mardi 20 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2201204 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre - Juge Unique |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 28 avril 2022 et 20 janvier 2023, M. B A, doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
- d'annuler la décision implicite de rejet du 10 mars 2022 née du rejet de son recours administratif préalable obligatoire formé à l'encontre de la décision du 6 décembre 2021 prise par la directrice générale de l'Agence Nationale de l'Habitat (ANAH) lui retirant totalement l'octroi de la prime de transition énergétique suite à des travaux de remplacement de sa chaudière fioul par une pompe à chaleur air/eau bi-bloc moyenne température dans un logement situé au 595 avenue du Verger sur la commune de Six-Fours-les-Plages.
Il soutient que :
- dans le cadre des travaux de remplacement de sa chaudière au fioul par une pompe à chaleur, l'entreprise chargée des travaux a envoyé, le 24 mars 2021, un devis intitulé à tort facture ; il n'est pas responsable de la mauvaise gestion du secrétariat de l'entreprise " Rôle Energies " ; les travaux d'installation de la pompe à chaleur n'ont débuté qu'en août 2021, soit après avoir effectué sa demande d'aide auprès de l'ANAH, puisqu'il avait reçu l'accusé de réception " l'autorisant à commencer les travaux " le 17 juillet 2021 ;
- la demande d'inscription à Enedis pour les panneaux solaires n'a jamais été faite ; la pompe à chaleur ayant été mal montée, il a eu une fuite de gaz ; l'entreprise qui a fait les travaux a commis un abus de confiance auprès de personnes âgées et vulnérables ;
- il comptait sur la prime Renov et sans elle il n'aurait jamais réalisé de tels travaux.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 octobre 2023, l'Agence Nationale de l'Habitat (ANAH) conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- l'ANAH a d'abord, par une décision du 5 août 2021, notifié à M. A, une décision d'octroi estimant le montant de la prime accordée à 8 800 euros, pour ses travaux d'installation d'une pompe à chaleur, dans son logement situé au 595 avenue du Berger sur la commune de Six-Fours-les-Plages ;
- par une décision du 6 décembre 2021, l'ANAH a procédé au retrait de cette prime ;
- le requérant a fait un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision, reçu le 19 septembre 2022, qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet née le 19 novembre 2022 ;
- par une décision rectificative d'octroi du 21 février 2023, un dossier de régularisation a été créé et une prime d'un montant réévalué à 5800 euros lui a été accordée, laquelle a été versée le 5 avril 2023 sur son compte.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le Code de la Construction et de l'Habitation ;
- le règlement général de l'ANAH ;
- le décret n°2020-26 du 14 janvier 2020 relatif à la prime de transition énergétique ;
- le code de justice administrative.
Par une décision du 1er septembre 2023, la présidente du tribunal a désigné M. Bailleux pour statuer sur les litiges définis à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu, au cours de l'audience publique du 19 décembre 2023, le rapport de M. Bailleux, magistrat désigné.
Par un courrier du 14 décembre 2023, les parties ont été informées qu'en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, la décision à intervenir était susceptible d'être fondée sur le moyen relevé d'office, tiré du non-lieu à statuer en ce que la prime Renov d'un montant de 5 800 euros a été versée à M. A le 5 avril 2023, et vient implicitement, en faisant droit à sa demande, retirer la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 19 novembre 2022.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions à fin d'annulation
1. Il résulte de l'instruction que Monsieur A, a déposé, le 17 juillet 2021, une demande de prime Renov en vue de l'installation d'une pompe à chaleur, d'un chauffe-eau thermodynamique, d'un chauffe-eau solaire individuel et de la partie thermique d'un panneau hybride PhotoVoltaïque et Thermique (PVT), pour son logement qu'il occupe à Six-Fours-les-Plages. Une décision d'octroi du 5 août 2021, lui accordant la prime pour un montant de 8 800 euros, lui a ensuite été retirée par une décision du 6 décembre 2021. Suite au recours administratif préalable obligatoire de M. A contre cette décision en date du 19 septembre 2022, une décision implicite de rejet est née le 19 novembre 2022. Enfin, par une nouvelle décision du 6 février 2023, la directrice générale de l'ANAH a décidé d'agréer partiellement le recours de M. A. La prime d'un montant de 5 800 euros a été versée au requérant en date du 5 avril 2023.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 412-3 du code des relations entre le public et l'administration : " La décision soumise à recours administratif préalable obligatoire est notifiée avec l'indication de cette obligation ainsi que des voies et délais selon lesquels ce recours peut être exercé. Il est également précisé que l'administration statuera sur le fondement de la situation de fait et de droit prévalant à la date de sa décision, sauf mention contraire dans une loi ou un règlement ". En outre, l'article L. 412-7 du même code dispose que : " La décision prise à la suite d'un recours administratif préalable obligatoire se substitue à la décision initiale ".
3. Il résulte de l'instruction qu'en cours d'instance, l'ANAH a, le 6 février 2023, décidé d'agréer partiellement la demande de prime Rénov demandée par M. A en lui allouant la somme de 5 800 euros. Par suite, et conformément aux dispositions précitées de l'article L. 412-7 du code des relations entre le public et l'administration, cette décision du 6 février 2023 s'est substituée à la décision initiale du 10 mars 2022 de rejet de son recours administratif préalable obligatoire effectué à l'encontre de la décision du 6 décembre 2021 de la directrice de l'ANAH procédant au retrait de la prime Renov d'un montant de 8 800 euros initialement accordée à M. A. Il y a donc lieu de prononcer un non-lieu partiel à la demande de M. A, en ce qu'une prime d'un montant de 5 800 euros lui a été allouée.
4. En second lieu, en application de l'article 3 du décret n°2020-26 du 14 janvier 2020 modifié par décret n°2021-59 du 25 janvier 2021 relatif à la prime de transition énergétique : " I. Le montant de la prime est fixé forfaitairement par type de dépense éligible, en fonction des ressources du demandeur. Le montant de la prime dépend également des caractéristiques des dépenses éligibles et de l'application des dispositions prévues au II et aux IV à VI du présent article. II.-La demande de prime peut porter sur une ou plusieurs dépenses éligibles. Chaque dépense éligible à la prime s'entend du montant toutes taxes comprises, après déduction des aides, ristournes, remises, rabais ou contreparties apportées par toute entreprise participant à la réalisation ou à la facturation des travaux, à l'exception de celles apportées au titre des aides mentionnées au IV, dans la limite d'un plafond défini par arrêté. III. La décision d'attribution de la prime précise le montant de la prime mentionné au I du présent article avant application des dispositions prévues au II et aux IV à VI au regard du projet de travaux et prestations présenté, les conditions de son versement, les cas et conditions dans lesquelles il pourrait en être demandé le reversement ainsi que le comptable assignataire. Elle est notifiée au demandeur et, le cas échéant, à son mandataire. IV.-Pour des mêmes travaux et dépenses éligibles, le montant total de la prime, des aides perçues au titre des certificats d'économie d'énergie mentionnés aux articles L. 221-1 et suivants du code de l'énergie, des aides aux actions de maîtrise de la demande en énergie en outre-mer, mentionnées par la délibération de la Commission de régulation de l'énergie du 17 janvier 2019 portant décision relative aux cadres territoriaux de compensation pour les petites actions de maîtrise de la demande en énergie en Corse, Guadeloupe, Guyane, Martinique, à Mayotte et à La Réunion, et des aides mentionnées à l'article L. 313-3 du code de la construction et de l'habitation, ne peut avoir pour conséquence de laisser à la charge du bénéficiaire : - -moins de 25 % de la dépense éligible du projet pour les ménages dont les revenus sont définis au 2 du I du présent article. Le respect de ces dispositions s'apprécie lors de l'engagement de la prime et à lors de sa liquidation. V.- Le montant total des aides publiques et privées hors aides, ristournes, remises, rabais ou contreparties mentionnées au II, ne peut être supérieur au montant total d'une même dépense éligible. Le respect du présent V s'apprécie lors de l'engagement de la prime et lors de sa liquidation () ". En outre, l'annexe 1 du décret n°2020-26 du 14 janvier 2020 modifié dispose que : " Dépenses éligibles à la prime de transition énergétique. Les dépenses suivantes, lorsqu'elles satisfont les critères techniques fixés par l'arrêté mentionné au VIII de l'article 2 du présent décret, sont éligibles à la prime : () 3. Equipements de chauffage ou de fourniture d'eau chaude sanitaire fonctionnant à l'énergie solaire thermique ou avec des capteurs solaires hybrides thermiques et électriques à circulation de liquide : a) Equipements de production de chauffage fonctionnant à l'énergie solaire thermique ; b) Equipements de fourniture d'eau chaude sanitaire fonctionnant à l'énergie solaire thermique pour les immeubles situés en France métropolitaine ; c) Equipements de fourniture d'eau chaude sanitaire fonctionnant à l'énergie solaire thermique pour les immeubles situés à La Réunion, en Guyane, en Martinique, en Guadeloupe ou à Mayotte ; d) Equipements de chauffage ou de fourniture d'eau chaude sanitaire fonctionnant avec des capteurs solaires hybrides thermiques et électriques à circulation de liquide ; 4. Pompes à chaleur, autres qu'air/air, dont la finalité essentielle est la production de chauffage ou d'eau chaude sanitaire : () b) Pompes à chaleur air/eau ; c) Pompes à chaleur dédiées à la production d'eau chaude sanitaire ; () ".
5. En l'espèce, l'ANAH fait valoir, sans être contestée sur ce point, que Monsieur A appartient à la catégorie des ménages dits " modestes ". L'ANAH poursuit en faisant valoir, toujours sans être contestée, qu'en application des dispositions de l'annexe 2 de l'arrêté du 14 janvier 2020 relatif à la prime de transition énergétique, et en fonction de la catégorie de ménages à laquelle il appartient, M. A était éligible à un forfait d'un montant de 3 000 euros au titre de la pompe à chaleur air/eau, d'un forfait d'un montant de 2 000 euros en ce qui concerne le système de panneau hybride et un forfait de 800 euros en ce qui concerne le chauffe-eau thermodynamique. Ainsi, le total des aides auxquelles M. A avait droit s'élève à la somme de 5 800 euros. L'ANAH fait enfin valoir que pour ce qui concerne les chauffe-eaux solaires, s'ils peuvent donner lieu à l'attribution d'une prime de transition énergétique d'un montant de 3 000 euros pour les ménages modestes, il est nécessaire que ce système soit installé de manière indépendante de tout autre système. Elle poursuit en faisant valoir que le système installé par M. A n'est pas un système de travaux indépendant mais fait partie d'un triptyque de travaux, qui n'ouvre pas le droit à la prime d'un montant de 3 000 euros. Par suite, l'ANAH, en accordant partiellement la prime Renov pour un montant de 5 800 euros, au lieu d'un montant initialement calculé à hauteur de 8 800 euros, n'a pas entaché sa décision d'illégalité. Il résulte donc de l'instruction que le surplus de la requête de M. A, en ce qu'il concerne la somme de 3 000 euros doit être rejeté.
6. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède qu'il y a lieu de prononcer un non-lieu partiel sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 10 mars 2022 de l'ANAH rejetant le recours administratif préalable obligatoire à l'encontre de la décision initiale du 6 décembre 2021 de retrait de la prime Rénov pour un montant de 8 800 euros, en ce qu'elles concernent une somme de 5 800 euros, finalement accordée à M. A. En outre, il y a lieu de rejeter le surplus des conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision du 10 mars 2022, remplacée en cours d'instance par la décision de l'ANAH du 6 février 2023.
DECIDE
Article 1er : Il y a lieu de prononcer un non-lieu partiel sur les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. A en ce qu'elles concernent la somme de 5 800 (cinq mille huit cents) euros.
Article 2 : Il y a lieu de rejeter le surplus de la requête en ce qu'elle concerne la somme de 3 000 (trois mille) euros.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. B A et à l'Agence Nationale de l'Habitat (ANAH).
Rendu public par mise à disposition du greffe le 20 février 2024.
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
La greffière.
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
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