jeudi 30 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2201596 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 juin 2022, M. A B, représenté par
Me Makhlouf, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet du 18 décembre 2021 par laquelle le préfet du Var a rejeté sa demande tendant à l'indemnisation du préjudice résultant de la faute de l'Etat ;
2°) d'annuler la décision implicite de rejet du 17 avril 2022 par laquelle le préfet du Var a rejeté son recours administratif préalable contre le refus de sa demande indemnitaire ;
3°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 26 100 euros, en réparation du préjudice subi du fait d'une incarcération injustifiée ;
4°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 4 200 euros en réparation du préjudice financier résultant de l'absence de restitution de fonds saisis et non confisqués ;
5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la responsabilité de l'Etat est établie dès lors qu'il a effectué 261 jours de détention injustifiée et que ce préjudice doit être réparé à hauteur d'un montant total de 26 000 euros ;
- l'Etat a commis une faute dès lors que la somme de 4 200 euros ne lui a pas été restituée.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 février 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la juridiction administrative est incompétente dès lors que la demande indemnitaire est fondée sur divers préjudices résultant d'actes d'incarcération et de saisie intervenus au cours d'une procédure pénale dont la compétence pour statuer sur ce litige relève exclusivement de la compétence de l'autorité judiciaire.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 octobre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la décision du tribunal des conflits n° 01420 du 27 novembre 1952 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Karbal, conseiller,
- et les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B a été condamné le 9 mars 2012 par le tribunal correctionnel de Toulon à une peine d'emprisonnement avec sursis dont la portion ferme n'a pas été mise à exécution immédiatement. Le 24 mai 2013, la même juridiction l'a condamné à nouveau pour des faits distincts, ce qui a conduit à la révocation de son sursis simple accordé le 9 mars 2012. Le
8 décembre 2014, le tribunal correctionnel de Toulon a fait droit à sa requête en dispense totale de révocation de sursis simple. Enfin, dans le cadre de sa première condamnation au stade de l'instruction avaient été saisis des fonds, à savoir une somme d'argent d'un montant de 4 200 euros, mais aucune confiscation n'avait été prononcée. M. B en avait sollicité la restitution auprès du parquet de Toulon, mais celui-ci n'y avait pas fait droit au motif que la confiscation prononcée par le jugement du 24 mai 2013 au moment de sa seconde condamnation était définitive. Le requérant a saisi le préfet du Var d'une demande préalable tendant d'une part à l'indemnisation du préjudice qui serait lié à l'incarcération qu'il aurait effectuée en exécution du sursis révoqué le
24 mai 2013 alors qu'il en aurait été dispensé le 8 décembre 2014, et d'autre part à la restitution de la somme de 4 200 euros saisie et non restituée malgré l'absence de confiscation prononcée.
2. D'une part, si, aux termes de l'article L. 141-1 du code de l'organisation judiciaire, " L'Etat est tenu de réparer le dommage causé par le fonctionnement défectueux du service de la justice ", les actes intervenus au cours d'une procédure judiciaire ou se rattachant directement à celle-ci ne peuvent être appréciés soit en eux-mêmes soit dans leurs conséquences que par l'autorité judiciaire. D'autre part, il n'appartient pas à la juridiction administrative de connaître des litiges relatifs à la nature et aux limites d'une peine infligée par une juridiction judiciaire et dont l'exécution est poursuivie à la diligence du ministère public.
3. En premier lieu, si M. B soutient qu'il a fait l'objet d'une détention arbitraire, dès lors qu'il n'a été libéré que le 26 décembre 2014 alors que, selon lui, il aurait dû l'être dès le 5 avril 2014, selon les termes de sa requête, cette contestation ne se rapporte pas au fonctionnement administratif du service pénitentiaire. Dès lors, conformément aux principes rappelés au point 2 du présent jugement, il n'appartient pas à la juridiction administrative d'en connaître.
4. En second lieu, M. B demande au tribunal de condamner l'Etat à lui indemniser le préjudice résultant de la saisie intervenue au cours d'une procédure pénale dont il a fait l'objet. Toutefois, cette contestation, dont l'exécution est poursuivie à la diligence du ministère public, ne relève pas davantage de la compétence de la juridiction administrative.
5. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B, ainsi que le fait valoir à juste titre en défense le garde des sceaux, ministre de la justice, doit être rejetée comme portée devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L.761-1 du code de justice administrative :
6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que les sommes demandées à ce titre par M. B soient mises à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée comme portée devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au garde de sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 7 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Philippe Harang, président,
M. Zouhaïr Karbal, conseiller,
M. David Hélayel, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.
Le rapporteur,
Signé
Z. KARBAL
Le président,
Signé
Ph. HARANGLa greffière,
Signé
F. POUPLY
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026