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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2201210

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2201210

lundi 21 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2201210
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantDE LA GRANGE & FITOUSSI AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 6 mai 2022 et le 23 février 2023, Mme A H veuve D, M. C D et M. F D, représentés par Me Camps, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de condamner l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales à leur verser, en leur qualité d'ayants droit, la somme de 290 286' euros en réparation du préjudice d'assistance par tierce personne subi par M. I D, défunt ;

2°) de mettre à la charge de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la contamination par le virus de l'hépatite C (VHC), à l'origine du décès de

M. I D, résulte de la transfusion de produits sanguins réalisée le 3 mars 1970 à l'hôpital Edouard Herriot de Lyon ; les conditions d'indemnisation au titre de la solidarité nationale sont remplies ;

- le préjudice d'assistance par tierce personne doit être intégralement réparé ;

- l'ONIAM n'est pas fondé à écarter les conclusions de l'expert.

Par un mémoire enregistré le 22 décembre 2022, les consorts D ont déclaré se désister purement et simplement de l'ensemble de leurs conclusions.

Ils indiquent qu'ils ont obtenu satisfaction suite à l'ordonnance du juge des référés de la Cour administrative d'appel de Marseille de 19 juillet 2022 statuant sur leur demande de provision.

Par un courrier du 5 janvier 2023, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) s'est opposé à ce désistement.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 27 janvier 2023 et le 6 mars 2023, l'ONIAM, représenté par Me Fitoussi, demande au tribunal :

1°) de limiter l'indemnisation au titre de l'assistance par tierce personne à la somme de 84 684,62 euros ;

2°) de condamner les requérants à lui rembourser la somme de 174 021,38 euros versée à titre provisionnel ;

3°) de rejeter la demande présentée par la caisse de prévoyance et de retraite du personnel de la société nationale des chemins de fer français (SNCF), devenue la caisse de prévoyance et de retraite du personnel ferroviaire.

Il soutient que :

- les besoins en assistance par tierce personne de M. D en lien avec la contamination par le VHC ne sont pas établis avant octobre 2016 ; seule la période postérieure à cette date doit être indemnisée ;

- la demande subrogatoire de la caisse de prévoyance et de retraite du personnel de la SNCF n'est pas fondée dès lors que l'ONIAM intervient au titre de la solidarité nationale et que la présente procédure est postérieure au 1er juin 2010.

Par des mémoires et des pièces complémentaires, enregistrés le 12 août 2022, le 3 janvier 2023 et le 24 janvier 2023, la caisse de prévoyance et de retraite du personnel de la SNCF, devenue la caisse de prévoyance et de retraite du personnel ferroviaire demande au tribunal :

1°) de condamner l'ONIAM sur le fondement de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, à lui rembourser la somme totale de 115 966,46 euros au titre de ses débours et de l'indemnité forfaitaire de gestion ;

2°) de mettre à la charge de l'ONIAM la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'ONIAM peut faire l'objet d'un recours des tiers payeurs dans les hypothèses où il s'est substitué à l'établissement français du sang (EFS) dans le cadre d'une contamination par le VHC dans le cadre d'un contentieux en cours au 1er juin 2010 ; la présente procédure s'inscrit dans la continuité de celle ayant donné lieu à un arrêt de la Cour administrative d'appel de Lyon du 7 juillet 2011 ;

- le montant définitif de ses débours s'élève à 108 411,60 euros au titre des dépenses de santé et à 6 463,86 euros au titre de l'allocation décès versée aux ayants droit ;

- elle est fondée à solliciter la somme de 1 091 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le rapport de l'expertise ordonnée en référé, déposée au greffe le 15 novembre 2019 ;

- l'ordonnance du 29 novembre 2019 par laquelle le magistrat en charge des expertises a liquidé et taxé les frais de l'expertise réalisée par le docteur E G ;

- l'ordonnance du 19 juillet 2022 par laquelle le juge des référés de la Cour administrative d'appel de Marseille a accordé une provision de 258 706 euros aux consorts D.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Montalieu, conseillère,

- les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public,

- et les observations de Me Camps, avocat des requérants,

- les autres parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. I D, né le 6 février 1941, a été diagnostiqué porteur du VHC en 2002. Par un arrêt du 7 juillet 2011, la Cour administrative d'appel de Lyon a jugé qu'il avait été victime d'une contamination par transfusion de produits sanguins et a condamné l'ONIAM, substituant l'EFS, à réparer ses préjudices. M. D est décédé le 1er décembre 2018 des suites d'un cancer du foie. Par une ordonnance du 15 février 2019, le président du tribunal, juge des référés, a désigné le docteur B, en qualité d'expert, qui a été remplacé par le docteur G le 7 juin 2019, afin d'évaluer l'aggravation de l'état de santé de M. D du fait de l'hépatite C. L'expert a remis son rapport le 15 novembre 2019. Par un courrier du 1er décembre 2021, l'ONIAM a adressé aux consorts D une offre transactionnelle d'indemnisation du préjudice d'assistance par tierce personne d'un montant de 84 684,62 euros, pour la période d'octobre 2016 jusqu'au décès de M. D. Par un courrier du 6 décembre 2021, les consorts D ont refusé cette proposition en tant qu'elle excluait toute indemnisation pour la période comprise entre 2006 et octobre 2016. Par un courrier du 21 janvier 2022, annulant et remplaçant l'offre précédente, l'ONIAM a confirmé son offre transactionnelle d'un montant de 84 684,82 euros. Cette offre a à nouveau été refusée par un courrier du 24 janvier 2022. Par une requête enregistrée le 3 mars 2022, les consorts D ont demandé au juge des référés du tribunal de condamner l'ONIAM à leur verser la somme de 290 286 euros à titre provisionnel. Par une ordonnance du 28 avril 2022, la juge des référés du tribunal a fixé le montant de la provision à la somme de 84 684,82 euros. Par une ordonnance du 19 juillet 2022, le juge des référés de la Cour administrative d'appel de Marseille a porté la provision à la somme de 258 706 euros.

Sur le principe de réparation au titre de la solidarité nationale :

2. Aux termes de l'article L. 1221-14 du code de la santé publique : " Les victimes de préjudices résultant de la contamination par le virus de l'hépatite C causée par une transfusion de produits sanguins ou une injection de médicaments dérivés du sang réalisée sur les territoires auxquels s'applique le présent chapitre sont indemnisées par l'office mentionné à l'article L. 1142-22 dans les conditions prévues à la seconde phrase du troisième alinéa de l'article L. 3122-1, aux deuxième et troisième alinéas de l'article L. 3122-2, au premier alinéa de l'article L. 3122-3 et à l'article L. 3122-4. / Dans leur demande d'indemnisation, les victimes ou leurs ayants droit justifient de l'atteinte par le virus de l'hépatite C et des transfusions de produits sanguins ou des injections de médicaments dérivés du sang. L'office recherche les circonstances de la contamination, notamment dans les conditions prévues à l'article 102 de la loi n° 2002-303 du 4 mars 2002 relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé. Il procède à toute investigation sans que puisse lui être opposé le secret professionnel. () ". Aux termes de l'article 102 de la loi du 4 mars 2002 : " En cas de contestation relative à l'imputabilité d'une contamination par le virus de l'hépatite C antérieure à la date d'entrée en vigueur de la présente loi, le demandeur apporte des éléments qui permettent de présumer que cette contamination a pour origine une transfusion de produits sanguins labiles ou une injection de médicaments dérivés du sang. Au vu de ces éléments, il incombe à la partie défenderesse de prouver que cette transfusion ou cette injection n'est pas à l'origine de la contamination. Le juge forme sa conviction après avoir ordonné, en cas de besoin, toutes les mesures d'instruction qu'il estime utiles. Le doute profite au demandeur. () ".

3. Il résulte de l'instruction que M. D a été transfusé en 1970 à l'hôpital Henri Gabrielle à Lyon et qu'aucune enquête transfusionnelle n'a pu être menée en l'absence de numéro d'identification du produit sanguin. Dès lors, et en l'absence d'élément contraire rapporté par l'ONIAM, la contamination par le VHC dont a été victime M. D doit être regardée comme ayant pour origine la transfusion de produits sanguins. Par ailleurs, il résulte de l'instruction, en particulier des conclusions du rapport d'expertise judiciaire, que l'aggravation de l'état de santé de M. D, survenue après le 11 juillet 2006, date de consolidation fixée par la première expertise judiciaire, tenant à une cirrhose puis à un cancer du foie ayant entrainé son décès le 1er mai 2018, est imputable à sa contamination par le VHC. Par suite, il incombe à l'ONIAM, qui ne conteste pas en défense l'existence d'un tel lien de causalité, de prendre en charge, au titre de la solidarité nationale, l'aggravation des conséquences dommageables de la transfusion de produits sanguins subie par M. D.

Sur l'évaluation et l'indemnisation du préjudice d'assistance par tierce personne :

4. Le droit à la réparation d'un dommage, quelle que soit sa nature, s'ouvre à la date à laquelle se produit le fait qui en est directement la cause. Si la victime du dommage décède avant d'avoir elle-même introduit une action en réparation, son droit, entré dans son patrimoine avant son décès, est transmis à ses héritiers. Chaque héritier a dès lors qualité, le cas échéant sans le concours des autres indivisaires, pour exercer l'action indemnitaire tendant à obtenir, au bénéfice de la succession, la réparation du préjudice subi.

5. Mme A H veuve D et MM. C D et F D établissent leur qualité d'héritiers et peuvent par suite exercer une action indemnitaire au bénéfice de la succession de M. I D.

En ce qui concerne l'assistance par tierce personne pour la période du 11 juillet 2006 au 31 décembre 2015 :

6. L'expert judiciaire a estimé que, du 11 juillet 2006 au 31 décembre 2010, l'état de santé de M. D a nécessité l'assistance d'une tierce personne non spécialisée à hauteur de 2 heures par jour et que, du 1er janvier 2011 au 31 décembre 2015, l'aggravation de son état de santé a porté ce besoin à 4 heures par jour. Pour contester ces conclusions, l'ONIAM fait valoir que le préjudice n'est pas établi avant octobre 2016 dès lors qu'il résulte également du rapport d'expertise que l'état de santé de M. D est d'abord resté stable après la date de consolidation du 11 juillet 2016, qu'une amélioration de son foie a été constatée en 2013 et que la dégradation de l'état de santé s'est surtout accentuée à l'apparition d'un cancer primitif du foie. Toutefois, les éléments du rapport relevés par l'ONIAM ne permettent pas de retenir une contradiction dans les conclusions de l'expert, dès lors que la stabilité de l'état de santé de M. D durant la première période de 2006 à 2010 n'est pas exclusive d'un besoin d'assistance par tierce personne, que, si la charge virale était négative à compter de 2008, la cirrhose du foie, pathologie affectant l'état général, a continué d'évoluer jusqu'en phase de décompensation à compter de 2010. Par ailleurs, alors que M. D a été en situation de déficit fonctionnel à hauteur de 30 % pour la période de 2006 à 2016 du seul fait de la contamination au VHC, la circonstance qu'il ait connu d'autres problèmes de santé (accidents cardiaques et pose d'une prothèse du genou) ne suffisent pas à remettre en cause le lien entre la contamination et les besoins d'assistance par tierce personne retenu par l'expert. Enfin, le rapport d'expertise a identifié une progressivité dans la dégradation de l'état de santé en trois temps, ce qui est cohérent avec l'évaluation des besoins en assistance par tierce personne retenue.

7. Dans ces conditions, il y a lieu de fixer le préjudice de M. D en se fondant sur un besoin d'assistance non spécialisée par une tierce personne à hauteur de 2 heures par jour du 11 juillet 2006 au 31 décembre 2010 (soit 1 635 jours) puis à hauteur de 4 heures par jour du 1er janvier 2011 au 31 décembre 2015 (soit 1 826 jours) et de porter le taux horaire moyen de l'assistance nécessaire à la somme de 13 euros pour la période considérée, sur la base du salaire minimum de croissance augmenté des cotisations sociales, et de calculer l'indemnisation de ces besoins sur la base d'une année de 412 jours afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés.

8. Compte tenu de ces éléments, il sera fait une juste appréciation des besoins en assistance d'une tierce personne de M. D, pour la période du 11 juillet 2006 au 31 décembre 2015, en les évaluant à la somme de 155 163 euros.

En ce qui concerne l'assistance par tierce personne pour la période du 1er janvier 2016 au 30 novembre 2016 :

9. Il résulte de l'instruction, notamment des conclusions du rapport d'expertise judiciaire non sérieusement contestées par l'ONIAM sur ce point, que, du 1er janvier 2016 au 30 novembre 2016 (soit 335 jours), M. D a eu besoin de l'assistance d'une tierce personne à hauteur de 4 heures par jour, et non pas 8 heures comme l'indiquent les requérants, dès lors que l'aggravation de son état de santé n'a été significative qu'à compter du diagnostic du cancer du foie. Dans ces conditions, il y a lieu de fixer le préjudice de M. D en se fondant sur un besoin d'assistance non spécialisée par une tierce personne à hauteur de 4 heures par jour et de porter le taux horaire moyen de l'assistance nécessaire à la somme de 13 euros pour la période considérée, sur la base du salaire minimum de croissance augmenté des cotisations sociales, et de calculer l'indemnisation de ces besoins sur la base d'une année de 412 jours afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés.

10. Compte tenu de ces éléments, il sera fait une juste appréciation des besoins en assistance d'une tierce personne de M. D, pour la période du 1er janvier 2016 au 30 novembre 2016, en les évaluant à la somme de 19 663 euros.

En ce qui concerne l'assistance par tierce personne pour la période du 1er décembre 2016 au 1er mai 2018 :

11. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise judiciaire, que, du 1er décembre 2016 au 1er mai 2018 (soit 517 jours), et en dehors des périodes pendant lesquelles il a été hospitalisé (soit 36 jours), M. D a eu besoin de l'assistance d'une tierce personne à hauteur de 8 heures par jour en raison de son état qualifié de " grabataire " par l'expert. Dans ces conditions, il y a lieu de fixer le préjudice de M. D en se fondant sur un besoin d'assistance spécialisée par une tierce personne à hauteur de 8 heures par jour et de porter le taux horaire moyen de l'assistance nécessaire à la somme de 18 euros pour la période considérée, sur la base du salaire minimum de croissance augmenté des cotisations sociales, et de calculer l'indemnisation de ces besoins sur la base d'une année de 412 jours afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés.

12. Compte tenu de ces éléments, il sera fait une juste appréciation des besoins en assistance d'une tierce personne de M. D, pour la période du 1er décembre 2016 au 1er mai 2018, en les évaluant à la somme de 78 183 euros.

13. Il résulte de tout ce qui précède que le préjudice d'assistance par tierce personne de M. D entré dans sa succession s'élève à 253 009 euros.

Sur les conclusions de l'ONIAM relatives au reversement partiel de la provision :

14. Les ayants droit de M. D ont obtenu du juge des référés de la Cour administrative d'appel de Marseille une provision de 258 706 euros par l'ordonnance du 19 juillet 2022. Dès lors que les requérants sont seulement fondés à soutenir que l'ONIAM doit prendre en charge, au titre de la solidarité nationale, la somme de 253 009 euros en réparation du préjudice d'assistance par tierce personne, ils doivent lui reverser la somme de 5 697 euros. Par suite, l'ONIAM est seulement fondé à solliciter le remboursement par les requérants de la somme de 5 697 euros.

Sur les conclusions présentées par la caisse de prévoyance et de retraite du personnel ferroviaire :

15. Il résulte des dispositions du deuxième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale et du I de l'article 1er de l'ordonnance du 7 janvier 1959, ainsi que des articles 28 et 29 de la loi du 5 juillet 1985, que les recours des tiers payeurs, subrogés dans les droits d'une victime d'un dommage qu'ils indemnisent, s'exercent à l'encontre des auteurs responsables de l'accident.

16. En confiant à l'ONIAM, établissement public à caractère administratif de l'Etat placé sous la tutelle du ministre chargé de la santé, la mission d'indemniser, selon une procédure amiable exclusive de toute recherche de responsabilité, les dommages subis par les victimes de contamination transfusionnelle par le VHC dans la mesure où ces dommages ne sont pas couverts par les prestations versées par les tiers payeurs et sans préjudice de l'exercice par l'office d'un recours subrogatoire contre " la personne responsable ", le législateur a institué aux articles L. 1142-22 et L. 1221-14 du code de la santé publique un dispositif assurant l'indemnisation des victimes concernées au titre de la solidarité nationale. Il s'ensuit que, dans l'exercice de la mission qui lui est confiée par ces articles, l'ONIAM est tenu d'indemniser à ce titre et non en qualité d'auteur responsable. Ni la circonstance que le législateur n'ait pas expressément indiqué que l'ONIAM intervenait en ce cas au titre de la solidarité nationale, ni le fait qu'il ait maintenu les règles de preuve prévues par l'article 102 de la loi du 4 mars 2002 ne sauraient remettre en cause la nature de l'intervention de l'ONIAM telle qu'elle résulte de l'économie générale du dispositif applicable, au demeurant semblable à celui prévu par la loi pour l'accomplissement par l'ONIAM d'autres missions d'indemnisation assurées expressément au titre de la solidarité nationale.

17. Il résulte de ce qui précède que les tiers payeurs ayant versé des prestations à la victime d'un dommage entrant dans les prévisions de l'article L. 1221-14 ne peuvent exercer contre l'ONIAM le recours subrogatoire prévu par les articles L. 376-1 du code de la sécurité sociale, 1er de l'ordonnance du 7 janvier 1959 et 29 de la loi du 5 juillet 1985.

18. Toutefois, il résulte des dispositions du IV de l'article 67 de la loi du 17 décembre 2008 selon lesquelles l'ONIAM se substitue à l'EFS dans les procédures tendant à l'indemnisation des préjudices mentionnés à l'article L. 1221-14, en cours à la date d'entrée en vigueur de cet article et n'ayant pas donné lieu à une décision irrévocable, que le législateur a entendu, dans ces procédures, substituer l'ONIAM à l'EFS tant à l'égard des victimes que des tiers payeurs.

19. En l'espèce, la présente procédure, introduite par les requérants afin d'obtenir réparation des préjudices résultant de l'aggravation de l'état de santé de M. D, a ainsi un objet distinct de celle présentée devant les juridictions administratives de Lyon en janvier 2008 puis janvier 2010 et qui a donné lieu à un arrêt de la Cour administrative d'appel de Lyon du 7 juillet 2011 devenu irrévocable. Dans ces conditions, la caisse de prévoyance et de retraite du personnel ferroviaire n'est pas fondée à soutenir que la présente instance doit être regardée comme étant en cours au 1er juin 2010 et se prévaloir des dispositions transitoires citées au point précédent.

20. Par suite, l'ensemble des conclusions présentées par la caisse de prévoyance et de retraite du personnel ferroviaire ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

21. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. () ". Et aux termes de l'article L. 761-1 du même code : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

22. En premier lieu, par une ordonnance du 29 novembre 2019, les frais et honoraires de l'expertise, liquidés et taxés à la somme de 1 200 euros, ont été mis à la charge des consorts D. En application des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge définitive de l'ONIAM, partie perdante dans cette instance, le montant de ces frais.

23. En second lieu, l'ONIAM étant tenus aux dépens, il y a lieu de mettre à sa charge le versement aux consorts D d'une somme qu'il convient de fixer, dans les circonstances de l'espèce, à un montant de 2 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : Le montant de l'indemnisation du préjudice d'assistance par tierce personne de M. D, entré dans sa succession, est fixé à 253 009 euros.

Article 2 : Les consorts D doivent reverser la somme de 5 697 euros à l'ONIAM, compte tenu de la somme déjà perçue à titre provisionnel.

Article 3 : Les frais et honoraires de l'expertise, liquidés et taxés à la somme de 1 200 euros, sont mis à la charge définitive de l'ONIAM.

Article 4 : L'ONIAM versera aux consorts D une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A H veuve D, représentant unique désigné en vertu de l'alinéa 3 de l'article R. 411-5 du code de justice administrative pour l'ensemble des requérants, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales et à la caisse de prévoyance et de retraite du personnel ferroviaire.

Délibéré après l'audience du 2 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Philippe Harang, président,

M. Zouhaïr Karbal, conseiller,

Mme Mathilde Montalieu, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

M. MONTALIEU

Le président,

Signé

Ph. HARANG

La greffière,

Signé

F. POUPLY

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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