Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2201382

jeudi 4 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2201382
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre - Juge Unique

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 23 mai 2022 et 29 mai 2024, M. C, représenté par Me Dragone, demande au tribunal de :

- annuler la décision implicite de rejet en date du 28 avril 2022, ensemble la décision du 9 février 2022 contestée par recours gracieux ;

- enjoindre au Préfet de Loire Atlantique et au CERT EPE DE NANTES de procéder à l'échange de son permis de conduire Nigérien au profit d'un permis français avec un solde de 12 points et ce dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir et ce sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

- enjoindre à l'Etat de procéder à l'annulation de ses empreintes et données personnelles partout où elles sont stockées avec preuve de suppression notamment du fichier automatisé des empreintes digitales et toutes autres archives ;

- condamner l'Etat à lui verser la somme de 2000 euros en application de l'article L.761- 1 du Code de Justice Administrative

Il soutient que :

- les décisions incriminées sont insuffisamment motivées en fait ;

- ces décisions sont entachées d'erreur de fait dès lors que :

* il apporte au débat une attestation d'authenticité de son permis de conduire ;

* le rapport des services de police qui a procédé à la vérification de l'authenticité de son permis de conduire ne lui a pas été transmis et n'apporte par ailleurs aucune précision sur la teneur des anomalies relevées susceptibles d'entacher la conformité de son titre, faisant ainsi obstacle à ce qu'il puisse utilement en contester le bien-fondé ;

- ces décisions sont en outre entachées d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il a produit suffisamment d'éléments démontrant qu'il bénéficie d'un permis de conduire authentique.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 septembre 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union Européenne, ni à l'Espace économique européen ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Harang, vice-président, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Harang, magistrat délégué, a été entendu à l'audience, les parties n'étant, ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B demande l'annulation de la décision du 9 février 2022 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de procéder à l'échange de son permis de conduire nigérien contre un permis français, ensemble la décision du 28 avril 2022 rejetant son recours gracieux.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration relatif à la motivation des actes administratifs applicable en l'espèce : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". En indiquant que l'examen du permis de conduire présenté à l'échange, effectué avec le concours d'un service de police spécialisé, a fait ressortir que celui-ci ne répond pas aux caractéristiques principales de fabrication et de sécurisation des permis de conduire provenant du Niger, que le document analysé présente de nombreuses différences avec le document authentique de même modèle, notamment que le fond d'impression et les mentions pré-imprimées ne sont pas conformes et qu'il s'agit d'une contrefaçon, le préfet de la Loire-Atlantique a suffisamment motivé en fait sa décision. Par ailleurs, lorsqu'une autorité administrative se borne à rejeter un recours gracieux exercé contre sa décision initiale, régulièrement motivée, refusant l'échange d'un permis de conduire contre un titre de circulation français, la décision prise sur recours gracieux n'a pas à comporter de motivation particulière et ne peut, dès lors, être regardée comme intervenue en violation des dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aucune disposition législative ou règlementaire, ni aucun principe général du droit n'impose la communication du rapport des services spécialisés en fraude documentaire de la police aux frontières par l'administration en l'absence de demande en ce sens. Le requérant n'établit pas avoir formulé une telle demande de communication préalablement à la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

4. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 222-3 du code de la route : " Tout permis de conduire national, en cours de validité, délivré par un État ni membre de la Communauté européenne, ni partie à l'accord sur l'Espace économique européen, peut être reconnu en France jusqu'à l'expiration d'un délai d'un an après l'acquisition de la résidence normale de son titulaire. Pendant ce délai, il peut être échangé contre le permis français, sans que son titulaire soit tenu de subir les examens prévus au premier alinéa de l'article R. 221-3. Les conditions de cette reconnaissance et de cet échange sont définies par arrêté du ministre chargé des transports () ".

5. D'autre part, aux termes de l'article 1 de l'arrêté du 12 janvier 2012 : " Tout permis de conduire délivré régulièrement au nom d'un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen est reconnu comme valable en France et peut être échangé contre un permis français de la (ou des) catégorie(s) équivalente(s) lorsque les conditions définies ci-après sont remplies. () ". Aux termes de l'article 7 du même arrêté : " A. - Avant tout échange, l'autorité administrative compétente s'assure de l'authenticité du titre de conduite et, en cas de doute, de la validité des droits. / B. - Pour vérifier l'authenticité du titre de conduite, l'autorité administrative compétente sollicite, le cas échéant, l'aide d'un service spécialisé dans la détection de la fraude documentaire. / C. - Si l'authenticité du titre de conduite est établie, celui-ci peut être échangé sous réserve de satisfaire aux autres conditions. / D - Néanmoins, quand bien même l'authenticité du titre de conduite est établie, l'autorité administrative compétente peut, avant de se prononcer sur la demande d'échange, en cas de doute selon les informations dont elle dispose, consulter l'autorité étrangère ayant délivré le titre afin de s'assurer des droits de conduite de son titulaire. () / E.-Si le caractère frauduleux du titre est établi, l'échange n'a pas lieu et le titre est retiré par l'autorité administrative compétente, qui saisit le procureur de la République en le lui transmettant ". Au regard de ces dispositions, il appartient au préfet de refuser l'échange si l'authenticité du titre présenté n'est pas suffisamment établie. L'intéressé peut, lors de l'instruction de sa demande par l'administration comme à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision refusant l'échange pour défaut d'authenticité du titre, apporter la preuve de son authenticité par tout moyen présentant des garanties suffisantes.

6. Il résulte des dispositions de l'article 7 de l'arrêté du 12 janvier 2012 précité qu'en cas de doute sur l'authenticité du titre dont l'échange est demandé, le préfet fait procéder à son analyse avec l'aide d'un service spécialisé en fraude documentaire et peut compléter son analyse en consultant par la voie diplomatique l'autorité étrangère qui a délivré le titre. Le préfet ne se trouve dans l'obligation de solliciter par la voie diplomatique, auprès des autorités qui l'ont délivré, un certificat d'authenticité du permis dont l'échange est demandé que dans l'hypothèse où existe et subsiste un doute sur l'authenticité du titre de conduite étranger. En revanche, lorsque les services préfectoraux ont acquis la certitude de l'absence d'authenticité de ce titre de conduite, notamment après analyse par des services techniques français, le préfet peut rejeter la demande d'échange sans procéder à cette vérification auprès des autorités qu'ils l'ont délivré.

7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que pour rejeter la demande présentée par M. B, le préfet de la Loire-Atlantique s'est fondé sur le rapport d'analyse de la division de l'expertise en fraude documentaire et à l'identité de la direction centrale de la police aux frontières. Ce rapport indique que le document présenté comme titre de conduite était falsifié. Par suite, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le préfet n'était pas tenu, dans les circonstances de l'espèce, au vu des résultats précis de l'analyse des services techniques dépourvus de toute d'ambiguïté sur le caractère contrefait du document présenté par le requérant, de consulter les autorités nigériennes pour compléter son analyse.

8. Par ailleurs, si M. B produit à l'appui de sa requête une attestation d'authenticité, traduite en français, ce seul document, à supposer son authenticité établie, ne saurait suffire à lui seul à mettre en cause les constatations précitées sur lesquels s'est fondé le préfet de la Loire-Atlantique pour rejeter sa demande.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée sans qu'il soit besoin de statuer sur sa recevabilité, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C et au préfet de la Loire-Atlantique.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

Ph. HARANG

La greffière,

Signé

A.CAILLEAUX

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,00