lundi 7 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2202157 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | CMS FRANCIS LEFEBVRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 4 août 2022 et 9 mai 2023, la société anonyme (SA) Laboratoires BLC Thalgo Cosmetic, représentée par Me Benichou et Me Louvel, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et de contributions sociales sur l'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de l'exercice clos en 2015, en droits et pénalités ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat " une indemnité " en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que c'est à tort que le service a réintégré la provision pour dépréciation sur " autres immobilisations financières " d'un montant de 492 562 euros qu'elle a constituée au titre de l'exercice 2015 ; cette provision est fiscalement déductible compte tenu notamment du caractère probable du non-recouvrement de la créance en cause auprès de sa filiale la société Thalgo Portugal, des difficultés financières de cette dernière qui est dans l'incapacité d'honorer sa dette et des diligences accomplies en vain auprès de l'ancien débiteur la société Marlicel, sans qu'y fasse obstacle la poursuite de la vente de ses produits à sa filiale.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 décembre 2022, l'administratrice générale des finances publiques, directrice de la direction de contrôle fiscal Sud-Est Outre-Mer, conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 20 octobre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 20 novembre suivant à 12h00.
Par une lettre du 29 juillet 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que les conclusions présentées par la SA Laboratoires BLC Thalgo Cosmetic sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont irrecevables faute d'être chiffrées.
En réponse à cette lettre d'information, un mémoire a été enregistré le 29 juillet 2024 pour l'administratrice générale des finances publiques, directrice de la direction de contrôle fiscal Sud-Est Outre-Mer, ainsi qu'un mémoire le 9 août 2024 pour la SA Laboratoires BLC Thalgo Cosmetic.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 septembre 2024 :
- le rapport de M. Cros ;
- les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Benichou pour la SA Laboratoires BLC Thalgo Cosmetic.
Une note en délibéré a été enregistrée le 16 septembre 2024 pour la SA Laboratoires BLC Thalgo Cosmetic.
Considérant ce qui suit :
1. La SA Laboratoires BLC Thalgo Cosmetic, qui exerce une activité de fabrication et commercialisation de produits de beauté, a fait l'objet d'un examen de comptabilité à l'issue duquel le service lui a notifié, par une proposition de rectification du 17 décembre 2018, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2015, établies selon la procédure de rectification contradictoire. L'administration a remis en cause, d'une part, un abandon de créance et, d'autre part, une dotation aux provisions pour dépréciation sur " autres immobilisations financières ". A la suite du recours hiérarchique exercé le 4 octobre 2019, l'administration a abandonné le rehaussement relatif à l'abandon de créance mais maintenu celui portant sur la provision. Sa réclamation du 5 novembre 2021 ayant été rejetée le 13 juin suivant, la requérante demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et de contributions sociales sur cet impôt auxquelles elle a été assujettie au titre de l'exercice clos en 2015, en droits et pénalités.
Sur les conclusions à fin de décharge :
2. Selon l'article 39 du code général des impôts, applicable à l'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () / 5° Les provisions constituées en vue de faire face à des pertes ou charges nettement précisées et que des événements en cours rendent probables, à condition qu'elles aient été effectivement constatées dans les écritures de l'exercice () ".
3. En application de ces dispositions, les provisions constituées pour faire face aux pertes pouvant résulter de la mauvaise situation financière du débiteur sont admises en déduction à condition que les créances auxquelles elles sont appliquées soient individualisées et que des évènements en cours à la clôture de l'exercice rendent probable la perte supputée, ce qui exclut les provisions destinées à faire face à des risques purement éventuels ou au contraire certains dans leur principe et leur montant. La probabilité de la perte ou de la charge doit résulter d'évènements en cours à la clôture de l'exercice, la perte ou la charge devant être nettement précisée et avoir été effectivement comptabilisée. Les justifications doivent être apportées pour chaque créance considérée comme douteuse, les provisions constituées en vue de couvrir un risque général de non-recouvrement des créances ne pouvant être admises. Le montant de la perte doit être évalué avec une approximation suffisante, et exclut le mode de calcul forfaitaire ou ne résultant d'aucun calcul précis. Il appartient au contribuable de justifier tant du montant des provisions qu'il entend déduire de son bénéfice net que du principe même de leur déductibilité. Le contribuable doit notamment établir que les circonstances de fait à la clôture de l'exercice permettent de tenir pour probable la perte de tout ou partie de ses créances, produire toute indication sur les diligences dont les créances douteuses ont fait l'objet en vue de leur recouvrement et mentionner les circonstances propres aux débiteurs établissant leur insolvabilité.
4. Il résulte de l'instruction que la SA Laboratoires BLC Thalgo Cosmetic a constitué et déduit fiscalement au titre de l'exercice 2010 une provision pour créance douteuse d'un montant de 492 562 euros correspondant à une partie de la créance commerciale qu'elle détenait, pour un montant total de 1 088 495 euros, sur la société de droit portugais Marlicel qui était chargée de la distribution exclusive de ses produits au Portugal. La provision était motivée par les difficultés financières de la société Marlicel. Le service n'a pas, à l'époque, remis en cause cette provision. Les difficultés de la société Marlicel et le non-paiement de la créance persistant, un protocole d'accord a été conclu le 29 novembre 2013 mettant fin au contrat de distribution de la société Marlicel et transférant ladite créance ainsi que, en contrepartie, certains actifs et contrats de travail de cette société, à la société de droit portugais Thalgo Portugal, filiale détenue à 100 % par la SA Laboratoires BLC Thalgo Cosmetic. Ainsi, la créance en cause a changé de débitrice qui est devenue la filiale portugaise de la requérante. Au titre de l'exercice 2015, cette dernière a comptabilisé une provision pour dépréciation sur " autres immobilisations financières " d'un même montant de 492 562 euros, choisissant ainsi de maintenir, sous un autre libellé, la provision pour créance douteuse qu'elle avait constituée en 2010 sur une partie de sa créance commerciale. Le vérificateur a remis en cause la déduction de cette provision, ce que l'intéressée conteste.
5. Pour justifier la provision litigieuse, la SA Laboratoires BLC Thalgo Cosmetic se prévaut des difficultés financières de sa filiale la société Thalgo Portugal et soutient que le risque de non-recouvrement de la créance désormais détenue sur cette filiale est le même que lorsque cette créance était détenue sur la société tierce Marlicel. Toutefois, la probabilité de la perte alléguée s'apprécie au regard des événements en cours à la date de clôture de l'exercice au titre duquel la provision litigieuse a été constituée, c'est-à-dire l'exercice 2015. Il est constant que la situation nette de la société Thalgo Portugal, c'est-à-dire ses capitaux propres, était positive à la clôture des exercices 2014 (55 561 euros) et 2015 (56 335 euros) et qu'elle est, au demeurant, restée positive par la suite (oscillant entre 15 744 euros en 2016 et 33 821 euros en 2021). Si la requérante soutient qu'une telle situation nette positive, d'une part, est essentiellement rendue possible par les abandons de créance consentis à sa filiale et, d'autre part, est insuffisante pour permettre à cette dernière d'honorer sa dette, elle n'apporte aucun élément précis et probant sur ces deux points. En particulier, la requérante n'apporte pas d'élément financier démontrant l'impossibilité pour la société Thalgo Portugal d'envisager un remboursement échelonné de la dette à la clôture de l'exercice 2015, alors qu'à cette date les capitaux propres de sa filiale (56 335 euros) représentaient 11,4 % du montant provisionné de la dette (492 562 euros). En outre, le chiffre d'affaires de la société Thalgo Portugal était en augmentation entre 2014 (1 601 280 euros) et 2015 (1 739 368 euros). Si la requérante soutient que, compte tenu de l'augmentation corrélative des charges d'exploitation, le résultat d'exploitation de sa filiale est devenu déficitaire à partir de 2019, elle reconnaît elle-même que ce résultat d'exploitation était bénéficiaire à la clôture de l'exercice 2015 (11 784 euros) et ne peut utilement se prévaloir d'événements ultérieurs. En tout état de cause, la requérante, qui s'abstient de produire les comptes de sa filiale au titre de l'exercice 2015, ne fournit aucune donnée sur le résultat net de celle-ci. Par ailleurs, il est constant que la requérante a continué lors de l'exercice 2015, comme d'ailleurs après, à vendre ses produits à sa filiale sans provisionner de nouvelles créances, dans le cadre d'un schéma de distribution qu'elle reconnaît mieux maîtriser que son ancien partenariat avec la société Marlicel. Dans ces conditions, les difficultés financières alléguées de la société Thalgo Portugal à la clôture de l'exercice 2015, qui auraient rendu probable le risque d'impayé, ne sont pas démontrées.
6. S'agissant enfin des diligences entreprises pour recouvrer la créance considérée, la SA Laboratoires BLC Thalgo Cosmetic se borne à rappeler les démarches qu'elle a accomplies auprès de la société Marlicel entre 2009 et 2012, sans faire état d'aucune diligence à l'égard de sa filiale à partir du moment où la créance a été transférée à cette dernière fin 2013. Si elle soutient que sa connaissance de la situation financière de sa filiale " ne lui impose pas d'envoyer de nouvelles relances ", elle ne démontre pas avoir tenté d'obtenir par voie amiable le paiement même partiel de sa créance.
7. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, et malgré l'avis contraire émis le 5 novembre 2020 par la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, la SA Laboratoires BLC Thalgo Cosmetic n'apporte pas d'élément suffisamment précis pour démontrer la probabilité de la perte alléguée à la clôture de l'exercice 2015. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a réintégré la provision en cause dans son résultat imposable.
8. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander la décharge des suppléments d'imposition en litige.
Sur les frais liés au litige :
9. Les conclusions présentées par la SA Laboratoires BLC Thalgo Cosmetic sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent, en tout état de cause, être rejetées comme irrecevables faute d'avoir été chiffrées avant la clôture de l'instruction.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SA Laboratoires BLC Thalgo Cosmetic est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SA Laboratoires BLC Thalgo Cosmetic et à l'administratrice générale des finances publiques, directrice de la direction de contrôle fiscal Sud-Est Outre-Mer.
Délibéré après l'audience du 16 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bernabeu, présidente,
M. Cros, premier conseiller,
M. Martin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.
Le rapporteur,
Signé
F. CROS
La présidente,
Signé
M. BERNABEU
La greffière,
Signé
G. BODIGER
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026