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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2202016

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2202016

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2202016
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre - Juge Unique

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulon a examiné la requête de M. A, qui contestait les frais d'huissier (émolument proportionnel et coût d'acte) liés à la signification d'une contrainte émise par la CAF du Var pour le recouvrement d'un indu d'aide personnelle au logement (APL) de 211 euros. Le tribunal a jugé que la procédure de recouvrement était régulière, M. A ayant été destinataire de mises en demeure et d'une contrainte avant la signification par huissier, et qu'il ne pouvait se soustraire aux frais de signification en invoquant un défaut de réception des courriers antérieurs. La solution retenue est le rejet de la requête, sur le fondement des articles L. 161-1-5 et R. 133-3 du code de la sécurité sociale.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 24 juillet 2022, 27 juillet 2022, 21 septembre 2022 et 26 février 2023, M. D A doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

- D'annuler l'émolument proportionnel et le coût d'acte correspondant à la signification par voie d'huissier d'une contrainte d'un montant de 211 euros correspondant à un indu d'aide personnelle au logement (APL).

Il soutient que :

- La CAF du Var a versé par erreur directement sur son compte bancaire personnel la somme de 211 euros en lieu et place du compte de la SCI Louis Marcel La Maurine ; une situation similaire s'était déjà produite en 2020 ; il avait alors reversé l'argent à la SCI et cela n'avait pas posé de problème à l'époque ;

- Il a indiqué à la CAF du Var qu'il reversait cette somme de 211 euros à la SCI Louis Marcel La Maurine ;

- En octobre 2021, il a reçu un courrier de la CAF du Var lui réclamant de payer la somme en pièce jointe, mais le courrier ne contenait pas de pièce jointe ;

- Il a envoyé alors une synthèse le 23 octobre 2021 à la CAF du Var mais n'a jamais obtenu de réponse ; il a déménagé à ce moment-là et il est possible que la CAF du Var ait fait parvenir le courrier à son ancienne adresse de Boulogne Billancourt ;

- Suite au passage de l'huissier, il a discuté avec un agent de la CAF du Var qui l'a informé que l'organisme allait verser l'APL du mois de juin 2021 à la SCI et qu'il devrait donc personnellement rembourser la CAF du Var pour le trop-perçu d'un montant de 211 euros ;

- Toutefois, l'huissier de justice lui a en revanche indiqué qu'il devrait s'acquitter d'un émolument proportionnel et d'un coût d'acte ; or, la contrainte n'avait pas lieu d'être signifiée par voie d'huissier ; il n'a donc pas à supporter ces coûts.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 février 2023, la CAF du Var conclut au rejet de la requête (rajouté) de la requête.

Elle fait valoir que :

- La procédure de recouvrement du montant de 211 euros indûment perçu par M. A est régulière ; la contrainte a été décernée et signifiée par voie d'huissier ; M. A a préféré plutôt que de rembourser la CAF du Var directement, transférer l'argent indûment perçu à la SCI qui aurait dû percevoir l'allocation ; la CAF du Var lui a réclamé à plusieurs reprises cette somme de 211 euros ;

- M. A a finalement remboursé la somme de 211 euros à la CAF du Var le 3 août 2022, une fois qu'il a reçu la contrainte ;

- M. A n'a jamais communiqué sa nouvelle adresse ; il ne peut se soustraire aux frais d'huissier sous prétexte qu'il n'a jamais reçu les courriers.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Bailleux, premier conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative, par une décision du 1er septembre 2023.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 21 mai 2024 :

- le rapport de M. Bailleux, magistrat désigné,

- les observations de Mme C, représentant la CAF du Var.

Considérant ce qui suit :

1. M. A est le gérant de la société SCI Louis Marcel La Maurine, qui met en location des appartements situés au 2 allée Aumônier Robineau sur la commune de Toulon. En juin 2021, la CAF du Var lui a versé par erreur une somme de 211 euros, au lieu de verser cette somme à la SCI Louis Marcel La Maurine. Cette somme de 211 euros correspondait à l'aide au logement pour le logement loué par la SCI Louis Marcel La Maurine à Mme B E. La CAF du Var a alors adressé une mise en demeure en date du 6 octobre 2021 à M. A. Une seconde mise en demeure de payer la somme de 211 euros au titre des aides au logement a été émise en date du 25 novembre 2021 et notifiée le 30 novembre 2021. Une contrainte a été émise par la CAF du Var à l'encontre de M. A et notifiée à l'intéressé à son adresse au 89 avenue Pierre Grenier à Boulogne Billancourt au 30 mars 2022. Un rappel suite à contrainte a été adressé à M. A, toujours à la même adresse à Boulogne Billancourt en date du 11 mai 2022. La signification à contrainte a finalement été notifiée par voie d'huissier au requérant à son domicile situé chemin de Pignans sur la commune de Cuers le 15 juillet 2022.

2. Aux termes de l'article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale : " Pour le recouvrement d'une prestation indûment versée (), le directeur d'un organisme de sécurité sociale peut, dans les délais et selon les conditions fixées par voie réglementaire, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement et confère notamment le bénéfice de l'hypothèque judiciaire ". Aux termes de l'article R. 133-3 du même code : " Si la mise en demeure ou l'avertissement reste sans effet au terme du délai d'un mois à compter de sa notification, le directeur de l'organisme créancier peut décerner la contrainte mentionnée () à l'article L. 161-1-5 (). / Le débiteur peut former opposition par inscription au secrétariat du tribunal compétent dans le ressort duquel il est domicilié ou par lettre recommandée avec demande d'avis de réception adressée au secrétariat dudit tribunal dans les quinze jours à compter de la signification. L'opposition doit être motivée ; une copie de la contrainte contestée doit lui être jointe. ".

3. Le requérant, s'il a intitulé sa requête demande d'annulation de la contrainte, ne demande pas dans ses différents mémoires l'opposition à la contrainte. Il reconnait devoir la somme de 211 euros, dont il s'est finalement acquitté le 3 août 2022, soit quelques jours après avoir reçu notification par voie d'huissier de la signification de la contrainte. La CAF du Var fait valoir en outre, sans être utilement contestée sur ce point, que la procédure de recouvrement a été régulière. La CAF du Var poursuit en faisant valoir que la mise en demeure a été notifiée en date du 6 octobre 2021 et mentionnait le motif de l'indu le montant ainsi que la nature de la prestation indue. Le requérant reproche en outre à la CAF du Var de lui avoir signifié ladite contrainte par voie d'huissier, ce qui a engendré des frais, dont il ne veut pas s'acquitter, car il considère d'une part n'avoir commis aucune faute, et d'autre part que cette signification par voir d'huissier n'était pas utile et indispensable.

4. Toutefois, le requérant ne conteste pas, ainsi que le fait valoir la CAF du Var, n'avoir pas informé de manière officielle cet organisme de son changement d'adresse. La CAF du Var disposait de l'adresse du requérant au 89 avenue Pierre Grenier à Boulogne Billancourt (92100). M. A indique avoir informé la CAF du Var qu'il s'installait à l'étranger et qu'il préférait communiquer par courriel ou par téléphone avec la CAF du Var. Il produit à l'instance un courriel en date du 24 octobre 2021, dans lequel il indique " avoir déménagé à l'étranger, et préférer échanger par email ". Ainsi, M. A ne conteste pas n'avoir pas communiqué une adresse postale à la CAF du Var. Il résulte de l'instruction que la CAF du Var a notifié deux mises en demeure à l'intéressé à la seule adresse connue à Boulogne Billancourt en date du 6 octobre 2021 et 25 novembre 2021. Le requérant a effectivement reçu le courrier du 6 octobre 2021. En revanche, le courrier du 25 novembre 2021 n'a pas pu être distribué et le courrier est revenu à la CAF du Var avec la mention " pli avisé et non réclamé ". La CAF du Var a également notifié la contrainte en date du 28 mars 2022 à cette même adresse à Boulogne Billancourt puis un rappel suite à contrainte en date du 11 mai 2022. Il résulte de l'instruction que ces deux courriers n'ont également pas pu être distribués, et sont revenus à la CAF du Var avec la mention " pli avisé et non réclamé ". La CAF du Var a alors confié le dossier à l'huissier, ainsi qu'elle le fait valoir dans ses écritures, ainsi qu'une adresse de M. A au 680 chemin de Pignans sur la commune de Cuers, après une recherche auprès de la DGFIP (fichier Ficoba). Contrairement à ce qu'il soutient, le requérant a donc commis une faute en s'abstenant de communiquer une nouvelle adresse postale après son déménagement, afin de permettre à la CAF du Var de lui faire parvenir les documents. En outre, la CAF du Var n'a eu d'autre choix que de faire appel à un huissier pour signifier la contrainte. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir que la CAF du Var n'était pas obligée de signifier la contrainte par voie d'huissier, et ainsi qu'il n'a pas à supporter des coûts financiers qui n'étaient pas nécessaires.

5. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation des frais d'émolument et des coûts de l'acte de signification par voie d'huissier d'une contrainte d'un montant de 211 euros correspondant à un indu d'APL, sans même qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité de telles conclusions.

DECIDE

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. D A et à la caisse d'allocations familiales du Var.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 17 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé :

F. BAILLEUX

La greffière,

Signé :

K. BAILET

La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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