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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2201833

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2201833

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2201833
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre - Juge Unique
Avocat requérantANDREOZZI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 7 juillet 2022 et 15 mars 2023, la SCI Sud, représentée par Me Andreozzi, demande au tribunal :

- De faire opposition à la contrainte émise par la caisse d'allocations familiales (CAF) du Var le 22 juin 2022, en application des dispositions des articles L. 161-1-5 et R. 133-3 du code de la sécurité sociale à l'encontre de la SCI Le Sud, de payer la somme de 2869 euros, au titre de la créance principale correspondant à des indus d'Allocations de Logement Social (ALS), au titre de la période du 1er novembre 2018 au 31 décembre 2019.

Elle soutient que :

- Elle n'a jamais été destinataire de la mise en demeure du 9 octobre 2020, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 244-2 du code de la sécurité sociale ;

- La demande de la CAF du Var est prescrite en application des dispositions de l'article L. 553-1 alinéa 2 du code de la sécurité sociale, la période des versements indus étant du 1er novembre 2018 au 31 décembre 2019 ; la mise en demeure n'a pas d'effet suspensif et la prescription s'applique ; en l'espèce, pour l'aide au logement, une prescription de deux ans s'applique et non la prescription de droit commun de 5 ans ;

- L'allocation de logement social (ALS) n'est pas au nombre des prestations susceptibles de donner lieu au recouvrement d'un indu par voie de contrainte en application de l'article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale ;

- S'il n'était pas fait droit à sa demande par le tribunal, elle sollicite de pouvoir payer sur une durée de 12 mois.

Par des mémoires en défense enregistrés les 23 janvier 2023 et 19 octobre 2023, la CAF du Var conclut de la requête.

Elle fait valoir que :

- Contrairement à ce qu'indique la SCI Le Sud, la mise en demeure lui a été notifiée par la CAF du Var le 19 octobre 2020 ; suite au paiement effectué le 18 mai 2021, le solde de la créance s'élève à la somme de 2869 euros ;

- L'action en restitution des sommes indûment versées entre les mains du bailleur est soumise à la prescription de droit commun de 5 ans, et non à la prescription de deux ans ; la mise en demeure a interrompu la prescription ;

- L'indu est justifié pour la période du 1er novembre 2018 au 31 décembre 2019 car le bail de M. B a été résilié et la SCI Sud n'a pas déclaré à la CAF du Var cette résiliation, ni qu'elle ne percevait plus les indemnités d'occupation de la part du locataire.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Bailleux, premier conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative, par une décision du 1er septembre 2023.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 mai 2024 :

- le rapport de M. Bailleux, magistrat désigné,

- les observations de Mme A, représentant la CAF du Var.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI Sud a signé un bail de location le 4 septembre 2017 avec M. B, pour un appartement appartenant à la société, et situé au 4 rue Evenos sur la commune de La Seyne-sur-Mer, pour un loyer d'un montant de 430 euros. Le locataire n'ayant pas respecté l'obligation de paiement du loyer, la SCI Le Sud a sollicité la condamnation de M. B aux sommes dues en exécution du bail et l'expulsion du locataire. Le 12 septembre 2018, le tribunal d'instance a ordonné l'expulsion de M. B, et l'a condamné à payer les sommes dues au titre des loyers impayés mais également une indemnité d'occupation. Une mise en demeure a été émise le 9 octobre 2020, que la société SCI Sud indique n'avoir jamais reçu. Une contrainte a été émise le 22 juin 2022, aux fins de récupération de sommes indûment perçues par la SCI Le Sud pour un montant de 2869 euros et pour la période du 1er novembre 2018 au 31 décembre 2019. Dans la présente requête, la SCI Le Sud fait opposition à ladite contrainte de 22 juin 2022.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale : " Pour le recouvrement d'une prestation indûment versée (), le directeur d'un organisme de sécurité sociale peut, dans les délais et selon les conditions fixées par voie réglementaire, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement et confère notamment le bénéfice de l'hypothèque judiciaire ". Aux termes de l'article R. 133-3 du même code : " Si la mise en demeure ou l'avertissement reste sans effet au terme du délai d'un mois à compter de sa notification, le directeur de l'organisme créancier peut décerner la contrainte mentionnée () à l'article L. 161-1-5 (). / Le débiteur peut former opposition par inscription au secrétariat du tribunal compétent dans le ressort duquel il est domicilié ou par lettre recommandée avec demande d'avis de réception adressée au secrétariat dudit tribunal dans les quinze jours à compter de la signification. L'opposition doit être motivée ; une copie de la contrainte contestée doit lui être jointe. ".

3. En outre, selon les dispositions de l'article L. 244-2 du code de la sécurité sociale, " Toute action ou poursuite effectuée en application de l'article précédent ou des articles L. 244-6 et L. 244-8-1 est obligatoirement précédée, si elle a lieu à la requête du ministère public, d'un avertissement par lettre recommandée de l'autorité compétente de l'Etat invitant l'employeur ou le travailleur indépendant à régulariser sa situation dans le mois. Si la poursuite n'a pas lieu à la requête du ministère public, ledit avertissement est remplacé par une mise en demeure adressée par lettre recommandée ou par tout moyen donnant date certaine à sa réception par l'employeur ou le travailleur indépendant. Le contenu de l'avertissement ou de la mise en demeure mentionnés au premier alinéa doit être précis et motivé, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat ".

4. La requérante soutient qu'elle n'a jamais été destinataire de la mise en demeure du 9 octobre 2020. Toutefois, sur ce point, la CAF du Var produit à l'instance la preuve que la mise en demeure du 9 octobre 2020 a bien fait l'objet d'une notification à la SCI Le Sud en date du 19 octobre 2020. La CAF du Var poursuit en faisant valoir que le 18 mai 2021 la SCI Le Sud a effectué un versement et suite à ce remboursement, le solde de la créance a été porté à la somme de 2869 euros, qui est le montant indiqué sur la mise en demeure et sur la contrainte.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " Les aides personnelles au logement ainsi que les primes accordées aux bénéficiaires de ces aides afin qu'ils déménagent pour s'assurer des conditions de logement plus adaptées sont régies par le présent livre. Les aides personnelles au logement comprennent : 1° L'aide personnalisée au logement ; 2° Les allocations de logement : a) L'allocation de logement familiale ; b) L'allocation de logement sociale ". En outre, aux termes de l'article L. 821-7 du même code : " L'action pour le paiement de l'aide personnelle au logement et pour le recouvrement des sommes indûment payées se prescrit dans les conditions prévues à l'article L. 553-1 du code de la sécurité sociale. / () ", lequel, dans sa rédaction applicable au litige, dispose que : " L'action de l'allocataire pour le paiement des prestations se prescrit par deux ans. / Cette prescription est également applicable à l'action intentée par un organisme payeur en recouvrement des prestations indûment payées, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausse déclaration. ".

6. Il résulte des dispositions citées au point précédent que l'action en recouvrement d'un indu d'ALS se prescrit dans le délai de deux ans prévu par l'article L. 835-3 du code de la sécurité sociale aujourd'hui codifié à 'article L. 821-7 du code de la construction et de l'habitation et non dans le délai de cinq ans prévu par l'article 2224 du code civil, sauf en cas de fraude ou de fausse déclaration auquel cas s'applique, à compter de leur découverte, le délai de cinq ans.

7. De plus, les lettres de mise en demeure avec demande d'avis de réception adressées par la CAF en vue de recouvrer un trop perçu d'ALS indûment versée, qui indiquent les voies de contestation à l'encontre de cette créance et qui manifestent la détermination de la CAF de poursuivre par tous les moyens juridiques dont elle dispose le recouvrement de sa créance valent, dès lors qu'elles ont été reçues, commandement interruptif de prescription au sens de l'article 2244 précité du code civil.

8. Il résulte de ce qui précède que la CAF du Var n'est pas fondée à faire valoir que le délai de prescription serait le délai de cinq ans et non le délai de deux ans. En outre, ainsi que vu précédemment, la mise en demeure effectuée par la CAF du Var le 19 octobre 2020 à l'encontre de la SCI Le Sud a valablement interrompu le délai de prescription de deux ans. Il résulte de l'instruction que la contrainte émise le 22 juin 2022 a été notifiée à la SCI Le Sud en date du 30 juin 2022. Ainsi, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'indu, dont il est constant qu'il est né de versements indus au cours de la période du 1er novembre 2018 au 31 décembre 2019, serait atteint de prescription, à la date de la contrainte, notifiée le 30 juin 2022.

9. En troisième lieu, la société requérante soutient que l'ALS n'est pas au nombre des prestations susceptibles de donner lieu au recouvrement d'un indu par voie de contrainte en application de l'article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale. Il ne ressort toutefois pas des dispositions précitées de l'article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale que l'ALS ne pourrait pas donner lieu au recouvrement d'un indu par voie de contrainte. En outre, la société requérante ne mentionne aucune disposition en droit selon laquelle cette ALS ne pourrait pas être recouvrée sous forme de contrainte.

10. En quatrième et dernier lieu, la requérante indique que s'il n'était pas fait droit à sa demande, elle sollicite de pouvoir payer sur une durée de 12 mois. Toutefois, il n'appartient pas au tribunal d'accorder une telle possibilité de paiement échelonné et il appartient à la requérante, si elle s'y croit fondée, de solliciter directement de la CAF du Var ce type d'échelonnement de sa dette.

11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter la requête.

DECIDE

Article 1er : L'opposition à contrainte de la SCI Le Sud est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à la SCI Le Sud et à la caisse d'allocations familiales du Var.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 17 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé :

F. BAILLEUX

La greffière,

Signé :

K. BAILET

La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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