familiales du Var, que Mme D vit en couple, depuis le 26 janvier 2019 au moins, avec le père de leur enfant, A, né le 1er mars 2019 et qu'en outre, des remises de chèques et des virements ont été portées au crédit de son compte bancaire par le père de leur enfant.
6. Pour contester les éléments recueillis par la contrôleuse de la caisse d'allocations familiales du Var, Mme D soutient que les sommes qu'elle a perçues du père de leur enfant, représentent seulement sa participation aux frais d'entretien et d'éducation de cet enfant, et que les photos publiées sur les réseaux sociaux ne démontrent pas une vie maritale, dès lors qu'elle vivait chez sa grand-mère et que ce n'est qu'à compter du mois de juillet 2021 qu'elle a repris une vie de couple avec le père de son enfant. Toutefois, l'enquête de notoriété réalisée le 2 février 2021, à l'adresse du père de l'enfant et à celle indiquée par Mme D, met en lumière que cette dernière n'habite pas chez sa grand-mère à Six-Fours mais chez le père de leur enfant à La Valette. Par ailleurs, il résulte du tableau récapitulatif des sommes portées au crédit du compte bancaire de Mme D, établi par l'agent assermentée de la caisse d'allocations familiales, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, que le père de l'enfant de Mme D a crédité, par chèques et virements, pour la période courant du mois de février 2019 au mois de novembre 2020, la somme totale de 16 813 euros, en expliquant qu'elle rend service au père de l'enfant en créditant son compte bancaire avec l'argent qu'il lui remet. En outre, la contrôleuse de la CAF va constater que Mme D se déclare en couple avec le père de leur enfant. Il résulte ainsi de l'impression d'écran du réseau social de la requérante que le pseudonyme utilisé est " B Julien A ", comprenant le prénom du père de son enfant et qu'elle a repartagé, le 29 juillet 2020, la publication de plusieurs photos d'elle et du père de son enfant du 29 juillet 2018, indiquant " un weekend en amoureux " ainsi qu'une publication de diverses photos d'un restaurant, du 15 octobre 2020, mentionnant " un anniversaire de plus à tes cotés ". Il résulte également du réseau social du père de l'enfant que s'y trouvent plusieurs photos de Mme D avec ce dernier dont une publication du 14 décembre 2020 avec la mention " un joyeux anniversaire mon amour ".
7. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent un faisceau d'indices suffisamment concordants pour établir la vie maritale de Mme D avec le père de son enfant, bien avant le mois de juillet 2021, contrairement à ce qu'elle allègue. Ni l'attestation d'hébergement établie par la grand-mère de Mme D le 30 novembre 2021, selon laquelle elle a hébergé sa petite-fille de janvier 2015 à août 2021, ni celle du père de l'enfant, établie à la même date, selon laquelle il vit en couple de manière permanente avec Mme D et partage le même logement, depuis le 15 juillet 2021, ne sont de nature à remettre en cause le faisceau d'indices concordants sur l'existence d'une vie maritale, réunis par la caisse d'allocations familiales. Ainsi, Mme D qui ne se trouvait pas dans la situation d'une personne isolée et qui ne remplissait donc pas les conditions pour percevoir le RSA majoré, n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort qu'elle s'est vu notifier un indu de RSA 001 (INL001) d'un montant initial de 18 435,81 euros, pour la période courant du 1er août 2018 au 31 juillet 2021. Ses conclusions à fin d'annulation de cet indu doivent être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
8.Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".
9. Il résulte de l'instruction que Mme D n'établit pas avoir introduit une demande indemnitaire préalable, pour obtenir la réparation du préjudice financier qu'elle allègue, auprès de la CAF du Var. Par suite, les conclusions indemnitaires de sa requête sont donc irrecevables et doivent, et en toute hypothèse, être rejetées.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme D doit être rejetée, y compris les conclusions tendant à l'application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de Mme D est rejetée.
Article 2: Le présent jugement sera notifié à Mme B D et au département du Var
Copie en sera adressée pour information à la caisse d'allocations familiales du Var.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2023 .
La présidente-rapporteure,
Signé
M. DOUMERGUELa greffière,
Signé
E. PERROUDON
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026