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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2201036

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2201036

vendredi 10 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2201036
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantGRIMALDI & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 15 avril 2022, le 27 octobre 2022, le 2 décembre 2022, le 13 janvier 2023, le 13 mars 2023 et le 24 mars 2023, Mme B A, représentée par Me Cordiez, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 25 octobre 2021 par lequel le maire de la commune de la Seyne-sur-Mer a prononcé son licenciement pour suppression de son emploi à la suite de la réorganisation générale des services, ensemble la décision du 17 février 2022 rejetant implicitement son recours gracieux en date du 17 décembre 2021 ;

2°) d'enjoindre à la commune de la Seyne-sur-Mer de la réintégrer rétroactivement sur l'emploi qu'elle occupait au sein de la commune ou dans un emploi équivalent, dans un délai de 8 jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de condamner la commune de la Seyne-sur-Mer à lui payer :

- la somme de 18 498,45 euros au titre de la perte de ses revenus, outre la somme de 1 651,21 euros par mois supplémentaire à compter du 1er décembre 2022 et jusqu'à la date du prononcé du jugement à intervenir ;

- la somme de 30 000 euros à titre de dommages intérêts pour licenciement abusif ;

- la somme 15 000 euros à titre de dommages intérêts en réparation du préjudice moral subi du fait du caractère abusif du licenciement et de l'absence de reclassement ;

4°) de mettre à la charge de la commune de la Seyne-sur-Mer une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait en ce que l'emploi qu'elle occupait n'est pas visé par la délibération du 15 mars 2021 portant créations et suppressions d'emplois, actualisation du tableau des effectifs ;

- la procédure de licenciement est irrégulière en ce que la commune ne lui a pas proposé utilement une offre de reclassement.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 9 août 2022, le 10 novembre 2022,

le 14 décembre 2022, le 15 février 2023 et le 27 mars 2023, la commune de la Seyne-sur-Mer, représentée par Me Grimaldi, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par ordonnance du 24 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 25 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le décret n°88-145 du 15 février 1988 relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 13 octobre 2023 :

- le rapport de M. Quaglierini, rapporteur ;

- les conclusions de Mme Faucher, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Cordiez, représentant Mme A, et celles de Me Belahouane, représentant la commune de la Seyne-sur-Mer.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a été engagée le 29 septembre 2017 par la commune de la Seyne-sur-Mer en contrat à durée indéterminée pour assurer les fonctions de directrice de la politique et de la cohésion sociale, correspondant à la catégorie hiérarchique A. Par note d'affectation du 26 septembre 2019, dans le cadre d'une mobilité interne, elle a été affectée en qualité de chargée de missions sous la responsabilité du directeur général des services de la commune de la Seyne-sur-Mer. Consécutivement à la délibération du conseil municipal en date du 15 mars 2021, portant " créations et suppressions d'emplois, actualisation du tableau des effectifs ", elle a reçu un courrier daté du 30 juillet 2021, la convoquant à un entretien préalable fixé au 24 août 2021 en vue de son licenciement. Dans un courrier du 25 octobre 2021, le maire de la Seyne-sur-Mer lui a notifié son licenciement pour suppression de son emploi à la suite de la réorganisation générale des services. En l'absence de réponse à sa demande relative au retrait de cette décision et à l'indemnisation de son préjudice, une décision implicite de rejet est née le 17 février 2022. Par la requête susvisée, l'intéressée demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fins d'annulation :

En ce qui concerne la motivation de la décision attaquée.

2. Aux termes de l'article 39-5 II du décret n°88-145 du 15 février 1988 susvisé, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : " Lorsque l'autorité territoriale envisage de licencier un agent pour l'un des motifs mentionnés au I du présent article, elle convoque l'intéressé à un entretien préalable selon les modalités définies à l'article 42. A l'issue de la consultation de la commission consultative paritaire, prévue à l'article 136 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée, elle lui notifie sa décision par lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou par lettre remise en main propre contre décharge. Cette lettre précise le ou les motifs du licenciement et la date à laquelle celui-ci doit intervenir, compte tenu des droits à congés annuels restant à courir et de la durée du préavis prévu à l'article 40 ".

3. Si la requérante soutient que la décision de licenciement n'est motivée que par référence à la convocation et à l'entretien préalable, il ressort toutefois des pièces du dossier que la décision attaquée rappelle la procédure intervenue et mentionne expressément que " l'autorité territoriale a décidé de procéder à [son] licenciement pour suppression de [son] emploi à la suite de la réorganisation générale des services ". Il s'ensuit que le maire de la commune de la Seyne-sur-Mer a suffisamment motivé sa décision. La circonstance que le poste occupé par la requérante ainsi que ceux supprimés n'y soient pas mentionnés est sans incidence concernant sa motivation.

En ce qui concerne le moyen tiré de l'erreur de fait.

4. La requérante soutient que la décision litigieuse est entachée d'une erreur de fait en ce que la délibération portant suppressions d'emplois ne vise pas explicitement l'emploi qu'elle occupe. Il ressort de pièces du dossier que Mme A, précédemment directrice du pôle cohésion et dynamique des territoires, est affectée depuis le 1er octobre 2019 en qualité de chargée de mission sous la responsabilité du directeur général des services. Dès lors que la délibération du conseil municipal du 15 mars 2021 vise expressément la suppression de trois emplois de " chargé de mission développement durable, catégorie C, B, A de la filière administrative et technique ", c'est sans commettre d'erreur de fait que le maire de la commune de la Seyne-sur-Mer a prononcé le licenciement de Mme A compte tenu de la suppression de son poste.

En ce qui concerne la méconnaissance de l'obligation de reclassement.

5. Aux termes de l'article 39-5 I du décret n°88-145 du 15 février 1988 susvisé, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : " Le licenciement pour l'un des motifs prévus à l'article 39-3, à l'exclusion de celui prévu au 5°, ne peut être prononcé que lorsque le reclassement de l'agent n'est pas possible dans un autre emploi que la loi du 26 janvier 1984 susvisée autorise à pourvoir par un agent contractuel et dans le respect des dispositions légales régissant le recrutement des agents contractuels ".

6. Il résulte d'un principe général du droit, dont s'inspirent tant les dispositions du code du travail relatives à la situation des salariés dont l'emploi est supprimé que les règles du statut général de la fonction publique qui imposent de donner, dans un délai raisonnable, aux fonctionnaires en activité dont l'emploi est supprimé, une nouvelle affectation correspondant à leur grade, qu'il incombe à l'administration, avant de pouvoir prononcer le licenciement d'un agent contractuel recruté en vertu d'un contrat à durée indéterminée pour affecter un fonctionnaire sur l'emploi correspondant, de chercher à reclasser l'intéressé.

7. La requérante soutient qu'aucune offre de reclassement ne lui a été utilement proposée de sorte que l'administration territoriale n'a pas honoré son obligation de reclassement dans un autre emploi. Il ressort des pièces du dossier qu'antérieurement à son licenciement, à son initiative, l'intéressée a postulé sur deux postes et qu'à l'issue de son entretien préalable au licenciement, son employeur lui a proposé de postuler sur un poste de " directrice du pôle habitat et cadre de vie ". L'ensemble des entretiens professionnels auxquels l'intéressée a participé n'ayant pas abouti, la commune de la Seyne-sur-Mer fait valoir qu'aucun autre poste vacant ne correspondait au grade de Mme A de sorte qu'elle ne pouvait pas être reclassée.

8. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la délibération du 15 mars 2021 en litige portait à la fois suppression et création d'emplois au sein de la commune. Il résulte de cette dernière que le conseil municipal a validé la création de 40 emplois d'attachés de la filière administrative, dont certains de chargés de mission. Ainsi, en se bornant à opposer qu'elle ne disposait d'aucun poste vacant correspondant au grade de l'intéressée, hormis ceux sur lesquels l'agent a lui-même postulé et sur celui qui lui a été proposé, sans pour autant apporter tout élément pouvant justifier notamment que les emplois nouvellement créés par la délibération précitée n'étaient pas vacants, la commune de la Seyne-sur-Mer n'établit pas avoir utilement tenté de reclasser Mme A avant de prononcer son licenciement.

9. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à demander l'annulation de la l'arrêté du 25 octobre 2021 prononçant son licenciement.

Sur la réparation des préjudices :

10. Toute illégalité fautive de nature à engager la responsabilité de l'administration est susceptible de faire l'objet d'une indemnisation, pour autant qu'il en soit résulté un préjudice en lien direct et certain avec la faute commise. En vertu des principes généraux qui régissent la responsabilité de la puissance publique, un agent public irrégulièrement évincé a droit à la réparation intégrale du préjudice qu'il a effectivement subi du fait de la mesure illégalement prise à son encontre. Sont ainsi indemnisables les préjudices de toute nature avec lesquels l'illégalité commise présente, compte tenu de l'importance respective de cette illégalité et des fautes relevées à l'encontre de l'intéressé, un lien direct de causalité. Pour l'évaluation du montant de l'indemnité due, doit être prise en compte la perte des rémunérations ainsi que celle des primes et indemnités dont l'intéressé avait, pour la période en cause, une chance sérieuse de bénéficier, à l'exception de celles qui, eu égard à leur nature, à leur objet et aux conditions dans lesquelles elles sont versées, sont seulement destinées à compenser des frais, charges ou contraintes liés à l'exercice effectif des fonctions. Il y a lieu de déduire, le cas échéant, le montant des rémunérations nettes et des allocations pour perte d'emploi qu'il a perçues au cours de la période d'éviction. La réparation intégrale du préjudice de l'intéressé peut également comprendre, à condition que l'intéressé justifie du caractère réel et certain du préjudice invoqué, celle de la réduction de droits à l'indemnisation du chômage qu'il a acquis durant la période au cours de laquelle il a été employé du fait de son éviction de son emploi avant le terme contractuellement prévu.

En ce qui concerne le préjudice financier.

11. Il résulte de l'instruction que pour calculer son préjudice, la requérante soutient, sans être utilement contestée, que sa rémunération nette s'élevait mensuellement à 4 381,82 euros et qu'elle perçoit mensuellement une allocation d'aide au retour à l'emploi de 3 095,76 euros. Si elle ajoute qu'elle percevait un 13ème mois proratisé d'un montant annuel de 4 351,39 euros, elle ne produit néanmoins aucune pièce de nature à l'établir.

12. Il convient d'évaluer son préjudice à compter du 1er jour du mois suivant le terme du préavis consécutif à son éviction jusqu'au prononcé du présent jugement, soit du 1er janvier 2022 au 10 novembre 2023.

13. Ainsi, il sera fait une juste appréciation dudit préjudice en condamnant la commune de la Seyne-sur-Mer à payer à Mme A la somme de 29 579,38 euros correspondant à la différence de rémunération entre son traitement et l'allocation d'aide au retour à l'emploi durant 23 mois.

En ce qui concerne les autres préjudices.

14. Mme A soutient avoir subi un préjudice moral compte tenu du caractère abusif et illégal de son licenciement et réclame, à ce titre, la somme de 30 000 euros à titre de dommages intérêt et la somme de 15 000 euros compte tenu de son ancienneté et ses états de service.

15. Il sera fait une juste appréciation de son préjudice en condamnant la commune de la Seyne-sur-Mer à payer à Mme A la somme de 3 000 euros.

Sur les conclusions à fins d'injonction :

16. Le présent jugement par lequel le tribunal fait droit aux conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A implique nécessairement, pour son exécution, que la commune de la Seyne-sur-Mer procède à la réintégration de l'intéressée et de procéder au réexamen de son reclassement dans un emploi correspondant à son grade. Il y a lieu par suite d'enjoindre à la commune d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

17. Il n'y a pas lieu non plus d'enjoindre à la commune de la Seyne-sur-Mer de procéder à la reconstitution de la carrière de Mme A dès lors qu'une telle hypothèse n'est pas expressément prévue par les stipulations du contrat qui lie l'intéressée à la collectivité.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de la Seyne-sur-Mer demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

19. Dans les circonstances particulières de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de la Seyne-sur-Mer la somme de 2 000 euros à verser à Mme A au titre de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 25 octobre 2021 par lequel le maire de la commune de la Seyne-sur-Mer a prononcé le licenciement de Mme A, ensemble la décision du 17 février 2022 rejetant implicitement son recours gracieux en date du 17 décembre 2021, sont annulés.

Article 2 : La commune de la Seyne-sur-Mer est condamnée à verser à Mme A les sommes de 29 579,38 euros au titre de son préjudice financier et de 3 000 euros au titre de son préjudice moral.

Article 3 : Il est enjoint à la commune de la Seyne-sur-Mer de réintégrer Mme A dans ses effectifs et de procéder au réexamen de son reclassement dans un emploi correspondant à son poste, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : La commune de la Seyne-sur-Mer versera à Mme A la somme de 2 000 euros au titre des dispositions prévues par l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 6 : Les conclusions de la commune de la Seyne-sur-Mer au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de la Seyne-sur-Mer.

Délibéré après l'audience du 13 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sauton, président,

M. Quaglierini, premier conseiller,

Mme Martin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2023.

Le rapporteur,

signé

B. Quaglierini

Le président,

signé

JF. Sauton

Le greffier,

signé

P. Bérenger

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier,

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