Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2201836
vendredi 19 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2201836 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | CGCB & ASSOCIES |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 juillet 2022 et 10 mars 2023, Mme C D, épouse H, et M. A H, représentés par Me Gaulmin, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 janvier 2022 par lequel le maire de la commune de Hyères a retiré l'arrêté du 21 octobre 2021 par lequel il a délivré aux époux H un permis de construire modificatif n° 2, et a refusé la demande de permis de construire modificatif n° 2 ;
2°) de condamner la commune de Hyères à leur verser la somme de 1 000 euros au titre du préjudice qu'ils estiment avoir subi en raison de l'illégalité fautive de cet arrêté ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Hyères la somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Ils soutiennent que :
- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure en méconnaissance du principe du contradictoire dès lors que, d'une part, il a été édicté avant l'expiration du délai accordé pour présenter des observations, et d'autre part, le délai de 8 jours laissé pour présenter ses observations est insuffisant ;
- il est entaché d'un détournement de pouvoir ;
- il est entaché d'une erreur matérielle ;
- l'illégalité fautive de l'administration est susceptible d'engager sa responsabilité ;
-
- ils ont subi un préjudice à hauteur de 1 000 euros.
Par deux mémoires en défense enregistrés les 16 janvier et 2 mai 2023, la commune de Hyères, représentée par Me Barbeau, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des époux H la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- à titre principal, d'une part, la requête, en ce qu'elle est présentée par M. H, est irrecevable à défaut pour lui de justifier d'un intérêt à agir, et d'autre part, les conclusions indemnitaires sont irrecevables à défaut d'être présentées dans le cadre d'un recours de plein contentieux et à défaut d'avoir été précédées d'une liaison du contentieux ;
- à titre subsidiaire, les moyens sont infondés. Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Martin, rapporteure,
- les conclusions de Mme Faucher, rapporteure publique,
- les observations de Me Gaulmin, représentant les requérants,
- la commune n'étant ni présente ni représentée.
Une note en délibéré a été présentée par Mme D et enregistrée le 1er juillet 2024 sans être communiquée.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 2 septembre 2020, le maire de la commune de Hyères a délivré à Mme C D, épouse H, et M. A H, un permis de construire sur la parcelle cadastrée section AK n° 0064 située 20 rue Victor Basch à Hyères en vue de la régularisation du changement d'affectation d'un hangar et des combles de la construction existante, comprenant notamment la création d'une fenêtre de toit. Par arrêté du 4 août 2021, le maire de cette commune a refusé à M. et Mme H un permis de construire modificatif n° 1 sur cette même parcelle en vue de la modification des dimensions de deux fenêtres et de l'ajout d'une quatrième fenêtre ainsi que la modification de la clôture. Par arrêté du 21 octobre 2021, le maire de cette commune a accordé à M. et Mme H un permis de construire modificatif n°2 sur cette parcelle en vue de la modification des dimensions des fenêtres de toit et de la création d'une quatrième fenêtre de toit. Le 9 décembre 2021, M. G B et Mme F E, propriétaires d'une maison individuelle sur la parcelle cadastrée section AK n° 0063 située 22 rue Victor Basch, ont formé un recours gracieux tendant au retrait des arrêtés du 2 septembre 2020 et du 21 octobre 2021. Par arrêté du 19 janvier 2022, le maire de la commune de Hyères a retiré l'arrêté du 21 octobre 2021 et refusé le permis de construire modificatif n° 2. Le 17 mars 2022, les époux H ont formé
1.
un recours gracieux à l'encontre de l'arrêté du 19 janvier 2022. Par leur requête, les époux H demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 19 janvier 2022.
Sur le cadre du litige :
2. Par un mémoire enregistré le 10 mars 2023, communiqué à la défense, les requérants ont informé le tribunal de ce que Mme D, épouse H, était désormais la seule requérante dans la présente instance. Dans ces conditions, ces écritures équivalent à un désistement pur et simple de M. H. Rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée en défense :
3. Si la commune de Hyères fait valoir en défense que les conclusions présentées par
M. H sont irrecevables à défaut de justifier d'un intérêt pour agir, il résulte de ce qui a été dit au point 2 du présent jugement que ce dernier doit être regardé comme s'étant désisté purement et simplement. Par suite, la fin de non-recevoir opposée doit être écartée.
En ce qui concerne l'examen des moyens :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire ". Aux termes de l'article
L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article
L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1o En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ; ()
". Aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. / L'administration n'est pas tenue de satisfaire les demandes d'audition abusives, notamment par leur nombre ou leur caractère répétitif ou systématique ". Aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; () ". La décision portant retrait d'un permis de construire est au nombre de celles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Elle doit, par suite, être précédée d'une procédure contradictoire, permettant au titulaire du permis de construire d'être informé de la mesure qu'il est envisagé de prendre, ainsi que des motifs sur lesquels elle se fonde, et de bénéficier d'un délai suffisant pour présenter ses observations. Les dispositions précitées font également obligation à l'autorité administrative de faire droit, en principe, aux demandes d'audition formées par les personnes intéressées en vue de présenter des observations orales, alors même qu'elles auraient déjà présenté des observations écrites. Ce n'est que dans le cas où une telle demande revêtirait un caractère abusif qu'elle peut être écartée.
5. Le respect du caractère contradictoire de la procédure prévue par les articles L. 121-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration constitue une garantie pour le titulaire du permis de construire que l'autorité administrative entend rapporter. Eu égard à la nature et aux effets d'un tel retrait, le délai de trois mois, prévu par l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme, oblige l'autorité administrative à mettre en œuvre la procédure contradictoire préalable à cette décision de retrait de manière à éviter que le bénéficiaire du permis ne soit privé de cette garantie.
6. Il ressort des pièces du dossier que, par un premier courrier du 13 janvier 2022, envoyé à une mauvaise adresse postale mais dont il est constant que Mme H l'a reçu le jour-même par mail, puis par un second courrier du 14 janvier 2022, la commune de Hyères a invité l'intéressée à présenter ses observations dans un délai de 8 jours quant au retrait de l'arrêté du 21 octobre 2021 au motif de la visibilité depuis l'espace public des fenêtres de toit, en méconnaissance de l'aire de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine de la commune.
7. Mme H soutient que l'arrêté méconnaît le principe du contradictoire dès lors que la commune de Hyères l'a édicté avant l'expiration du délai de 8 jours laissé à l'intéressée pour présenter ses observations, lequel serait au demeurant insuffisant, et qu'elle a été privée d'une garantie dès lors que par un courrier du 20 janvier 2022, elle a déposé des observations écrites. Toutefois, d'une part, si Mme H soutient que l'entretien téléphonique du 18 janvier 2022, n'ayant que pour objet de l'informer du retrait, ne lui a pas permis de présenter ses observations, il ressort des pièces du dossier, et notamment de son courrier de présentation d'observations écrites du 20 janvier 2022, qu'elle a été informée dudit retrait par mail le 13 janvier 2022. Dans ces conditions, le rendez-vous téléphonique du 18 janvier 2022 n'avait pas pour objet unique de l'informer de la procédure de retrait et lui a permis de présenter des observations préalablement à l'édiction de l'arrêté contesté. D'autre part, si l'intéressée soutient avoir déposé des observations écrites le 20 janvier 2022, dans le délai imparti mais postérieurement à l'édiction de l'arrêté, elle ne justifie pas de la réception par la commune d'un tel courrier avant l'expiration du délai laissé pour présenter ses observations, soit avant le 21 janvier 2022. Dans ces conditions, l'édiction de l'acte par la commune de Hyères, préalablement à l'expiration du délai de 8 jours, lequel est suffisant au regard du motif du retrait, laissé à Mme H pour présenter ses observations, ne caractérise pas une méconnaissance du principe du contradictoire. Par suite, et sans qu'il soit besoin de caractériser l'urgence, laquelle ne serait au demeurant pas constituée par la seule expiration du délai de retrait de l'acte, le vice tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté.
8. En deuxième lieu, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme que, contrairement à ce que soutient Mme H, le maire de la commune de Hyères pouvait légalement, par un même arrêté, après avoir retiré le permis de construire modificatif qu'il avait délivré le 21 octobre 2021 à l'intéressée, rejeter la demande présentée par cette dernière, dont il se trouvait, à la suite de ce retrait, à nouveau saisi et sur laquelle il devait à nouveau statuer. Par suite, le moyen tiré du détournement de pouvoir doit être écarté.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article 3.3.5 de l'aire de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine de la commune de Hyères : " Des châssis de toits de type tabatière, recoupés verticalement par un profil, pourront être acceptés sur certains versants de toiture, s'ils sont non visibles depuis l'espace public, encastrés dans le plan de la toiture, de taille maximum 0,58 x 0,78 m, posés dans le sens vertical, et susceptibles de ne pas perturber la composition de l'ensemble, par leur nombre ou leur situation ".
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10. D'une part, la circonstance que le recours gracieux exercé par M. B et Mme E, voisins immédiats du terrain d'assiette du projet, soit entaché d'une erreur matérielle dès lors qu'il comprend des photographies présentant la façade nord alors que le permis de construire modificatif ne concerne des travaux que sur la façade sud de la toiture, est sans influence sur la légalité de l'arrêté du 19 janvier 2022.
11. D'autre part, la circonstance que l'architecture des bâtiments de France ait émis un avis favorable, le 6 octobre 2021, sur la création d'une quatrième fenêtre de toit sur la façade sud de la construction existante est sans influence sur la légalité de l'arrêté attaqué dès lors que, l'avis étant favorable, le maire de la commune de Hyères ne se trouvait pas en situation de compétence liée pour délivrer ledit permis.
12. Enfin, si la requérante soutient que la quatrième fenêtre de toit nouvellement créée n'est que partiellement visible depuis l'espace public, notamment par la présence d'une cheminée, cette circonstance n'est pas de nature à remettre en cause la méconnaissance, par la création d'une nouvelle fenêtre de toit sur la façade sud, de l'article 3.3.5 de l'aire de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine qui interdit toute fenêtre de toit visible depuis l'espace public. Par suite, le moyen doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme H doivent être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
14. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".
15. Il résulte de ces dispositions qu'en l'absence d'une décision de l'administration rejetant une demande formée devant elle par le requérant ou pour son compte, une requête tendant au versement d'une somme d'argent est irrecevable et peut être rejetée pour ce motif même si, dans son mémoire en défense, l'administration n'a pas soutenu que cette requête était irrecevable, mais seulement que les conclusions du requérant n'étaient pas fondées. En revanche, les termes du second alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative n'impliquent pas que la condition de recevabilité de la requête tenant à l'existence d'une décision de l'administration s'apprécie à la date de son introduction. Cette condition doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle. Par suite, l'intervention d'une telle décision en cours d'instance régularise la requête, sans qu'il soit nécessaire que le requérant confirme ses conclusions et alors même que l'administration aurait auparavant opposé une fin de non-recevoir fondée sur l'absence de décision.
16. La commune de Hyères fait valoir, dans un mémoire en défense enregistré le 16 janvier 2023 et communiqué à la société requérante le jour-même, que la demande indemnitaire présentée par Mme H dans son mémoire enregistré le 7 juillet 2022, n'a pas été précédée d'une demande indemnitaire préalable. Or, il ne résulte pas de l'instruction que Mme H ait déposé, ni préalablement à l'introduction de son recours contentieux ni postérieurement à celui-ci, une telle demande. Ainsi, à la date à laquelle le présent jugement est rédigé, aucune décision,
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expresse ou implicite, sur une telle demande n'a pu naître. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être accueillie.
17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par Mme D doivent être rejetées comme irrecevables.
Sur les frais liés à l'instance :
18. En premier lieu, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par Mme H au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens soit mise à la charge de la commune de Hyères qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme H la somme demandée par la commune de Hyères au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
19. En second lieu, la présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens au sens de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, les conclusions de Mme H tendant à ce que les dépens soient mis à la charge de la commune de Hyères doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Il est donné acte du désistement d'instance de M. H.
Article 2 : La requête de Mme H est rejetée.
Article 3 : Les conclusions de la commune de Hyères présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C H et à la commune de Hyères.
Délibéré après l'audience du 26 juin 2024 à laquelle siégeaient :
M. Harang, président,
M. Quaglierini, premier conseiller, Mme. Martin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2024.
La rapporteure,
Signé
K. Martin
Le président,
Signé Ph. Harang
Le greffier, Signé
P. Bérenger
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme, Le greffier.
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