lundi 10 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2201727 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | LEXCASE SOCIETE D'AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 1er juillet 2022, 29 février 2024, 2 août 2024 et 1er octobre 2024, la société par actions simplifiée (SAS) Travaux du midi, en sa qualité de mandataire du groupement formé avec les sociétés Léon Grosse et Renaudat centre constructions, représentée par Me Apelbaum, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner la métropole Toulon Provence Méditerranée (TPM) à lui verser la somme de 3 515 773,25 euros hors taxes (HT), ainsi que les intérêts moratoires calculés au taux fixé par le marché, à compter de la date de réception de sa réclamation et la capitalisation de ces intérêts, en règlement du solde du décompte général et définitif du marché de travaux conclu le
20 février 2017 ;
2°) de mettre à la charge de la métropole TPM la somme de 3 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le maître de l'ouvrage a commis trois fautes, de nature à engager sa responsabilité contractuelle ;
- elle a subi des préjudices qui n'ont pas fait l'objet d'une indemnisation contractuelle.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 26 octobre 2023, 21 juin 2024 et 3 septembre 2024, la métropole TPM, représentée par Me Charrel, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la SAS Travaux du Midi, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable, dès lors que la requérante ne justifie pas de sa qualité pour agir ; qu'elle est frappée de forclusion ;
- les pièces n° 6 à 65 doivent être écartées des débats ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux modifié ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Hélayel, conseiller,
- les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public,
- les observations de Me Bonaiuto, substituant Me Apelbaum, représentant la SAS Travaux du midi,
- les observations de Me Pelissier, substituant Me Charrel, représentant la métropole TPM.
Considérant ce qui suit :
1. La communauté d'agglomération Toulon Provence Méditerranée (TPM), en groupement de commandes avec la commune de Toulon et la chambre de commerce et d'industrie du Var, a lancé une procédure d'appel d'offres ouvert, pour la conclusion d'un marché public de travaux, en vue de la construction du quartier de la créativité et de la connaissance, situé sur le territoire de la commune de Toulon. Par un acte d'engagement du
10 février 2017, le marché n° 22RL17-17321 de gros œuvre, de terrassement et de charpente métallique a été confié au groupement solidaire constitué des sociétés Travaux du midi Var, mandataire, Leon Grosse et Renaudat centre constructions, cotraitants, pour un montant de
8 844 000 euros toutes taxes comprises (TTC). Les travaux ont été réceptionnés avec réserves le 16 décembre 2020, lesquelles ont été levées le 17 février 2021. Par un courrier du 3 février 2021, le groupement titulaire a adressé son projet de décompte final, pour un montant total de
14 131 655,32 euros, dont une somme de 3 559 493,997 euros au débit de la métropole TPM. Le 15 novembre 2021, cette dernière a transmis son décompte général et définitif. Par un courrier du 10 février 2021, le groupement a transmis son mémoire en réclamation, lequel est resté sans réponse.
2. Les difficultés rencontrées dans l'exécution d'un marché à forfait ne peuvent ouvrir droit à indemnité au profit de l'entreprise titulaire du marché que dans la mesure où celle-ci justifie soit que ces difficultés ont eu pour effet de bouleverser l'économie du contrat, soit qu'elles sont imputables à une faute de la personne publique, mais pas du seul fait de fautes commises par d'autres intervenants.
3. En premier lieu, aux termes de l'article 2A.0.3 du cahier des clauses techniques particulières (CCTP) applicable au marché en cause : " L'entreprise devra se rendre sur les lieux pour estimer à juste valeur les travaux objet du présent lot ; en particulier, lui sont parfaitement connus : - Le terrain et ses sujétions propres ; Les contraintes relatives aux constructions voisines ; Les modalités d'accès par la voirie et les possibilités et difficultés de circulation et de stationnement ; - Les sujétions des règlements administratifs en vigueur se rapportant à la sécurité sur le Domaine Public ; - Les contraintes relatives aux réseaux existants () ". Aux termes de l'article 2A.0.4. du même cahier : " L'entrepreneur devra durant la période de préparation, établir le repérage de tous les réseaux enterrés existants (avec fouilles complémentaires nécessaires) qui devront être reportés sur le relevé du Géomètre ; il devra la matérialisation des réseaux, étant responsable de toute détérioration qui leur serait occasionnée durant le chantier, il devra leur remise en état. "
4. Aux termes de l'article 6.2 du cahier des clauses administratives particulières (CCAP) applicable au marché en cause : " () Une prolongation des délais sera décidée par le pouvoir adjudicateur lorsque le titulaire du marché constate une différence entre les plans fournis par les exploitants de réseaux et la réalité du sous-sol. Le pouvoir adjudicateur supportera seul les frais de ce retard. Les actions complémentaires non prévues dans le marché initial feront l'objet d'un avenant à la charge du pouvoir adjudicateur. "
5. La société requérante soutient que la maîtrise d'ouvrage a commis une première faute, dès lors que les réseaux présents dans la zone du chantier n'ont pas été déviés préalablement au lancement des travaux, qu'il lui appartenait de prévoir les conditions de leur dévoiement et qu'elle n'a pas suffisamment étudié le terrain, en amont du projet, afin de se conformer à son propre calendrier de travaux.
6. Il résulte de l'instruction que le dossier de consultation des entreprises contenait, à l'annexe 2 du règlement de la consultation, des rapports de sol et un plan des réseaux. Si, les
23 juin et 7 juillet 2017, le conducteur de travaux a sollicité la réalisation d'un dévoiement des réseaux de télécommunications et de gaz, la maîtrise d'œuvre a demandé au groupement titulaire de prendre contact avec les concessionnaires afin d'obtenir des dates d'intervention potentielles et des devis, et de lui transmettre un argumentaire quant à son incapacité à intervenir du fait des réseaux en place. Compte tenu des obligations mises à la charge du titulaire du marché par les articles précités du CCTP, auxquelles il n'est pas établi que la société requérante se serait conformée, les conditions dans lesquelles les réseaux ont été déviés ne sauraient être imputables à une faute du maître de l'ouvrage, aucune obligation d'agir sur les réseaux en cause mise à sa charge ne figurant dans les documents du marché. En outre, si la requérante soutient que les réseaux n'étaient pas positionnés conformément aux plans d'implantation, il résulte en tout état de cause de l'instruction que, par un avenant n° 4, le montant du marché a été augmenté et la durée d'exécution des travaux prolongée jusqu'à la fin de réalisation des travaux, conformément à l'article 6.2 du CCAP. Dans ces conditions, la première faute alléguée par la société requérante n'est pas établie.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 1.12.3.2 du cahier des clauses techniques communes (CCTC) applicable au marché en cause : " La Maîtrise d'Œuvre direction de chantier se réserve le droit de demander à l'entreprise certaines modifications des installations de chantier afin de les rendre compatibles avec les autres opérations aux abords du chantier () ". Aux termes de l'articler 1.13.6 de ce CCTC : " () Les entreprises devront prendre en compte les sujétions relatives à l'exiguïté de l'emprise du chantier. () ". Aux termes de l'article 31 de l'arrêté du 8 septembre 2009 visé ci-dessus : " 31.1.1. Le titulaire se procure, à ses frais et risques, les terrains dont il peut avoir besoin pour ses installations de chantier dans la mesure où ceux que le représentant du pouvoir adjudicateur a mis éventuellement à sa disposition ne sont pas suffisants. / 31.1.2. Le titulaire supporte toutes les charges relatives à l'établissement et à l'entretien de ses installations de chantier, y compris les chemins de service et les voies de desserte du chantier qui ne sont pas ouvertes à la circulation publique. () ".
8. La requérante soutient que si le nord de la rue Chalucet devait être réservé pour les installations de chantier, cette rue a finalement été ouverte à la circulation de tous les véhicules, entraînant le stockage des matériaux au sein même des zones de travail et de nombreuses manutentions.
9. Il résulte de l'instruction qu'un plan d'installation de chantier " de principe ", contenant une zone " livraison stockage " était annexé au CCTC, qu'un plan de circulation modifié a été porté à la connaissance de la requérante par courriel du 5 mai 2017, laquelle a, par courrier du 25 juin 2018, dénoncé le caractère pénalisant des diminutions de l'emprise. Il lui appartenait néanmoins de se procurer les terrains nécessaires à ses frais et risques, conformément à l'ensemble des dispositions et stipulations citées au point 7 du présent jugement. Dès lors, la deuxième faute alléguée par la requérante n'est pas établie.
10. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 1.6.3 du CCTC applicable au marché en cause : " () L'énumération des travaux et leur description, pour précises qu'elles soient, ne peuvent être considérées comme limitatives, non pas en ce qui concerne les ouvrages supplémentaires, qui pourraient être demandés en cours de chantier par le Maître de l'Ouvrage, mais pour tous les travaux nécessaires à une parfaite exécution des ouvrages décrits au présent ou figurés sur les plans. () ". Aux termes de l'article 2B.0.4 du CCTP : " () Les études de fabrication, d'exécution et calculs sont à la charge de l'entreprise qui devra obtenir l'approbation du Maître d'Œuvre, des BET, ainsi que du Bureau de Contrôle. "
11. La requérante soutient que les ratios de ferraillage mentionnés dans les plans du dossier de consultation des entreprises, initialement fixés à 2,45 kg/m², sont erronés, que le ferraillage nécessaire s'est avéré plus important à l'issue des études d'exécution, ce qui a également modifié la méthodologie de mise en œuvre escomptée. Il résulte toutefois de l'instruction que le suivi et l'exécution des opérations de travaux ont été confiés à un maître d'œuvre privé, le maître de l'ouvrage ne pouvant voir sa responsabilité engagée du fait des agissements d'autres intervenants. Par ailleurs, il n'est pas contesté que la nécessité d'augmenter les ratios de ferraillage est la conséquence d'un choix de construction imputable au groupement et avalisé par son bureau d'études. Dans ces conditions, et compte tenu du caractère non limitatif de la description des travaux, mentionné par les stipulations précitées, la requérante n'établit pas qu'une faute dans la conception du marché serait imputable à la maîtrise d'ouvrage.
12. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées par la métropole TPM, que la requête doit être rejetée.
13. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la société Travaux du midi une somme de 2 000 euros, au titre des frais exposés par la métropole TPM et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la SAS Travaux du midi est rejetée.
Article 2 : La SAS Travaux du midi versera à la métropole Toulon Provence Méditerranée une somme de 2 000 euros, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Travaux du midi et à la métropole Toulon Provence Méditerranée.
Délibéré après l'audience du 16 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
M. Philippe Harang, président,
M. Zouhaïr Karbal, conseiller,
M. David Hélayel, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 février 2025.
Le rapporteur,
Signé
D. HELAYEL Le président,
Signé
Ph. HARANG
La greffière,
Signé
F. POUPLY
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026