mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2202012 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre - Juge Unique |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 22 juillet 2022, 27 février 2023, et 14 mai 2024, Mme A B, représentée par Me Consolino, demande au tribunal :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision du directeur de la caisse d'allocations familiales (CAF) du Var du 11 mai 2022 de rejet de son recours gracieux concernant un indu d'allocation de logement familiale (ALF) d'un montant de 12 210 euros correspondant à la période du 1er décembre 2018 au 31 mars 2021 ;
3°) d'annuler l'indu litigieux ;
4°) de mettre à la charge de la CAF du Var une somme de 2 000 euros à lui verser au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- Les décisions qui rejettent un recours administratif préalable obligatoire doivent être motivées, en application des dispositions de l'article L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration ; en outre, toute décision prise par l'administration doit comporter la signature de son auteur, ainsi que la mention, en caractères lisibles, du nom et du prénom de celui-ci ;
- La décision attaquée ne mentionne pas de dispositions légales et réglementaires relatives au versement de l'ALF ; le compte-rendu de la réunion de la commission de recours amiable n'est pas daté ni signé par les membres de ladite commission ;
- La décision n'est pas motivée et se contente de joindre l'avis de la commission de recours amiable (CRA), qui n'est pas une décision mais un avis ; si la CAF du Var fait valoir que cette décision a été remplacée par une autre décision en date du 17 février 2023, qui serait quant à elle motivée, le tribunal administratif de Toulon l'a annulé par un jugement du 7 mai 2024 pour défaut de motivation ;
- La décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation ; elle n'a jamais vécu en couple avec M. D ; celui-ci a seulement mis à son nom le bail du logement qu'elle occupe avec ses deux filles, pour lui permettre de louer le bien ; M. D n'a jamais participé financièrement ou matériellement aux charges du ménage ; elle lui a remboursé les sommes dont celui-ci s'est acquitté chaque mois pour le paiement du loyer du logement qu'elle occupe ; sa dette locative envers M. D s'élève d'ailleurs à la somme de 2100 euros ; M. D habite au 1 avenue du Port, sur la commune de Saint-Cyr-sur-Mer, ainsi que l'attestent les pièces qu'elle a versées lors de sa contestation en date du 4 janvier 2022 ; la CAF du Var était informée de la situation depuis 2017 car la requérante lui avait transmis une copie du bail de location et avait à ce moment-là expliqué la situation ; plusieurs personnes ont attesté que M. D et Mme B n'ont jamais vécu ensemble ;
- Elle n'est pas en mesure de s'acquitter de ce trop-perçu ; son revenu fiscal de référence établi au titre de l'année 2022 s'élève à la somme de 9816 euros ; elle se trouve donc dans une grande précarité financière car son reste à vivre est négatif ; elle a en outre rencontré de graves problèmes de santé ayant nécessité récemment une greffe au dos et des opérations chirurgicales ; elle a soumis son dossier, le 30 juin 2022, à la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH).
Par un mémoire en défense en date du 20 février 2023, la CAF du Var conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- La décision du 11 mai 2022 a été prise par le directeur de la CAF du Var et non par la commission de recours amiable ; cette décision respecte le formalisme requis ;
- Une nouvelle décision du directeur de la CAF du Var, prise le 17 février 2023, qui est quant à elle suffisamment motivée, s'est substituée à la décision initiale ; le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit par conséquent être écarté ;
- L'agent assermenté a conclu dans son rapport à la vie commune entre M. D et Mme B depuis le mois d'octobre 2016 ;
- La demande de Mme B de remise de dette n'est pas recevable car la requérante n'a jamais exercé de recours gracieux en remise de dette ; au surplus, la requérante ne peut être considérée de bonne foi car elle a dissimulé sa vie maritale avec M. D ; en l'absence de bonne foi, aucune remise de dette ne peut lui être accordée.
Par une lettre du 18 mai 2024, les parties ont été informées qu'en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, la décision à intervenir était susceptible d'être fondée sur le moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence négative du directeur de la CAF du Var, qui s'est cru en situation de compétence liée par rapport à l'avis de la commission de recours amiable du 5 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu la décision du bureau de l'aide juridictionnelle du 18 octobre 2022 d'attribution de l'aide juridictionnelle totale à Mme B.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Par une décision du 1er septembre 2023, la présidente du tribunal a désigné M. Bailleux, premier conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé, sur sa proposition, le rapporteur public de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 mai 2024 :
- le rapport de M. Bailleux, magistrat désigné,
- les observations de Mme C, représentant la caisse d'allocations familiales du Var.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, qui vit seule avec ses deux enfants, depuis sa séparation avec son ex-mari en 2015, et son divorce en 2019, perçoit diverses allocations, dont le revenu de solidarité active (RSA), l'ALF, la prime exceptionnelle de fin d'année, l'aide exceptionnelle de solidarité Covid-19 et la prime d'activité. Suite à un entretien de contrôle, et une visite sur place, qui se sont tous deux déroulés en décembre 2020, la CAF du Var l'a informé, par un courrier du 12 janvier 2021, que la CAF du Var considérait qu'elle vivait en couple avec M. D depuis au moins le mois d'octobre 2016. Par un relevé de droits et paiements reçu en date du 9 novembre 2021, Mme B était informée que la CAF du Var lui réclamait la somme de 5373,31 euros au titre du RSA, la somme de 12 210 euros au titre de l'allocation de logement, de la somme de 150 euros au titre de la prime exceptionnelle Covid-19, de la somme de 1243,41 euros au titre de la prime PPA et enfin de la somme de 548,82 euros au titre de la prime exceptionnelle de fin d'année, pour un montant total de 19 525,54 euros. Le 27 décembre 2021, la CAF du Var a notifié une décision de dette à Mme B, mentionnant en particulier une dette d'un montant de 12 210 euros au titre de l'allocation de logement, ainsi qu'une notification de fraude. Le 4 janvier 2022, Mme B a contesté devant la commission de recours amiable de la CAF du Var les décisions en litige. Par un courrier du 11 mai 2022, posté le 24 mai 2022, la CAF du Var notifiait à la requérante les avis émanant de la commission de recours amiable, notamment celui relatif à la dette d'ALF d'un montant de 12 210 euros. Par la présente requête, la requérante demande l'annulation de la décision prise par le directeur de la CAF du Var, après l'avis défavorable de la commission de recours amiable relative à cette dette d'ALF d'un montant de 12 210 euros.
Sur les conclusions tendant à admettre Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire
2. Il résulte de l'instruction que Mme B a fait l'objet d'une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le Tribunal judiciaire en date du 18 octobre 2022 lui accordant l'aide juridictionnelle totale dans le cadre de la présente instance. Ainsi, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la requérante afin qu'elle soit admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de la caisse d'allocations familiales du Var prise après le recours administratif préalable obligatoire de Mme B
3. L'article R. 825-1 du code de la construction et de l'habitation dispose que : " L'introduction d'un recours contentieux dirigé contre des décisions prises par un organisme payeur en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement est subordonnée à l'exercice préalable d'un recours administratif auprès de la commission de recours amiable prévue à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale constituée auprès du conseil d'administration de l'organisme auteur de la décision contestée. Ce recours administratif est régi par les dispositions des chapitres Ier et II du titre Ier du livre IV du code des relations entre le public et l'administration. La procédure définie par les articles R. 142-1 et R. 142-6 du code de la sécurité sociale lui est applicable ". Par ailleurs, l'article R. 825-2 du même code dispose que : " Le directeur de l'organisme payeur statue sur les recours administratifs mentionnés à l'article R. 825-1, après l'avis de la commission de recours amiable. Ses décisions sont motivées ".
4. La décision attaquée du directeur de la CAF du Var du 11 mai 2022 a été prise suite à l'avis de la commission de recours amiable défavorable du 6 mai 2022. Toutefois, le directeur de la CAF du Var a notifié à Mme B sa décision en joignant l'avis de la commission de recours amiable de la CAF du Var qui s'intitule en fait décision de la commission. Si l'avis de la commission de recours amiable de la CAF du Var est un avis obligatoire, il reste un avis simple et non un avis conforme. Toutefois, le directeur de la CAF du Var, en transmettant l'avis de la commission de recours amiable et en l'ayant intitulé décision de la commission de recours amiable, s'est cru en compétence liée par cet avis, qui était un avis simple, ainsi que vu précédemment. Par suite, le directeur de la CAF du Var a entaché sa décision d'une incompétence négative, ainsi que les parties en ont été informées par le tribunal, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence négative de la décision attaquée doit être accueilli. En outre, ainsi que le soutient la requérante, cette décision du 11 mai 2022 n'est pas motivée, en méconnaissance des dispositions précitées de l'article R. 825-2 du code de la construction et de l'habitation.
5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'accueillir les moyens tirés de l'insuffisance de motivation ainsi que le moyen tiré de l'incompétence négative du directeur de la CAF du Var. Ces moyens sont susceptibles de conduire à l'annulation de la décision en litige du 11 mai 2022, et ce sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.
Sur les conséquences de cette annulation
6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".
7. Les moyens d'annulation retenus dans la présente requête, qui sont relatifs à la légalité externe, n'entraînent pas l'annulation de l'indu litigieux. En revanche, il y a lieu d'enjoindre au directeur de la CAF du Var, sur le fondement des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, à réexaminer la situation de Mme B, et à prendre une nouvelle décision, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision.
Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
8. La requérante ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau de l'aide juridictionnelle en date du 18 octobre 2022, ses conclusions doivent être rejetées, son avocat n'ayant pas présenté de conclusions à son propre bénéfice sur ce fondement.
DECIDE
Article 1er : La décision du directeur de la CAF du Var du 11 mai 2022 de rejet du recours gracieux de Mme B concernant un indu d'allocation de logement familiale d'un montant de 12 210 (douze mille deux cent dix) euros correspondant à la période du 1er décembre 2018 au 31 mars 2021 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au directeur de la CAF du Var, de prendre une nouvelle décision concernant Mme B, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente décision sera notifiée à Mme A B, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie sera faite à la caisse d'allocations familiales du Var.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 17 septembre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé :
F. BAILLEUX
La greffière,
Signé :
K. BAILET
La République mande et ordonne à la ministre déléguée auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
La greffière.
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