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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2200995

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2200995

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2200995
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantGOURINAT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulon a examiné un litige opposant la SARL Rosebasilic à la société d'économie mixte de la ville de Sainte-Maxime (SEMA) concernant la résiliation d'un marché pour la création d'un événement sur le domaine public, résilié en raison de la crise sanitaire du Covid-19. Le tribunal a soulevé d'office un moyen d'ordre public tiré de l'incompétence de la juridiction administrative, estimant que le contrat, conclu entre deux personnes privées, ne relevait pas du droit administratif faute de démontrer que la SEMA agissait comme concessionnaire d'un service public. En application de l'article L. 2331-1 du code général de la propriété des personnes publiques et de la jurisprudence du Tribunal des conflits, le tribunal s'est déclaré incompétent pour statuer sur le litige, renvoyant les parties à saisir la juridiction judiciaire.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 avril 2022, la SARL Rosebasilic, représentée par Me Gourinat, demande au tribunal :

1°) de condamner la société d'économie mixte de la ville de Sainte-Maxime à lui verser la somme de 80 670,68 euros, assortie des intérêts au taux légal ;

2°) de mettre à la charge de la société d'économie mixte de la ville de Sainte-Maxime la somme de 5 000 euros chacun en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la société d'économie mixte de la ville de Sainte-Maxime a commis une faute en résiliant tardivement le marché ; la crise sanitaire, justifiant la résiliation, ne constituait pas un motif d'intérêt général en lien avec un service public ;

- l'article 14.1 du CCAP n'est pas applicable ;

- les conditions générales de vente ont été jointes à l'acte d'engagement et prévalent donc sur les stipulations du CCAP ;

- les dépenses qu'elle a réellement exposées au profit de la société d'économie mixte de la ville de Sainte-Maxime doivent être intégralement indemnisées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mars 2023, la société d'économie mixte de la ville de Sainte-Maxime (SEMA), représentée par Me Coutelier, demande au tribunal :

1°) de rejeter les conclusions indemnitaires de la société requérante ;

2°) à titre reconventionnel, de condamner la société requérante à lui verser la somme de 32 449,49 euros ;

3°) de mettre à la charge de la société requérante la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'article 14.1 du CCAP est applicable ; les conditions générales de vente établies par la société requérante ne sont comprises dans aucun document contractuel ;

- la résiliation prononcée à son initiative n'était pas tardive ; elle n'a été informée par la commune de Sainte-Maxime de l'impossibilité de disposer du lieu d'exécution du marché que le 2 décembre au soir ; elle espérait que l'interdiction nationale soit levée ;

- aucune indemnité au titre des dépenses liées à l'inexécution du marché ne peut être versée ; l'indemnisation doit se limiter à la somme de 4 390,05 euros ; la société requérante ne justifie pas de la réalité des frais qu'elle avance ;

- compte tenu de l'acompte versé, la société requérante doit être condamnée à lui rembourser la somme 32 449,49 euros.

Par un courrier du 20 août 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public, relevé d'office, tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour statuer sur le litige dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que la SEM de la ville de Sainte-Maxime serait concessionnaire d'un service public (TC, 2012,

Mme A c/ Sté d'exploitation sports et évènements et Ville de Paris, n° 3836).

Par un mémoire, enregistré le 4 septembre 2024, la SEMA a présenté des observations en réponse au moyen d'ordre public.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la commande publique ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Montalieu, conseillère,

- et les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public,

- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Par un acte d'engagement signé le 20 août 2020, la société d'économie mixte de la ville de Sainte-Maxime a conclu avec la société Rosebasilic un marché pour la création d'un évènement dans le cadre des fêtes de fin d'année à Sainte-Maxime, pour un montant de 87 801 euros HT. Le 3 décembre 2020, la SEMA a, compte tenu de la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19, résilié ce marché et a informé la société Rosebasilic de son indemnisation à hauteur de 5 % du montant initial, en application de l'article 14.1 du CCAP. Par un mémoire en réclamation, notifié le 18 décembre 2020, la société Rosebasilic a contesté le montant de l'indemnité de résiliation et a sollicité le règlement intégral du marché. Cette réclamation a été implicitement rejetée. Le 22 février 2021, la société Rosebasilic a saisi le comité consultatif de règlement amiables des différends en matière de marchés publics de Marseille (CCIRA). Par un avis du 17 février 2022, le CCIRA a proposé une indemnité de résiliation d'un montant de 45 706 euros TTC.

2. Aux termes de l'article L. 2331-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Sont portés devant la juridiction administrative les litiges relatifs : / 1° Aux autorisations ou contrats comportant occupation du domaine public, quelle que soit leur forme ou leur dénomination, accordées ou conclus par les personnes publiques ou leurs concessionnaires ; () ".

3. Un contrat passé entre deux personnes privées est en principe un contrat de droit privé. Par exception au critère organique, un contrat peut être qualifié d'administratif lorsque l'un des cocontractants doit être regardé comme ayant agi pour le compte d'une personne publique. Tel est notamment le cas du concessionnaire d'un service public lorsqu'il conclut des contrats comportant occupation du domaine public.

4. En l'espèce, le contrat conclu le 20 août 2020 entre la société d'économie mixte de la ville de Sainte-Maxime et la société Rosebasilic, deux personnes morales de droit privé, prévoyait la réalisation des animations sous le Chapiteau du théâtre de la mer et à ses abords, situé sur l'esplanade du port de la commune de Sainte-Maxime, et comportait ainsi occupation du domaine public. Toutefois, il résulte de l'instruction que la commune de Sainte-Maxime a conclu avec la SEMA un marché public, et non une concession de service public, pour la gestion de l'animation et la promotion touristique et commerciale de la ville, de sorte que la SEMA n'était pas délégataire d'un service public. Par ailleurs, la SEMA fait valoir que son capital est détenu à hauteur de 76,98 % par la commune de Sainte-Maxime et que l'ensemble des prestations qu'elle réalise ne bénéficie qu'à cette dernière. Si ces éléments entraînent sa qualification de pouvoir adjudicateur au sens de l'article L. 1211-1 du code de la commande publique, ils ne sauraient permettre de la regarder comme agissant pour le compte de la commune et de faire exception au critère organique des contrats administratifs. Par suite, le présent litige relève de la compétence des juridictions judiciaires.

5. Il résulte de ce qui précède que la requête de la SARL Rosebasilic, ainsi que les conclusions présentées par la société d'économie mixte de la ville de Sainte-Maxime, doivent être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Rosebasilic et les conclusions présentées par la société d'économie mixte de la ville de Sainte-Maxime sont rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Rosebasilic et à la société d'économie mixte de la ville de Sainte-Maxime.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Philippe Harang, président,

M. Zouhaïr Karbal, conseiller,

Mme Mathilde Montalieu, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

M. MONTALIEU

Le président,

Signé

Ph. HARANG

La greffière,

Signé

A. CAILLEAUX

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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