jeudi 31 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2201582 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre - Juge Unique |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, et un mémoire, enregistrés les 14 juin et 5 décembre 2022, M. B C, représenté par Me Carlhian, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 février 2022 portant suspension de son permis de conduire pour une durée de 12 mois, ensemble la décision du 16 avril 2022 portant rejet de son recours gracieux
2°) d'enjoindre au préfet du Var de lui restituer son permis de conduire ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Il soutient que :
- La décision litigieuse ne présente pas le nom, le prénom et la qualité de l'auteur de l'acte. Ainsi et en l'absence d'une délégation régulière et l'absence de nom et de prénom de son auteur, la décision litigieuse a été signée par une autorité incompétente.
- En l'absence d'infraction au Code de la route et de toutes poursuites pénales, le sous-préfet ne pouvait valablement estimer que la situation présentait un caractère d'urgence le dispensant de conduire une procédure contradictoire.
- L'établissement d'un procès-verbal régulier est la condition sine qua non pour que la suspension administrative du permis de conduire puisse être prononcée.
- Il n'a pas méconnu les règles de croisement, de dépassement, d'intersection et de priorités de passage. Par conséquent, dès lors qu'il n'a pas commis d'infraction, la décision contestée est entachée d'une erreur de droit.
- Son relevé d'information intégral vise des infractions pour excès de vitesse remontant aux années 2015 à 2017, et une unique infraction d'octobre 2021. Ces seules infractions pour excès de vitesse ne caractérisent pas un danger tel pour la sécurité des personnes ou de lui-même nécessitant de suspendre le permis de conduire. Par ailleurs, ce n'est pas sur le fondement d'un solde de point insuffisant que la décision litigieuse a été prise. Partant, la décision, entachée d'une erreur d'appréciation.
Par deux mémoires en défense, enregistré le 17 octobre 2022 et 2 janvier 2023, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Harang, vice-président, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. Harang, magistrat délégué, a été entendu à l'audience, les parties n'étant, ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 2 février 2022, le préfet du Var a prononcé, sur le fondement de l'article L. 224-2 du code de la route, la suspension du permis de conduire de M. B C pour une durée de douze mois, au motif que celui-ci avait été impliqué dans un accident de la circulation ayant causé le décès d'une personne.
Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :
En ce qui concerne la légalité externe :
2. D'une part, par l'effet des articles 10, 9, 8, 7 de l'arrêté n° 2021/29/MCI du
27 mai 2021 et les dispositions du g du I de l'article 2 de cet arrêté, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Var le 27 mai 2021, le préfet du Var a donné délégation à l'effet de signer, en cas d'empêchement de M. A D, sous-préfet de l'arrondissement de Draguignan, les décisions de suspension administrative du permis de conduire à M. Alain Passeron, secrétaire administratif, adjoint au chef du bureau de l'administration et de la réglementation générale de la sous-préfecture de Draguignan. Il ne ressort pas des pièces du dossier que cette délégation aurait été abrogée ou retirée à la date de la décision attaquée. Il ne ressort pas plus des pièces du dossier que le numéro 111 daté du 27 mai 2021 du recueil des actes administratifs de la préfecture du Var n'a pas été publié à cette date et aucun commencement de preuve n'est avancé pour remettre en cause la sincérité de cette date de publication ou sa régularité. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision en litige a été prise par une autorité incompétente ne peut être accueilli.
3. D'autre part, aux termes, d'une part, de l'article L. 121-1 du code des relations du public avec l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ; () ". Enfin, les modalités de la procédure contradictoire applicables aux décisions mentionnées à l'article L. 211-2 sont définies à l'article L. 122-1 du même code selon lequel : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. () ". La suspension d'un permis de conduire est une mesure de police qui doit être motivée en application de l'article L. 211-2 du même code. L'article L. 224-1 du code de la route prévoit à son 6° que les officiers et agents de police judiciaire procèdent à la rétention à titre conservatoire d'un permis de conduire, " En cas d'accident de la circulation ayant entraîné la mort d'une personne ou ayant occasionné un dommage corporel, lorsqu'il existe une ou plusieurs raisons plausibles de soupçonner que le conducteur a commis une infraction en matière d'usage du téléphone tenu en main, de respect des vitesses maximales autorisées ou des règles de croisement, de dépassement, d'intersection et de priorités de passage "
4. Compte tenu des conditions particulières d'urgence dans lesquelles intervient la décision par laquelle l'autorité préfectorale suspend un permis de conduire sur le fondement de l'article L. 224-2 du code de la route, le préfet peut légalement, en application du 1° de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration cité ci-dessus, se dispenser de cette formalité. Les circonstances de l'accident dans lequel le requérant a été impliqué, étaient de nature à faire regarder le conducteur comme représentant un danger grave et immédiat pour la sécurité des usagers de la route et pour lui-même. Compte tenu de ce danger grave et immédiat, le préfet du Var a pu se dispenser de la formalité prévue aux dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de l'absence de procédure contradictoire préalable doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité interne :
5. M. C soutient qu'il ne représente pas un danger grave et immédiat pour la sécurité des usagers de la route, de ses éventuels passagers et de lui-même. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment du rapport administratif dressé le 29 mars 2022 par la gendarmerie nationale de Lorgues, que le requérant a engagé une manœuvre de demi-tour sans s'assurer que celle-ci pouvait être réalisée sans danger pour les autres automobilistes, provoquant une collision avec une moto, faisant perdre le contrôle au motard qui a glissé sur le sol et percuté un obstacle fixe. Eu égard à la dangerosité du comportement de M. C et aux conséquences dramatiques de cet accident, le sous-préfet de Draguignan n'a ni entaché sa décision d'une erreur de fait ou d'une erreur manifeste d'appréciation, ni pris une décision manifestement disproportionnée, en fixant à douze mois la durée de suspension de la validité du permis de conduire du requérant. En outre, la circonstance que la suspension n'ait pas été précédée d'un procès-verbal d'infraction est sans influence sur la légalité de la décision incriminée dès lors que les gendarmes intervenus sur l'accident ont considéré qu'il existait une ou plusieurs raisons plausibles de soupçonner que le conducteur avait commis une infraction en matière de respect des règles de croisement, de dépassement, d'intersection et de priorités de passage. Par suite, les moyens doivent être écartés.
6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées et, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.
Sur les frais liés au litige :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet du Var.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
Ph. HARANG
La greffière,
Signé
F. POUPLY
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026