mardi 21 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2201430 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre - Juge Unique |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 mai 2022, Mme A D, représentée par la SELARL Luguet - Da Costa agissant par Me Da Costa, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision de la direction générale des finances publiques du Var du 7 mars 2022 rejetant sa demande de dégrèvement de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2020 à raison des locaux à usage d'habitation dont elle est propriétaire au sein de l'immeuble " La Grande Plaine I ", situé au 427 boulevard des Armaris, à Toulon ;
2°) de prononcer la réduction, dans la limite d'un montant de 30 064,92 euros, de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2020 à raison des locaux à usage d'habitation dont elle est propriétaire au sein de l'immeuble " La Grande Plaine I ", situé au 427 boulevard des Armaris, à Toulon ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- contrairement à ce que fait valoir l'administration fiscale, sa réclamation postée le 31 décembre 2021 est recevable dés lors qu'elle a été présentée dans les délais requis par l'article R* 196-2 du livre des procédures fiscales ;
- l'absence de location des logements composant cet ensemble immobilier résulte de l'insécurité, des trafics en tout genre, des incivilités, du vandalisme et des intrusions forcées affectant ces immeubles alors que des efforts sont déployés pour les remettre en location ; par ailleurs, les logements concernés ne peuvent être remis en état qu'au prix de travaux importants, certains étant murés ; dès lors, elle est en droit de bénéficier du dégrèvement de la taxe foncière sur les propriétés bâties sur le fondement de l'article 1389 du code général des impôts ;
- la vacance des logements du bâtiment B1 objets de la taxe en litige est totalement indépendante de sa volonté ;
- en vertu du principe de cohérence, les circonstances qui ont justifié les décisions de dégrèvement pour les années 2013, 2014 et 2015 auraient dû conduire à une même décision de dégrèvement de la cotisation de taxe foncière pour l'année 2020 ;
- l'administration fiscale a commis une erreur manifeste d'appréciation et de droit dans l'évaluation de sa situation.
Par un mémoire en défense enregistré le 24 novembre 2022, le directeur départemental des finances publiques du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Hamon pour exercer les fonctions de magistrat prévues par les dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Hamon a été entendu au cours de l'audience publique du
22 avril 2024 lors de laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D est propriétaire de locaux à usage d'habitation situés au sein de l'immeuble " La Grande Plaine I ", au 427 boulevard des Armaris, à Toulon. Par la présente requête, elle demande au tribunal de prononcer la réduction, pour un montant de 30 064,92 euros, de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2020 à raison de ces locaux.
Sur les conclusions à fin de réduction :
2. Aux termes des dispositions de l'article 1415 du code général des impôts : " La taxe foncière sur les propriétés bâties, la taxe foncière sur les propriétés non bâties et la taxe d'habitation sont établies pour l'année entière d'après les faits existants au 1er janvier de l'année de l'imposition ". Aux termes du I de l'article 1389 du même code : " Les contribuables peuvent obtenir le dégrèvement de la taxe foncière en cas de vacance d'une maison normalement destinée à la location ou d'inexploitation d'un immeuble utilisé par le contribuable lui-même à usage commercial ou industriel, à partir du premier jour du mois suivant celui du début de la vacance ou de l'inexploitation jusqu'au dernier jour du mois au cours duquel la vacance ou l'inexploitation a pris fin. Le dégrèvement est subordonné à la triple condition que la vacance ou l'inexploitation soit indépendante de la volonté du contribuable, qu'elle ait une durée de trois mois au moins et qu'elle affecte soit la totalité de l'immeuble, soit une partie susceptible de location ou d'exploitation séparée ". Il résulte de ces dispositions que le contribuable qui prétend obtenir le bénéfice de la décharge des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties doit apporter la preuve que l'immeuble était destiné à la location à usage d'habitation, qu'il a accompli toutes diligences en vue de permettre cette location, et que la vacance est indépendante de sa volonté. Par ailleurs, le caractère involontaire de la vacance s'apprécie eu égard aux circonstances dans lesquelles cette vacance est intervenue et aux démarches accomplies par le propriétaire, selon les possibilités qui lui étaient offertes, en fait comme en droit, pour la prévenir ou y mettre fin.
3. Pour justifier de ce que la vacance des logements en litige serait indépendant de sa volonté, la requérante produit à l'appui de ses écritures un tableau détaillant les durées de vacance de ses appartements et le montant du dégrèvement sollicité au titre de chacun d'entre eux, sans que toutefois, il soit précisé pour chaque appartement ni les mesures prises pour le louer ni les circonstances particulières ayant entraîné la vacance de celui-ci, sans qu'elle puisse y remédier, alors que plus de la moitié des autres biens lui appartenant, pourtant situés dans le même ensemble immobilier et affectés par les mêmes problèmes de sécurité, ont trouvé des locataires. Par ailleurs, la production d'une simple attestation de M. B C du 22 août 2019, en sa qualité de prestataire de service ayant le pouvoir de réaliser toutes démarches relatives à la location des biens appartenant à Mme D situés au sein de l'ensemble immobilier " La Grande Plaine I, et faisant état des difficultés pour trouver des locataires malgré de multiples diligences, n'est pas en l'espèce suffisant pour justifier des mesures prises pour permettre la location des biens litigieux en l'absence de toute précision sur les démarches accomplies à ce titre. Par suite, s'il n'est pas contesté que le secteur dans lequel se situent les logements en cause, rencontre des désordres sécuritaires et que certains logements ont été squattés, les difficultés rencontrées par la requérante dans la gestion de ses biens ne peuvent être regardées comme des circonstances indépendantes de la volonté du propriétaire au sens du I de l'article 1389 du code général des impôts. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'administration fiscale aurait fait une inexacte appréciation de sa situation et commis une erreur de droit en rejetant sa demande de dégrèvement.
4. Enfin, la circonstance que l'administration fiscale a prononcé le dégrèvement des cotisations de taxe annuelle sur les logements vacants auxquelles Mme D avait été assujettie au titre des années 2013, 2014 et 2015 n'emporte en elle-même aucune conséquence sur le bien-fondé des cotisations exigées au titre de l'année 2020.
5. Il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander la réduction de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties en litige.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative :
6. Aucun dépens n'ayant été exposé au cours de l'instance, les conclusions présentées à ce titre par la requérante ne peuvent en tout état de cause qu'être rejetées.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande la requérante au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et au directeur départemental des finances publiques du Var.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mai 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
L. HAMON
La greffière,
Signé
E. PERROUDON
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
La greffière.
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