Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2201117
jeudi 20 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2201117 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | MGR AVOCAT |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 25 avril 2022 et le 27 avril 2022, le syndicat des copropriétaires de la résidence Onyx-Topaze-Saphir, représenté par Me Marin, demande au tribunal :
1°) par voie d'exception d'illégalité, d'annuler la convention d'occupation du
10 décembre 2010 ;
2°) par voie d'exception d'illégalité, de déclarer illégal et écarter de l'application du présent litige l'acte administratif de cession du 5 avril 1993 ;
3°) d'annuler le titre exécutoire n°2021-914 émis le 8 décembre 2021 par lequel le maire de la commune de La Londe-Les-Maures a mis à sa charge la somme de 600 euros ;
4°) de le décharger de l'obligation de payer cette somme ;
5°) de mettre à la charge de la commune de la Londe-Les-Maures la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le titre exécutoire attaqué est irrégulier dès lors qu'il n'est pas signé et qu'il ne mentionne pas les nom, prénom et qualité de son auteur ;
- il ne comporte pas les bases de liquidation de la créance et les modalités de calcul permettant de comprendre le montant réclamé ;
- la convention d'occupation du 10 décembre 2010 est illégale par voie d'exception dès lors que le maire n'était pas habilité à la signer ;
- l'acte administratif de cession du 5 avril 1993 est illégale par voie d'exception dès lors que le maire n'était pas habilité à la signer et qu'aucune enquête publique n'a été réalisée préalablement à l'édiction de cette mesure.
Par un mémoire, enregistré le 31 mai 2022, la direction départementale des finances publiques du Var conclut à son incompétence en matière d'annulation du titre de recette émis.
Par un mémoire en défense, enregistrés le 14 septembre 2022, la commune de La Londe-Les-Maures, représentée par Me Gravé, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Karbal, rapporteur,
- les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public,
- et les observations de Me Benoit-Lizon substituant Me Marin, représentant le syndicat requérant.
Considérant ce qui suit :
1. Par une convention du 10 décembre 2010, la commune de La Londe-Les-Maures a autorisé le syndicat des copropriétaires de la résidence Onyx Topaze Saphir d'occuper une partie de la parcelle domaniale cadastrée n°AV, n°72 pour une période de douze années, à compter du 1er janvier 2011, moyennant le paiement d'une redevance de 500 euros par un an. Par un titre exécutoire en date du 8 décembre 2021, le maire de la commune de La Londe-Les-Maures, a mis à la charge du syndicat des copropriétaires de la résidence Onyx Topaze Saphir
la somme de 600 euros au titre de la redevance pour l'année 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation du titre exécutoire du 8 décembre 2021 :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci () ". Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, dans sa version applicable au litige : " () 4° Quelle que soit sa forme, une ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif est adressé aux redevables. () / En application des articles L. 111-2 et L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. / Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation. () ". Aux termes de l'article L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions de l'administration peuvent faire l'objet d'une signature électronique () ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier en cas de contestation que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de son auteur.
3. Pour justifier que le bordereau comportant l'avis des sommes à payer contesté a été signé, la commune de La Londe-Les-Maures fait valoir que celui-ci a été signé électroniquement par M. B A, ordonnateur des créances en litige. Elle produit au soutien de ses allégations le bordereau de titre sur lequel figure cette créance. Toutefois, si les nom, prénom et qualité de l'ordonnateur y figurent, aucune mention de certification ne permet d'établir qu'une signature électronique a été apposée. Ce moyen doit, par suite, être accueilli.
4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que le syndicat des copropriétaires de la résidence Onyx Saphir Topaze est fondé à demander l'annulation du titre exécutoire du 8 décembre 2021.
Sur les conclusions aux fins de décharge :
5. L'annulation d'un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, l'extinction de la créance litigieuse, à la différence d'une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé du titre. Il en résulte que, lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions tendant à l'annulation d'un titre exécutoire, des conclusions aux fins de décharge de la somme correspondant à la créance de l'administration, il incombe au juge administratif d'examiner prioritairement les moyens mettant en cause le bien-fondé du titre qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de la décharge. Dans le cas où il ne juge fondé aucun des moyens qui seraient de nature à justifier le prononcé de la décharge mais retient un moyen mettant en cause la régularité formelle du titre exécutoire, le juge n'est tenu de se prononcer explicitement que sur le moyen qu'il retient pour annuler le titre, statuant ainsi, son jugement écarte nécessairement les moyens qui assortissaient la demande de décharge de la somme litigieuse.
6. Il résulte de l'instruction que le titre exécutoire du 8 décembre 2021 ne peut être annulé que pour des motifs de forme et qu'il peut être régularisé par l'émission d'un nouveau titre exécutoire. Par suite, les conclusions tendant à la décharge de l'obligation de payer la somme de 600 euros doivent être rejetées.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de La Londe-Les-Maures une somme de 1 200 euros à verser au syndicat des copropriétaires de la résidence Onyx Saphir Topaze sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces mêmes dispositions font obstacle à ce que soit mis à la charge du requérant, qui n'est pas, dans la présente instance la partie perdante, le versement de la somme que la commune de La Londe-Les-Maures demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : Le titre exécutoire du 8 décembre 2021 est annulé.
Article 2 : La commune de La Londe-Les-Maures versera au syndicat des copropriétaires de la résidence Onyx Saphir Topaze une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié au syndicat des copropriétaires de la résidence Onyx Saphir Topaze, à la commune de La Londe-Les-Maures et au directeur départemental des finances publiques du Var.
Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Philippe Harang, président,
Mme Zouhaïr Karbal, conseiller,
M. David Hélayel, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.
Le rapporteur,
Signé
Z. KARBAL
Le président,
Signé
Ph. HARANG
La greffière,
Signé
F. POUPLY
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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