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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2201331

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2201331

vendredi 15 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2201331
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantGRIMALDI & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 18 mai 2022, le 23 juin 2022, le 14 août 2022, le 14 octobre 2022, le 17 octobre 2022, le 24 octobre 2022, le 11 avril 2023, le 12 avril 2023, le 1er mai 2023 et le 24 mai 2023, M. A doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision en date du 17 janvier 2022 par laquelle le président d'Estérel Côte d'Azur agglomération a procédé à la résiliation du contrat à durée déterminée établi

le 1er décembre 2021 au titre d'un contrat de projet, ensemble la décision du 30 mars 2022 rejetant son recours hiérarchique du 3 février de la même année ;

2°) condamner Estérel Côte d'Azur agglomération à lui payer une somme de 25 375 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis.

Il soutient que :

- la décision attaquée n'est pas motivée ;

- la rupture de son contrat est sans cause réelle et sérieuse ;

- la commission consultative paritaire n'a pas été consultée ;

- le président d'Estérel Côte d'Azur agglomération n'a pas observé un délai minimal de prévenance avant de prononcer la résiliation de son contrat ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en ce que la résiliation ne peut intervenir qu'après une année lorsque le projet ne peut se réaliser ou qu'il a atteint le résultat avant le terme de l'échéance ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en ce que les dispositions relatives à la période d'essai ne sont pas applicables dans le cadre du recrutement d'un travailleur reconnu handicapé dans la fonction publique ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que l'autorité territoriale a abusivement mis fin à ses fonctions sans pour autant l'avoir évalué ;

- Estérel Côte d'Azur agglomération a méconnu son obligation d'assurer sa formation de conseiller numérique ;

- il est victime de harcèlement moral et " d'atteinte à sa dignité humaine en bande organisée " depuis sa réintégration.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 9 août 2022, le 12 avril 2023 et le 17 mai 2023, Estérel Côte d'Azur agglomération, représentée par Me Grimaldi, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les moyens de légalité externe invoqués après le délai de recours contentieux sont irrecevables ;

- les moyens ayant attrait aux conditions de travail de l'intéressé consécutivement à sa réintégration sont inopérants ;

- les autres moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 17 mai 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 9 juin 2023.

Un mémoire présenté par M. A a été enregistré le 14 août 2023, postérieurement à la clôture d'instruction et non communiqué.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires en ce que le requérant n'établit pas qu'une décision a été prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle, conformément aux dispositions de l'article R. 421-1 du code de justice administrative.

Des observations présentées par M. A ont été enregistrées le 24 août 2023 et communiquées à l'autre partie.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 modifié ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 modifié ;

- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 modifié ;

- le décret n° 2020-172 du 27 février 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Quaglierini, rapporteur ;

- les conclusions de Mme Faucher, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Callen, représentant Estérel Côte d'Azur agglomération.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a été recruté par un contrat à durée déterminée du 1er décembre 2021,

en qualité d'adjoint technique territorial. Par courrier du 17 janvier 2022, le président d'Estérel Côte d'Azur agglomération l'a informé qu'il mettait un terme à son contrat durant sa période d'essai. L'intéressé a exercé un recours administratif à l'encontre de cette décision auprès de son autorité territoriale le 3 mars 2022, mais cette dernière l'a rejeté par décision du 30 mars 2022. Par cette requête, M. A entend contester ces deux décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les vices de procédure :

2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits () ". Selon l'article 4 du décret n°88-145 du 15 février 1988, dans sa rédaction applicable au litige : " Le licenciement en cours ou au terme de la période d'essai ne peut intervenir qu'à l'issue d'un entretien préalable au cours duquel l'agent peut être assisté par la personne de son choix conformément au troisième alinéa de l'article 42. La décision de licenciement est notifiée à l'intéressé par lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou par lettre remise en main propre contre décharge. Aucune durée de préavis n'est requise lorsque la décision de mettre fin au contrat intervient au cours ou à l'expiration d'une période d'essai. Le licenciement au cours d'une période d'essai doit être motivé. Le licenciement au cours ou à l'expiration d'une période d'essai ne donne pas lieu au versement de l'indemnité de licenciement prévue au titre X ".

3. Contrairement à ce que fait valoir la défenderesse, dans sa requête M. A invoque le défaut de motivation de la décision contestée, de sorte qu'il ne peut lui être opposé l'irrecevabilité de ce moyen au motif qu'il n'aurait pas été soulevé avant l'expiration du délai de recours.

4. En premier lieu, M. A soutient que la décision du 17 janvier 2022 ne mentionne aucune circonstance de droit et de fait motivant la décision de licenciement au cours de sa période probatoire, de sorte qu'il n'a pas été en mesure de la comprendre et de pouvoir utilement s'y opposer. Il ressort des pièces du dossier que si la décision attaquée est bien dépourvue de motivation, la décision de rejet de son recours administratif du 30 mars 2022 se réfère expressément à l'article 2 de son contrat et expose que " les retours du "terrain" au sein de la communauté d'agglomération n'étaient pas favorables à la poursuite de la collaboration " et que ses compétences ne correspondaient pas à celles attendues pour les fonctions exercées. Pour autant, cette motivation a posteriori ne saurait régulariser la décision initiale insuffisamment motivée, alors même que l'administration en aurait fourni ultérieurement les motifs. Le vice de procédure tiré de l'absence de motivation sera donc retenu.

5. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A, tel qu'il le soutient, ait été reçu dans le cadre d'un entretien préalable à son licenciement. Dès lors le vice de procédure tiré de l'absence d'entretien préalable sera également retenu.

6. En troisième lieu, si le requérant soutient que la rupture de son contrat est intervenue sans cause réelle et sérieuse et en l'absence d'avis de la commission consultative paritaire, ces circonstances sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, dès lors que, d'une part, les dispositions précitées du décret n°88-145 du 15 février 1988 n'exigent pas qu'un licenciement intervenant durant la période d'essai soit justifié par une cause réelle et sérieuse et, d'autre part, un tel licenciement pouvant être prononcé en l'absence de toute sanction disciplinaire, l'avis de la commission consultative paritaire n'est pas non plus exigé.

Ces branches du moyen tiré du vice de procédure seront donc écartées comme étant inopérantes.

En ce qui concerne l'erreur de droit tirée du licenciement anticipé de l'intéressé durant sa période d'essai.

S'agissant de la période d'essai stipulée dans le contrat litigieux.

7. Aux termes de l'article 1er du décret n°96-1087 du 10 décembre 1996, dans sa rédaction applicable au litige : " Les bénéficiaires de l'obligation d'emploi mentionnée à l'article 33 de la loi du 13 juillet 1983 susvisée peuvent, en application du septième alinéa de l'article 38 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée, être recrutés en qualité d'agent contractuel lorsque leur handicap a été jugé compatible avec l'emploi postulé en application des dispositions du 5° de l'article 5 de la loi du 13 juillet 1983 susvisée et des articles 10 à 13 du décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ". Selon le 7ème alinéa de l'article 38 de la loi n°84-53 du 26 juillet 1984 : " Les personnes mentionnées aux 1°, 2°, 3°, 4°, 9°, 10° et 11° de l'article

L. 5212-13 du code du travail peuvent être recrutées en qualité d'agent contractuel dans les emplois de catégories A, B et C pendant une période correspondant à la durée de stage prévue par le statut particulier du cadre d'emplois dans lequel elles ont vocation à être titularisées. Lorsque le recrutement est opéré dans un cadre d'emplois nécessitant l'accomplissement d'une scolarité dans les conditions prévues à l'article 45, la durée du contrat correspond à la durée de cette scolarité augmentée de la durée du stage prévue par le statut particulier du cadre d'emplois dans lequel les intéressés ont vocation à être titularisés. Le contrat est renouvelable, pour une durée qui ne peut excéder la durée initiale du contrat. À l'issue de cette période, les intéressés sont titularisés sous réserve qu'ils remplissent les conditions d'aptitude pour l'exercice de la fonction ".

8. Le requérant soutient que l'autorité territoriale a commis une erreur de droit en ayant prononcé son licenciement anticipé durant la période d'essai stipulée dans son contrat de projet, alors qu'en tant que travailleur reconnu en situation de handicap, aucune période d'essai ne devrait lui être appliquée. Mais il ressort des pièces du dossier qu'étant recruté dans le cadre d'un contrat de projet, M. A n'avait pas vocation à être titularisé de sorte qu'il ne saurait utilement se prévaloir des dispositions précitées pour contester la stipulation d'une période d'essai insérée dans son contrat. Par suite, il convient d'écarter le moyen comme étant inopérant.

S'agissant du licenciement anticipé prononcé durant la période d'essai.

9. Aux termes de l'article 38-2 du décret n°88-145 du 15 février 1988 : " La rupture anticipée du contrat de projet peut intervenir à l'initiative de l'employeur, après l'expiration d'un délai d'un an à compter de la date d'effet du contrat initial, dans les deux cas suivants :

1° Lorsque le projet ou l'opération ne peut pas se réaliser ; 2° Lorsque le résultat du projet ou de l'opération a été atteint avant l'échéance prévue du contrat ".

10. Le requérant soutient que l'autorité territoriale a commis une erreur de droit en ayant prononcé son licenciement anticipé durant la période d'essai alors que le contrat de projet prévoit qu'un licenciement anticipé ne peut intervenir qu'au terme de la première année dans les seules hypothèses où le projet ne peut se réaliser ou que le résultat a été atteint avant l'échéance du projet et qu'il ne peut intervenir qu'après avoir observé un " délai de prévenance ".

11. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le président d'Estérel Côte d'Azur agglomération a prononcé la rupture anticipée du contrat de projet au cours de la période d'essai et en se fondant sur l'article 2 du contrat litigieux qui la prévoit. Ainsi, M. A ne saurait utilement invoquer les dispositions de l'article 38-2 du décret n°22-145 précitées, lesquelles s'appliquent sous réserve qu'une rupture anticipée ne soit prononcée au cours de la période d'essai tel que le prévoit l'article 4 dudit décret, mentionné au point n°5. De même, contrairement à ce qu'allègue le requérant, il ne ressort d'aucune disposition législative ou règlementaire que l'autorité territoriale serait tenue d'observer un délai suffisant avant de prononcer la rupture anticipée d'un contrat à durée déterminée, tel que le contrat de projet.

Par suite, il convient d'écarter le moyen comme étant inopérant.

En ce qui concerne l'erreur manifeste d'appréciation.

12. Le requérant soutient que le président d'Estérel Côte d'Azur agglomération a commis une erreur manifeste d'appréciation en procédant à son licenciement anticipé alors qu'il n'est intervenu que très rarement " sur le terrain ", de sorte que ses compétences n'ont pas pu être appréciées utilement. Il conteste également l'authenticité des " retours terrain " qui fondent en partie la décision de rupture anticipée de son contrat de projet. Enfin, il soutient qu'il n'a pas reçu la formation de conseiller numérique et n'a reçu aucune consigne de sa directrice de sorte que l'évaluation qui a été portée sur l'exercice de ses fonctions n'est pas pertinente.

13. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. A est intervenu les 10, 13 et 15 décembre 2021, ainsi que les 4, 6 et 7 janvier 2022 dans 3 centres différents, dont les retours des agents sont globalement défavorables, faisant état d'un comportement et d'un défaut d'aptitudes difficilement compatibles avec la mission confiée. Si le requérant conteste l'authenticité des témoignages, il ne conteste pas pour autant être intervenu à 6 reprises durant sa période d'essai dans ces centres, de sorte que l'autorité territoriale disposait, par le retour des agents publics qui y exercent, de suffisamment d'éléments pour pouvoir apprécier son comportement et ses aptitudes. Par ailleurs, les circonstances qu'il n'ait pas reçu sa formation de conseiller numérique et que sa directrice ne lui ait donné aucune consigne, à les supposer établies, n'ont aucune incidence sur les retours défavorables qui sont remontés à l'autorité territoriale dès lors que, s'ils font état des compétences informatiques satisfaisantes de l'intéressé, ils soulignent surtout son comportement et des inaptitudes à occuper la fonction. Ainsi, l'intéressé n'apporte aucun élément de nature à établir que le président d'Estérel Côte d'Azur agglomération ait commis une erreur manifeste d'appréciation en procédant à la rupture anticipée de son contrat de projet de sorte qu'il convient d'écarter ce moyen comme manquant en fait.

En ce qui concernant la méconnaissance de l'obligation de délivrer la formation de conseiller numérique.

14. Si le requérant soutient que l'autorité compétente était tenue de lui délivrer une formation de conseiller numérique, il ressort des pièces du dossier que cette dernière était prévue à la mi-février. En toute hypothèse, le manquement allégué par le requérant n'est pas de nature à altérer la légalité de la décision de rupture anticipée de son contrat de projet, de sorte qu'il convient d'écarter ce dernier moyen comme étant non fondé.

En ce qui concerne le harcèlement moral et l'atteinte à la dignité.

15. Il y a lieu d'écarter l'ensemble de ces moyens comme étant inopérants dès lors qu'ils se fondent sur la période consécutive à la réintégration provisoire du requérant, soit postérieurement à la décision attaquée.

16. Il résulte de tout ce qui précède que la décision du 17 janvier 2022, ensemble la décision de rejet du recours gracieux de M. A du 30 mars 2022, doivent être annulées.

Sur les conclusions indemnitaires :

17. Les décisions attaquées étant annulées au motif des deux seuls vices de procédure entachant le licenciement de M. A prononcé le 17 janvier 2022, et l'ensemble des autres moyens de légalité interne étant écartés, le requérant ne se prévaut d'aucun préjudice qui serait la conséquence des deux fautes commises. Partant, sans qu'il soit besoin de statuer sur leur recevabilité, les conclusions indemnitaires seront rejetées comme n'étant pas fondées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme qu'Estérel Côte d'Azur agglomération demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 17 janvier 2022 prise par la communauté d'agglomération Estérel Côte d'Azur, ensemble le rejet du recours gracieux de M. A du 30 mars 2022, sont annulés.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Les conclusions d'Estérel Côte d'Azur agglomération au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à Estérel Côte d'Azur agglomération.

Délibéré après l'audience du 1er septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sauton, président,

M. Quaglierini, premier conseiller,

Mme Martin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2023.

Le rapporteur,

signé

B. Quaglierini

Le président,

signé

JF. Sauton

Le greffier,

signé

P. Bérenger

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/ la greffière en chef,

Le greffier,

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