lundi 23 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2201277 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | AIZAC & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 mai 2022, M. B A et Mme C A, représentés par la Selarl Aizac et associés agissant par Me Serra, demandent au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2011 à 2015 pour un montant total, en droits, intérêts de retard et majorations, de 66 372 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat les frais de procédure qu'ils ont engagés au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et dont il sera justifié par la production de copies des factures acquittées.
Ils soutiennent que :
- la proposition de rectification du 9 novembre 2020 est insuffisamment motivée ; l'administration a ainsi méconnu les dispositions de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales et les énonciations des doctrines administratives référencées 13 L 1513 n° 75, 1-7-2002 et BOI-CF-IOR-10-40 ;
- le tribunal correctionnel de Draguignan les a relaxés pour les faits de blanchiment de fraude fiscale ;
- l'administration n'a jamais indiqué la méthode de calcul ayant servi à la détermination des sommes réintégrées au sein de leurs revenus imposables ;
- l'administration ne démontre pas que ces sommes ont été désinvesties de l'association Unis Services pour être appréhendées par eux-mêmes ;
- les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2018 et 2019 ont ainsi fait l'objet d'un dégrèvement total ;
- en ce qui concerne la majoration de 40 % pour manquement délibéré, l'administration ne rapporte pas la preuve de l'insuffisance de leurs déclarations ni de leur intention d'éluder l'impôt, alors qu'il appartient au service de l'établir en application de la doctrine référencée BOI-CF-INF-10-20-20 n° 30 du 12 septembre 2012.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 août 2022, le directeur départemental des finances publiques du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 7 décembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 17 janvier 2024.
Par un courrier du 25 juillet 2024, des pièces complémentaires ont été demandées au directeur départemental des finances publiques du Var pour compléter l'instruction, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative. Des pièces ont été produites le 25 juillet 2024 et ont été communiquées le jour même.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Martin,
- et les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Les époux A ont fait l'objet d'un contrôle sur pièces portant sur les années 2011 à 2015. Par une proposition de rectification du 9 novembre 2020, ils ont été assujettis à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu au titre de ces mêmes années pour un montant total, en droits, intérêts de retard et majorations de 66 372 euros. Les requérants demandent la décharge de ces impositions.
Sur les conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :
2. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation ". Selon l'article R. 57-1 de ce livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. L'administration invite, en même temps, le contribuable à faire parvenir son acceptation ou ses observations dans un délai de trente jours à compter de la réception de la proposition, prorogé, le cas échéant, dans les conditions prévues au deuxième alinéa de cet article ".
3. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification du 9 novembre 2020 comporte la mention de l'impôt, de la catégorie de revenu ainsi que des années concernées par les rectifications litigieuses. Elle rappelle dans quel cadre juridique le parquet de Draguignan a permis à l'administration de consulter les différentes pièces de la procédure concernant les époux A. Par ailleurs, elle se réfère aux dispositions des articles 6 et 79 du code général des impôts et explique comment ont été déterminées les sommes réintégrées, dans la catégorie de revenu des traitements et salaires, au sein des revenus soumis à l'impôt des époux A. Si les requérants soutiennent que la méthode de calcul des sommes réintégrées n'est pas indiquée, la proposition de rectification, accompagnée de son annexe, permet de comprendre que ces sommes ont été identifiées à partir des chèques émis par l'association et encaissés sur le compte commun du couple. Enfin, si les intéressés exposent, d'une part, que l'administration ne démontre pas que les sommes en litige auraient été désinvesties de l'association ni qu'ils les auraient appréhendées et, d'autre part, que le tribunal judiciaire de Draguignan statuant en matière correctionnelle les a relaxés pour les faits de blanchiment de fraude fiscale, ces éléments portent sur le bien-fondé des impositions en litige et ne sauraient, par eux-mêmes, remettre en cause la régularité de la procédure d'imposition.
4. Par suite, la proposition de rectification du 9 novembre 2020 satisfait ainsi aux exigences prescrites par les dispositions précitées de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales.
5. Par ailleurs, les énonciations des doctrines administratives référencées 13 L 1513 n° 75, 1-7-2002, et BOI-CF-IOR-10-40, qui sont relatives à la procédure d'imposition, ne constituent pas une interprétation d'un texte fiscal dont les époux A pourraient se prévaloir sur le fondement des dispositions de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales.
En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :
6. Aux termes de l'article 12 du code général des impôts : " L'impôt est dû chaque année à raison des bénéfices ou revenus que le contribuable réalise ou dont il dispose au cours de la même année ". Aux termes de l'article 79 du même code : " Les traitements, () salaires () et rentes viagères concourent à la formation du revenu global servant de base à l'impôt sur le revenu ".
7. Les intéressés soutiennent que l'administration ne démontre pas que les sommes réintégrées dans leurs revenus imposables ont été désinvesties par l'association avant d'être appréhendées par eux-mêmes. Toutefois, en l'espèce, c'est sur le fondement de l'article 79 du code général des impôts et non sur les dispositions du 1° de l'article 109-1 du même code que l'administration a réintégré, dans la catégorie de revenu des traitements et salaires, au sein des revenus imposables des intéressés les sommes encaissées sur leur compte courant à partir des chèques émis par l'association et correspondant à de faux remboursements de frais au profit de Mme A, lesquels devaient bien s'analyser en un élément de rémunération non déclaré. Un tel moyen doit ainsi être écarté comme inopérant.
8. De même, la circonstance selon laquelle l'administration a prononcé, par une décision du 20 mai 2021, le dégrèvement des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles avaient été assujettis les requérants au titre des années 2018 et 2019 est sans incidence sur le bien-fondé des impositions en litige dès lors que les impositions dégrevées avaient été notifiées aux époux A, d'une part, dans le cadre d'une procédure distincte faisant suite à une vérification de comptabilité de l'association Unis Services et, d'autre part, sur un fondement juridique différent.
9. Enfin, si les époux A ont été relaxés des faits de blanchiment de fraude fiscale par le tribunal judiciaire de Draguignan statuant en matière correctionnelle, cette circonstance est sans incidence sur le bien-fondé des impositions en litige dès lors qu'il ne ressort pas de ce jugement que les faits et éléments sur lesquels s'est fondé le service pour assujettir les intéressés aux impositions supplémentaires contestées ne seraient pas établis.
En ce qui concerne la majoration pour manquement délibéré :
10. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; / () c. 80 % en cas de manœuvres frauduleuses () ". Selon l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs, de la taxe sur la valeur ajoutée (), la preuve de la mauvaise foi et des manœuvres frauduleuses incombe à l'administration ".
11. Il résulte de ces dispositions que la pénalité pour manquement délibéré a pour seul objet de sanctionner la méconnaissance par le contribuable de ses obligations déclaratives. Pour établir ce manquement délibéré, l'administration doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations et, d'autre part, de l'intention de l'intéressé d'éluder l'impôt.
12. Pour justifier l'application de la pénalité pour manquement délibéré aux cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu en litige, l'administration a relevé que le couple avait omis de déclarer les sommes encaissées sur son compte provenant de faux remboursements de frais et que cette situation était nécessairement connue des intéressés au regard de leurs fonctions au sein de l'association. L'administration a également relevé qu'il résultait des propres déclarations de M. A que cette pratique fictive avait pour seul but d'éluder l'impôt. Ainsi, au regard du caractère répété des manquements, l'administration apporte la preuve tant du caractère inexact des déclarations que du caractère intentionnel des manquements. En revanche, en se bornant à faire valoir que les rectifications n'étaient pas fondées et qu'ils avaient été relaxés par le tribunal correctionnel de Draguignan alors que, s'il est exact que les époux A ont été relaxés des faits de blanchiment de fraude fiscale, ce même tribunal les a reconnus coupables, pour M. A, des faits d'exécution d'un travail dissimulé et abus de confiance, et pour Mme A, des faits de recel de bien obtenu à l'aide d'un abus de confiance et de fausse déclaration pour obtenir d'une personne publique ou d'un organisme chargé d'une mission de service public une allocation, une prestation, un paiement ou un avantage indu, les requérants n'apportent aucun élément de nature à remettre en cause les éléments relevés par l'administration ni, par suite, le bien-fondé de l'application des pénalités.
13. Les époux A ne sont enfin pas fondés à invoquer, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, les énonciations de la documentation administrative publiée au bulletin officiel des finances publiques sous la référence BOI-CF-INF-10-20-20 selon lesquelles, au paragraphe n° 30, " il appartient au service de réunir tous éléments d'information ou d'appréciation utiles en vue d'établir que le contribuable ne pouvait pas ignorer les insuffisances, inexactitudes ou omissions qui lui sont reprochées et que l'infraction a donc été commise sciemment ", dès lors que ces énonciations ne font pas des dispositions applicables une interprétation différente de celle retenue par le présent jugement.
14. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme A ne sont pas fondés à demander la décharge, en droits et pénalités, des impositions contestées.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle, en tout état de cause, à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme que ce soit au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et Mme C A ainsi qu'au directeur départemental des finances publiques du Var.
Délibéré après l'audience du 2 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Bernabeu, présidente,
- M. Cros, premier conseiller,
- M. Martin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2024.
Le rapporteur,
Signé
J. MARTIN
La présidente,
Signé
M. BERNABEU
La greffière,
Signé
G. BODIGER
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026