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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2201205

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2201205

lundi 23 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2201205
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSOLLBERGER SOCIETE D'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 mai 2022, la société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) Tema Instruments, représentée par Me Sollberger, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de l'exercice clos le 30 septembre 2015 pour un montant total, en droits et intérêts de retard, de 49 250 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

3°) de condamner l'Etat aux entiers dépens.

Elle soutient que :

- ce n'est que lorsque la majoration ou la minoration de la valeur d'un élément d'actif revêt le caractère d'une libéralité constitutive d'un acte anormal de gestion que la valeur d'origine à laquelle est comptabilisée l'immobilisation n'est pas opposable à l'administration ; dans les autres cas, l'administration n'est pas en droit de rehausser les bases de l'impôt sur les sociétés du seul fait qu'un élément de l'actif immobilisé a été acquis à un prix anormalement bas ;

- en l'espèce, il ne peut être soutenu que M. B se soit appauvri ;

- le complément de prix ne pouvait être décidé et versé que postérieurement à la date de clôture de l'exercice objet du rehaussement ;

- elle n'a bénéficié d'aucun enrichissement à la suite de l'apport des titres de la société Tema par M. B ;

- à la supposer même établie, une minoration de la valeur d'un apport entraînerait une augmentation de la plus-value de cession soumise à l'impôt ainsi qu'une augmentation des résultats imposables par effet de la diminution de la base de déduction des amortissements et des provisions ;

- il n'y a pas eu de caractère délibéré à la prétendue minoration et, par voie de conséquence, la société n'a bénéficié d'aucune libéralité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 octobre 2022, l'administratrice générale des finances publiques, directrice du contrôle fiscal Sud-Est Outre-mer conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Martin,

- et les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) Tema Instruments a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 25 juin 2014 au 30 septembre 2016. Par une proposition de rectification du 7 novembre 2017, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés lui ont été notifiées au titre de l'exercice clos le 30 septembre 2015. Après admission partielle de ses arguments en réponse à ses observations à la proposition de rectification et à la suite de l'interlocution régionale, ces impositions supplémentaires ont été mises en recouvrement le 30 novembre 2020 pour un montant total, en droits et intérêts de retard, de 49 250 euros. La société requérante demande la décharge de ces impositions.

Sur les conclusions à fin de décharge :

2. Aux termes du 2 de l'article 38 du code général des impôts : " Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés () ". Aux termes de l'article 38 quinquies de l'annexe III au même code : " Les immobilisations sont inscrites au bilan pour leur valeur d'origine. Cette valeur d'origine s'entend : () b. Pour les immobilisations acquises à titre gratuit, de la valeur vénale ; c. Pour les immobilisations apportées à l'entreprise par des tiers, de la valeur d'apport () ". Il résulte de ces dispositions combinées que si les opérations d'apport sont, en principe, sans influence sur la détermination du bénéfice imposable, tel n'est toutefois pas le cas lorsque la valeur d'apport des immobilisations, comptabilisée par l'entreprise bénéficiaire de l'apport, a été volontairement minorée par les parties pour dissimuler une libéralité faite par l'apporteur à l'entreprise bénéficiaire. Dans une telle hypothèse, l'administration est fondée à corriger la valeur d'origine des immobilisations apportées à l'entreprise pour y substituer leur valeur vénale, augmentant ainsi l'actif net de l'entreprise dans la mesure de l'apport effectué à titre gratuit.

3. La valeur vénale des actions non admises à la négociation sur un marché réglementé doit être appréciée compte tenu de tous les éléments dont l'ensemble permet d'obtenir un chiffre aussi voisin que possible de celui qu'aurait entraîné le jeu normal de l'offre et de la demande à la date où la cession ou l'apport est intervenu. Cette valeur doit être établie, en priorité, par référence à la valeur qui ressort de transactions portant, à la même époque, sur des titres de la société, dès lors que cette valeur ne résulte pas d'un prix de convenance. Toutefois, en l'absence de transactions intervenues dans des conditions équivalentes et portant sur les titres de la même société ou, à défaut, de sociétés similaires, l'administration peut légalement se fonder sur l'une des méthodes destinées à déterminer la valeur de l'actif ou sur la combinaison de plusieurs de ces méthodes.

4. La société par actions simplifiée (SAS) Tema était détenue à parts égales par M. A B et par M. A C. Par un acte du 11 avril 2014, M. B a apporté à la SASU Tema Instruments, dont il est l'associé unique, les titres de la SAS Tema qu'il détenait pour un montant de 450 000 euros. Par un protocole de cession d'actions du 29 septembre 2014, M. C a cédé à la SASU Tema Instruments les titres de la SAS Tema qu'il détenait pour un prix comportant une part fixe de 450 000 euros et un complément de prix, conditionné par le niveau de marge de la société tel que ressortant des comptes sociaux des exercices clos le 30 septembre 2015 et le 30 septembre 2016. Conformément à ce protocole, le complément de prix ayant été mis en paiement le 11 mars 2016 et 28 mars 2017, le prix final de la cession des titres détenus par M. C s'est établi à 600 000 euros. Sur cette base, l'administration a estimé que la valeur d'apport des titres de la SAS Tema détenus par M. B avait été volontairement minorée d'un montant de 150 000 euros et que cette minoration était constitutive d'une libéralité. En conséquence, à hauteur de cette libéralité, la SASU Tema Instruments a été assujettie à des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos le 30 septembre 2015.

5. Il résulte toutefois de l'instruction qu'en l'espèce, d'une part, le protocole de cession d'actions du 29 septembre 2014 conditionnait le complément de prix, dans son principe et son montant, au niveau de marge observé au cours des deux exercices suivant la cession et pouvait être fixé à un montant allant de 0 à 75 000 euros. A cet égard, la société soutient sans être contestée que cette clause de complément de prix, qui n'était pas ferme, avait été prévue en raison de l'importante incertitude sur l'activité de distribution des tondeuses de la marque Panasonic, et la forte dégradation de la marge sur les dernières années pour cette activité qui représentait plus de 80 % du chiffre d'affaires. D'autre part, par l'achat des parts de son associé, M. B a cherché à poursuivre l'activité sous son seul contrôle, à l'issue de négociations qui ont duré plus de trois ans, de sorte que l'intérêt et le pouvoir de négociation des deux anciens co-associés différaient sensiblement. Dans ces conditions, la cession d'actions du 29 septembre 2014, quand bien même elle se situait à une date proche de l'opération d'apport de titres par M. B, ne pouvait servir de terme de référence pertinent pour évaluer la valeur vénale des titres apportés. C'est donc à tort que l'administration, qui ne propose aucune autre méthode pour déterminer la valeur vénale des titres en litige, a cru pouvoir établir l'existence d'un écart significatif entre la valeur d'apport des titres de M. B et la valeur vénale de ces derniers en comparant uniquement les conditions de l'opération d'apport à celles de l'opération de cession, ainsi décrites.

6. Il résulte de ce qui précède que la SASU Tema Instruments est fondée à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de l'exercice clos le 30 septembre 2015 pour un montant total, en droits et intérêts de retard, de 49 250 euros.

Sur les dépens :

7. La présente instance n'a donné lieu à aucun dépens. Les conclusions tendant à ce qu'ils soient mis à la charge de l'Etat sont dès lors sans objet.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans le cadre de la présente instance, le versement à la SASU Tema Instruments d'une somme de 1 500 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La SASU Tema Instruments est déchargée des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de l'exercice clos le 30 septembre 2015 pour un montant total, en droits et intérêts de retard, de 49 250 euros.

Article 2 : L'Etat versera à la SASU Tema Instruments une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de la SASU Tema Instruments est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée unipersonnelle Tema Instruments et à l'administratrice générale des finances publiques, directrice du contrôle fiscal Sud-Est Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 2 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Bernabeu, présidente,

- M. Cros, premier conseiller,

- M. Martin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

J. MARTIN

La présidente,

Signé

M. BERNABEULa greffière,

Signé

G. BODIGER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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