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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2201376

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2201376

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2201376
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantABEILLE & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante : Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 mai 2022 et 6 septembre 2023, M. B A, représenté par Me Britsch-Siri, demande au tribunal : 1°) de condamner la société anonyme (SA) Escota à lui verser une indemnité, ainsi que les intérêts au taux légal à compter du 25 janvier 2022 et la capitalisation de ces intérêts, en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis en raison de l'accident de la route du 19 septembre 2018 ; 2°) d'ordonner une expertise médicale, afin d'évaluer l'intégralité de ses préjudices ; 3°) de mettre à la charge de la SA Escota la somme de 2 500 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens. Il soutient que : - la responsabilité de la SA Escota est engagée, en raison d'un défaut d'entretien de l'ouvrage public excédant ce à quoi peut raisonnablement s'attendre tout conducteur ; - il agit en qualité d'usager d'un ouvrage public qui faisait l'objet de travaux publics ; - la réalité de ses préjudices corporels est établie ; - le défaut d'entretien est la cause directe et certaine de son accident ; - il n'a commis aucune faute à l'origine de son dommage. Par un mémoire en défense, enregistré le 24 avril 2023, la société Escota, représentée par Me Pontier, conclut : 1°) à titre principal, au rejet de la requête ; 2°) à titre subsidiaire, à la désignation d'un expert ; 3°) à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. A, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les dépens. Elle soutient que : - sa responsabilité n'est pas engagée ; - le requérant a commis une faute d'imprudence. Un mémoire présenté par la SA Escota a été enregistré le 18 septembre 2023 et n'a pas été communiqué, en application de l'article R. 611-1 du code de justice administrative. Vu : - les autres pièces du dossier ; - l'ordonnance n° 2000646 du 26 octobre 2021 du juge des référés. Vu le code de justice administrative. Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique : - le rapport de M. Hélayel, conseiller, - les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public, - les observations de Me Gonzalez-Lopez, substituant Me Pontier, représentant la société Escota. Considérant ce qui suit : 1. Le 25 janvier 2022, M. B A a, en vain, adressé une demande indemnitaire à la SA Escota afin d'obtenir la réparation de ses préjudices, à la suite d'une chute intervenue alors qu'il circulait en scooter sur l'autoroute A50, en direction de Marseille. Sur les conclusions indemnitaires : 2. Il appartient à l'usager, victime d'un dommage survenu sur une voie publique, de rapporter la preuve du lien de causalité entre l'ouvrage public et le dommage dont il se prévaut. La collectivité en charge de l'ouvrage public doit alors, pour que sa responsabilité ne soit pas retenue, établir que l'ouvrage public faisait l'objet d'un entretien normal ou que le dommage est imputable à la faute de la victime ou à un cas de force majeure. 3. Il résulte de l'instruction que, le 9 septembre 2018, des travaux de renforcement et de mise en œuvre de la couche de roulement de la chaussée ont eu lieu sur la section courante de l'autoroute A50, situés dans le tunnel de Toulon et aux abords. Ces travaux impliquaient le rabotage de la bande dérasée, de la bande d'arrêt d'urgence ainsi que des voies circulées. Dans ce contexte, la vitesse maximale autorisée, abaissée à 90 km/h, et un accident de la route ont entraîné une densification et un ralentissement du trafic. 4. M. A soutient qu'en raison du rainurage en cours de réalisation, il était difficile pour les usagers circulant en deux-roues de maintenir une circulation rectiligne et que sa roue avant a heurté la bordure de la voie, laquelle présentait une différence de niveau de huit centimètres avec la bande d'arrêt d'urgence. 5. Le procès-verbal du 19 septembre 2018, dressé par les agents de police, mentionne l'absence de balisage pour signaler la différence de niveau ainsi qu'une chaussée fortement dégradée, M. A ayant précisé lors de son audition que celle-ci présentait des imperfections et des trous. Le compte-rendu d'accident de la société Escota fait également état de travaux non balisés. En outre, s'il ressort d'un procès-verbal dressé le même jour, à l'occasion de l'accident subi par un autre usager de l'autoroute à 6 :45, qu'un petit panneau triangulaire positionné sur la bande d'arrêt d'urgence signalait, au niveau du PR 67 500, la présence d'une zone de travaux et d'une chaussée rainurée, ce document précise qu'aucun balisage n'a été mis en place pour signaler la démarcation entre les voies de circulation et la bande d'arrêt d'urgence et qu'un responsable de la société d'autoroute Vinci a reconnu un rainurage non conforme, présentant une dangerosité. Il n'est donc pas établi que les travaux auraient été dûment signalés, notamment à l'aide de cônes, ainsi que le fait valoir la société Escota. 6. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, la société Escota n'apporte pas la preuve qui lui incombe de l'entretien normal de la voie publique. Sa responsabilité est dès lors entièrement engagée à l'égard de M. A, aucune faute d'imprudence imputable à l'intéressé n'étant démontrée. Sur les conclusions tendant à la désignation d'un expert : 7. Aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision. La mission confiée à l'expert peut viser à concilier les parties ". 8. L'état du dossier ne permet pas au tribunal d'apprécier l'étendue des préjudices subis par M. A lors de sa chute, dès lors que celui-ci s'est borné à solliciter une expertise. Dès lors, il y a lieu, avant de statuer sur la requête, d'ordonner une expertise sur ce point.D É C I D E :Article 1er : Il sera, avant de statuer sur la requête de M. A, procédé par un expert, désigné par la présidente du tribunal, à une expertise avec mission de : 1) prendre connaissance du dossier médical de M. A en se faisant communiquer tous les documents et pièces nécessaires à la bonne exécution de sa mission ; 2) procéder à son examen et décrire son état de santé actuel et son état de santé antérieur à l'accident du 19 septembre 2018 ; 3) indiquer précisément les séquelles en relation directe et exclusive avec la chute ; 4) préciser la date de consolidation ; 5) évaluer la durée du déficit fonctionnel temporaire partiel ou total, le taux de déficit fonctionnel permanent et ses répercussions sur les conditions d'existence de M. A, notamment sur le plan professionnel, l'importance des souffrances endurées, le préjudice esthétique, le préjudice d'agrément et le préjudice sexuel ainsi que tout autre élément de nature à permettre au tribunal de se prononcer sur les préjudices subis par M. A du fait de la chute ;Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il prêtera serment par écrit devant la greffière en chef du tribunal. L'expert déposera son rapport au greffe du tribunal en deux exemplaires et en notifiera copie aux parties dans le délai fixé par la présidente du tribunal dans sa décision le désignant.Article 3 : L'expertise sera réalisée au contradictoire de M. A, de la SA Escota et de la MSA Provence Azur.Article 4 : Les frais d'expertise sont réservés pour y être statué en fin d'instance.Article 5 : Tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement, sont réservés jusqu'en fin d'instance.Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la SA Escota.Copie en sera adressée à la MSA Provence Azur.Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :M. Philippe Harang, président, M. Zouhaïr Karbal, conseiller,M. David Hélayel, conseiller. Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024. Le rapporteur,SignéD. HELAYEL Le président, Signé Ph. HARANGLa greffière,SignéF. POUPLY La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.Pour expédition conforme,La greffière.2N° 2201376

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