lundi 7 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2201323 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SCP SAMH & LEPERRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 mai 2022, et un mémoire, enregistré le 17 janvier 2024, M. B A, représenté par Me Sudour, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2016 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :
- les rectifications sont insuffisamment motivées au sens des dispositions de l'article L. 76 du livre des procédures fiscales dans la mesure où elles ne comportent aucun détail des sommes remises en cause au crédit de son compte courant d'associé et notamment aucune identification des paiements fournisseurs litigieux et que le rejet des frais kilométriques n'est aucunement justifié ;
- il n'a jamais été destinataire de la proposition de rectification du 18 mai 2018 ;
En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :
- le solde de son compte courant d'associé doit être corrigé d'une écriture d'un montant de 4 000 euros qui ne correspond pas à un prélèvement de fonds ;
- le rejet des indemnités kilométriques pour 14 896 euros n'est pas justifié ;
- l'ensemble des écritures mentionnées au crédit du compte courant d'associé, et notamment les paiements effectués auprès de fournisseurs, a été rejeté par le vérificateur sans qu'aucun détail de ces écritures ne soit apporté.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 décembre 2022, le directeur départemental des finances publiques du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête à hauteur des dégrèvements accordés en cours d'instance pour un montant total de 4 370 euros ;
- pour le surplus, les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Martin,
- et les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A est l'associé unique de la société par actions simplifiée unipersonnelle Loca MTP. Cette société a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre de la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2016. Tirant les conséquences de ce contrôle en matière de revenus distribués, l'administration a, par une proposition de rectification du 18 mai 2018, assujetti M. A, au titre de l'année 2016, à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux pour un montant total, en droits, intérêts de retard et majorations, de 54 425 euros. L'intéressé n'ayant pas souscrit la déclaration d'ensemble de ses revenus au titre de l'année 2016 dans les délais, ces impositions supplémentaires ont été notifiées selon la procédure de taxation d'office. M. A demande la décharge de ces impositions.
Sur le quantum du litige :
2. Il résulte du mémoire en défense, enregistré le 6 décembre 2022, que postérieurement à l'introduction de la requête, par un avis du 6 décembre 2022, l'administration a prononcé un dégrèvement, en droits et pénalités, de 4 548 euros. Par suite, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête à hauteur de ce dernier montant.
Sur la charge de la preuve :
3. Aux termes de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales : " Sont taxés d'office : / 1° à l'impôt sur le revenu, les contribuables qui n'ont pas déposé dans le délai légal la déclaration d'ensemble de leurs revenus () ". Aux termes de l'article L. 67 de ce livre : " La procédure de taxation d'office prévue aux 1° () de l'article L. 66 n'est applicable que si le contribuable n'a pas régularisé sa situation dans les trente jours de la notification d'une mise en demeure ". Aux termes de l'article L. 193 du même livre : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ". L'article R. 193-1 dudit livre dispose que : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré ".
4. En l'espèce, il résulte de l'instruction et il n'est pas contesté que M. A n'a pas déposé dans le délai légal la déclaration d'ensemble de ses revenus au titre de l'année 2016 malgré une mise en demeure du 23 janvier 2018. Par suite, l'intéressé ayant été régulièrement taxé d'office sur le fondement des dispositions de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales, il lui appartient de démontrer le caractère exagéré des impositions qu'il conteste.
Sur les conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :
5. Aux termes de l'article L. 76 du livre des procédures fiscales : " Les bases ou éléments servant au calcul des impositions d'office et leurs modalités de détermination sont portées à la connaissance du contribuable trente jours au moins avant la mise en recouvrement des impositions () ".
6. En premier lieu, si M. A soutient ne jamais avoir été destinataire de la proposition de rectification du 18 mai 2018, l'administration justifie, par la production de l'enveloppe contenant la proposition de rectification précitée, que ce document, adressé par pli recommandé avec avis de réception, a été présenté à l'adresse de M. A le 29 mai 2018, mis en instance au bureau de poste et retourné au service portant la mention " pli avisé et non réclamé " ainsi qu'en attestent les mentions portées sur l'avis de réception. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la proposition de rectification ne lui a pas été régulièrement notifiée.
7. En second lieu, il résulte de l'instruction que la proposition de rectification du 18 mai 2018 adressée à M. A mentionne l'impôt concerné, l'année en cause, le montant du rehaussement envisagé dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, son fondement légal, ainsi que le montant des impositions supplémentaires résultant de ces rectifications. Elle précise les modalités de calcul du montant du solde débiteur du compte courant d'associé du requérant dans les écritures de la SASU Loca MTP et notamment les raisons pour lesquelles les sommes portées au crédit de ce compte correspondant à des paiements auprès de fournisseurs devaient être écartées. De plus, elle contient une annexe où figure l'ensemble des opérations portées au débit et au crédit de ce compte permettant ainsi d'identifier les écritures écartées par l'administration. Elle est par suite conforme aux dispositions précitées, seules applicables en l'espèce, de l'article L. 76 du livre des procédures fiscales alors même qu'elle n'a pas détaillé, directement ou par référence, les motifs pour lesquels l'administration a écarté, pour la détermination du solde débiteur, les indemnités de frais kilométriques pour un montant de 14 896 euros. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la notification des bases d'imposition doit être écarté.
En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :
8. Aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : / a. Sauf preuve contraire, les sommes mises à la disposition des associés directement ou par personnes ou sociétés interposées à titre d'avances, de prêts ou d'acomptes () "
9. En l'espèce, l'administration a imposé M. A, au titre de l'année 2016, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers et sur le fondement des dispositions précitées de l'article 111 a. du code général des impôts, à hauteur du solde débiteur du compte courant d'associé ouvert à son nom dans les écritures de la société Loca MTP. Ce solde débiteur d'un montant de 85 712 euros a été déterminé par le vérificateur qui a procédé à des retraitements conduisant à rejeter une partie des écritures passées au crédit de ce compte courant d'associé.
10. En premier lieu, si l'intéressé soutient que c'est par erreur qu'une écriture d'un montant de 4 000 euros, libellée " ret virement interne rb vir " a été débitée de son compte courant d'associé le 26 mars 2016, la production d'un relevé de compte bancaire de la société Loca MTP faisant état à la même date d'un débit de même montant ne permet pas d'établir que l'écriture portée au débit du compte courant d'associé correspondrait à une opération de régularisation. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu de déduire cette somme du montant du solde débiteur du compte courant d'associé taxé en tant que revenu distribué.
11. En deuxième lieu, le requérant se prévaut de l'utilisation de son véhicule personnel pour les besoins de la société et ajoute que le caractère professionnel de la dépense ne dépend pas de l'inscription à l'actif de cette société du véhicule concerné. Toutefois, la production d'un tableau réalisé par le requérant, reprenant par jour et par mois le lieu de déplacement, le client visité et le kilométrage réalisé, ne permet pas, en l'absence de tout autre élément probant, de justifier la réalité des frais kilométriques dont le remboursement a été porté au crédit du compte courant d'associé de l'intéressé pour un montant de 14 896 euros. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a pu regarder cette écriture comme injustifiée et l'écarter du calcul du solde du compte courant d'associé de M. A.
12. En dernier lieu, l'intéressé ne justifie pas du caractère exagéré des impositions en arguant du rejet d'ensemble des écritures au crédit de son compte courant d'associé matérialisant des paiements à des fournisseurs alors que, d'une part, ainsi que le relève l'administration, les paiements aux fournisseurs de la société auraient, en toute logique, dû être comptabilisés par le crédit du compte banque (512) de la société Loca MTP et, d'autre part, et surtout, M. A ne justifie aucunement avoir réglé lui-même ces sommes.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvement sociaux auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2016. Par voie de conséquence, ses conclusions relatives au frais du litige doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions présentées aux fins de décharge par M. A à hauteur de 4 548 euros.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur départemental des finances publiques du Var.
Délibéré après l'audience du 16 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Bernabeu, présidente,
- M. Cros, premier conseiller,
- M. Martin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.
Le rapporteur,
Signé
J. MARTIN
La présidente,
Signé
M. BERNABEULa greffière,
Signé
G. BODIGER
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
P/ le Greffier en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026