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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2201602

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2201602

lundi 21 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2201602
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 juin 2022, M. A B, représenté par

Me Massa, demande au tribunal de :

1°) condamner la commune de Saint-Raphaël à l'indemniser des préjudices liés à sa chute sur la voie publique le 5 août 2021 à hauteur de 10 000 euros ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Raphaël la somme de 4 000 euros au titre des frais liés au litige en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le 5 août 2021, il a été victime d'une chute causée par une bordure en béton de

5 centimètres qui se trouvait en léger retrait par rapport au trottoir situé sur le boulevard Raymond Poincaré sur le territoire de la commune de Saint-Raphaël ;

- la responsabilité pour défaut d'entretien normal de l'ouvrage public de la commune de Saint-Raphaël est engagée ;

- il appartient à la commune de justifier d'un entretien normal de la voie publique ;

- la chute lui a causé d'importantes blessures ;

- l'ensemble de ses préjudices extrapatrimoniaux doivent être réparés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 décembre 2022, la commune de Saint-Raphaël conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Karbal, rapporteur,

- et les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Le 5 août 2021, vers 14h30, alors qu'il circulait sur le boulevard Raymond Poincaré situé sur la commune de Saint-Raphaël, M. B a emprunté un passage piéton provisoire pour accéder au trottoir d'en face et a chuté sur l'ancienne bordure du trottoir. Par un courrier du 8 mars 2022, M. B a formé une demande préalable d'indemnisation auprès de la commune de Saint-Raphaël, laquelle a fait l'objet d'une décision implicite de rejet.

Sur la responsabilité pour défaut d'entretien normal de l'ouvrage public :

2. D'une part, il appartient à l'usager d'un ouvrage public qui demande réparation d'un préjudice qu'il estime imputable à cet ouvrage de rapporter la preuve de l'existence d'un lien de causalité entre le préjudice invoqué et l'ouvrage. Le maître de l'ouvrage ne peut être exonéré de l'obligation d'indemniser la victime qu'en rapportant, à son tour, la preuve soit de l'entretien normal de l'ouvrage, soit que le dommage est imputable à une faute de la victime ou à un cas de force majeure.

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 113-1 du code de la voirie routière : " Les règles relatives au droit de placer en vue du public des indications ou signaux concernant la circulation sont fixées par l'article L. 411-6 du code de la route, ci-après reproduit : Art. L. 411-6. - Le droit de placer en vue du public, par tous les moyens appropriés, des indications ou signaux concernant, à un titre quelconque, la circulation n'appartient qu'aux autorités chargées des services de la voirie. " Aux termes de l'article L. 411-1 du code de la route : " Les règles relatives aux pouvoirs de police de la circulation routière dévolus au maire dans la commune () sont fixées par les articles L. 2213-1 à L. 2213-6 du code général des collectivités territoriales. " Aux termes de l'article L. 2213-1 du code général des collectivités territoriales : " Le maire exerce la police de la circulation sur les routes nationales, les routes départementales et l'ensemble des voies publiques ou privées ouvertes à la circulation publique à l'intérieur des agglomérations, sous réserve des pouvoirs dévolus au représentant de l'Etat dans le département sur les routes à grande circulation. ".

4. Pour rechercher la responsabilité de la commune de Saint-Raphaël, le requérant soutient que la bordure du trottoir n'a pas été lissée ou arasée et que cet obstacle ne faisait l'objet d'aucun signalement.

5. Il résulte de l'instruction que la chute dont M. B a été victime le 5 août 2021 à 14h30 s'est produite alors que l'intéressé s'apprêtait, au niveau du boulevard Raymond Poincaré, à traverser la chaussée en empruntant un passage piéton provisoire, lequel avait été installé en raison d'un chantier de construction d'un immeuble. Il peut être tenu pour établi, au vu du rapprochement entre les photographies produites, les indications fournies par l'intéressé et l'attestation produite au débat, que l'accident de M. B est imputable à une dénivellation de l'ancienne bordure du trottoir qui délimite l'espace planté laquelle se superposait à environ dix centimètres en retrait de la bordure du trottoir. La commune de Saint-Raphaël, maîtresse de l'ouvrage public, en se bornant essentiellement à faire valoir que l'obstacle supérieur à 5 cm de hauteur n'excédait pas ceux que les usagers de la voie publique doivent normalement s'attendre à rencontrer, ne justifie pas avoir entrepris la moindre action pour traiter cette défectuosité ni même avoir signalé ce danger aux usagers. Aussi, dans les circonstances de l'espèce, l'état du trottoir le jour de l'accident rendait nécessaire une signalisation ou un dispositif de protection et, en leur absence, la commune de Saint-Raphaël doit être tenue pour responsable des dommages dont M. B demande réparation.

6. Il est vrai que la chute de M. B est survenue en plein jour, à un endroit qui est connu de lui. Il n'a pas ainsi fait preuve de la prudence requise pour traverser et a donc commis une inattention fautive en butant sur un obstacle.

7. Compte tenu de la dangerosité et de la défectuosité persistante affectant ce trottoir sans qu'aucune mesure ne soit entreprise par le gestionnaire pour y remédier ou le signaler, la chute de M. B est également imputable à l'inaction de la commune de Saint-Raphaël qui ne peut pas se soustraire à toute responsabilité au prétexte que l'intéressé connaissait les lieux, sauf à contraindre les usagers, y compris avertis, à regarder en permanence leurs pieds pour prévenir une chute. Aussi, la faute de la victime n'est de nature à exonérer partiellement la commune de Saint-Raphaël de sa responsabilité.

8. Dans les circonstances de l'espèce, le dommage doit être regardé comme étant partiellement imputable à une imprudence fautive du requérant, à hauteur d'un tiers. Il sera fait une juste appréciation des préjudices extra-patrimoniaux subis par le requérant en les fixant à la somme de 3 000 euros

9. Il résulte de tout ce qui précède que la commune de Saint-Raphaël doit être condamnée à verser la somme de 3 000 euros à M. B.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Saint-Raphaël la somme de 1 500 euros à verser à M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Les conclusions de la commune de Saint-Raphaël présentées sur ce fondement sont rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La commune Saint-Raphaël est condamnée à verser à M. B la somme de

3 000 euros.

Article 2 : La commune de Saint-Raphaël versera à M. B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de la commune de Saint-Raphaël présentées sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Saint-Raphaël.

Délibéré après l'audience du 2 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Philippe Harang, président,

M. Zouhaïr Karbal, conseiller,

Mme Malthilde Montalieu, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024.

Le rapporteur,

Signé

Z. KARBAL

Le président,

Signé

Ph. HARANG

La greffière,

Signé

F. POUPLY

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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