lundi 26 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2202517 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Aide sociale |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 septembre 2022, et régularisée le 25 octobre 2022, Mme D B demande au tribunal :
1°) l'annulation de la décision du 8 juillet 2022 par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales du Var a confirmé, sur recours administratif préalable obligatoire, l'indu de revenu de solidarité active, référencé INK 001, d'un montant initial de 6 969,49 euros pour la période courant du 1er décembre 2020 au 28 février 2022 ;
2°) l'annulation de la décision du 8 juillet 2022 par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales du Var a confirmé, sur recours administratif préalable obligatoire, l'indu d'aide personnalisée au logement, référencé IN5 004, d'un montant initial de 1 768 euros pour la période du 1er janvier 2021 au 28 février 2022 ;
3°) l'annulation de la décision du 8 juillet 2022 par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales du Var a confirmé, sur recours gracieux, un indu d'aide exceptionnelle de fin d'année, référencé ING 001, d'un montant de 228,67 euros au titre de l'année 2021.
Elle soutient que :
- sa mère lui a prêté la somme de 8 000 euros pour faire face à l'investissement relatif à son entreprise de savonnerie dracénoise et à ses problèmes financiers ; elle a signé deux reconnaissances de dette l'une datée du 24 novembre 2020 et l'autre du 30 mars 2022 ;
- elle n'a jamais tenté de frauder ;
- elle est de bonne foi dès lors que c'est par inadvertance qu'elle s'est trompée d'un mois dans sa déclaration de ressources du troisième trimestre 2021.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 octobre 2023, la caisse d'allocations familiales du Var, agissant pour le compte du département du Var, conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que l'indu de revenu de solidarité active est fondé sur l'absence de déclaration des libéralités perçues par la requérante depuis le mois de décembre 2020, des intérêts issus de son argent placé depuis décembre 2020 et d'une erreur de déclaration concernant les revenus issus de l'activité d'auto-entrepreneur de Mme B pour la période courant du mois de septembre 2021 au mois de novembre 2021.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 octobre 2023, la caisse d'allocations familiales du Var conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- l'indu d'aide au logement est fondé sur l'absence de déclaration des libéralités perçues par la requérante depuis le mois de décembre 2020, des intérêts issus de son argent placé depuis décembre 2020 et d'une erreur de déclaration concernant les revenus issus de l'activité d'auto-entrepreneur de Mme B pour la période courant du mois de septembre 2021 au mois de novembre 2021 ;
- dès lors que Mme B n'avait pas droit au revenu de solidarité active pour la période courant du 1er décembre 2020 au 28 février 2022, elle ne pouvait pas prétendre à l'aide exceptionnelle de fin d'année au titre de l'année 2021, qui lui a été versée en décembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code l'action sociale et des familles ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code civil ;
- le décret n° 2021-1657 du 15 décembre 2021 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme F, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, pour statuer sur les litiges relevant de cet article.
La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme F,
- les observations de Mme B,
- et celles de Mme E pour la caisse d'allocations familiales du Var.
La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après que la requérante et Mme E ont formulé leurs observations orales à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par un courrier du 15 mars 2022, le directeur de la caisse d'allocations familiales du Var a notifié à Mme B un indu de revenu de solidité active, référencé INK 001, d'un montant de 6 969,49 euros et un indu d'aide personnalisée au logement, référencé IN5 004, d'un montant de 1 768 euros pour la période courant du 1er janvier 2021 au 28 février 2022. Puis, par un courrier daté du 26 mars 2022 libellé " vos prestations CAF prime exceptionnelle de fin d'année ", le directeur de cette caisse a informé Mme B de ce qu'elle était redevable d'un indu d'aide exceptionnelle de fin d'année, référencé ING 001, d'un montant de 228,67 euros au titre de l'année 2021. L'intéressée a contesté l'indu de revenu de solidarité active et l'indu d'aide personnalisée au logement par un recours administratif préalable obligatoire et l'indu d'aide exceptionnelle de fin d'année dans le cadre d'un recours gracieux. Par trois courriers datés du 12 juillet 2022, le directeur de la caisse d'allocations familiales du Var a notifié à Mme B trois décisions du 8 juillet 2022 par lesquelles la commission de recours amiable de cette caisse a confirmé respectivement les indus de revenu de solidarité active, d'aide personnalisée au logement et d'aide exceptionnelle de fin d'année. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation des indus précités de revenu de solidarité active, d'aide personnalisée au logement et d'aide exceptionnelle de fin d'année.
2. Lorsque le recours dont est saisi le juge administratif est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de prestations sociales, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
Sur l'indu de revenu de solidarité active référencé INK 001 :
3. Aux termes de l'article L. 262-3 du code l'action sociale et des familles : " () L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'État () 4° Les prestations et aides sociales qui ne sont pas incluses dans le calcul des ressources à raison de leur finalité sociale particulière ". Aux termes de l'article R. 262-6 de ce code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. Les dispositions de l'article R. 132-1 sont applicables au revenu de solidarité active ". Aux termes de l'article R. 262-11 du même code : " Pour l'application de l'article R. 262-6, il n'est pas tenu compte ( ) 14° Des aides et secours financiers dont le montant ou la périodicité n'ont pas de caractère régulier ainsi que des aides et secours affectés à des dépenses concourant à l'insertion du bénéficiaire et de sa famille, notamment dans les domaines du logement, des transports, de l'éducation et de la formation () ".
4. Il résulte des dispositions législatives et réglementaires citées ci-dessus, d'une part, que pour déterminer ses droits au revenu de solidarité active, le demandeur doit déclarer l'ensemble des ressources perçues par lui-même et par toutes les personnes composant le foyer, d'autre part, que les aides apportées par des proches ne sauraient être assimilées ni à des " aides et secours financiers dont le montant et la périodicité n'ont pas de caractère régulier ", ni à des " aides et secours affectés à des dépenses concourant à l'insertion du bénéficiaire et de sa famille, notamment dans les domaines du logement, des transports, de l'éducation et de la formation " mentionnés au 14° de l'article R. 262-11 du code de l'action sociale et des familles, lequel vise, en application du 4° de l'article L. 262-3 du même code, des prestations et aides sociales à finalité sociale particulière, mais pourraient seulement relever, le cas échéant, des dispositions de l'article R. 262-14 de ce code.
5. Aux termes de l'article 1376 du code civil : " L'acte sous signature privée par lequel une seule partie s'engage envers une autre à lui payer une somme d'argent ou à lui livrer un bien fongible ne fait preuve que s'il comporte la signature de celui qui souscrit cet engagement ainsi que la mention, écrite par lui-même, de la somme ou de la quantité en toutes lettres et en chiffres. En cas de différence, l'acte sous signature privée vaut preuve pour la somme écrite en toutes lettres ".
6. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'enquête établi le 24 février 2022 par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales du Var, dont les mentions, conformément aux dispositions de l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale font foi jusqu'à preuve du contraire, que Mme B n'a pas déclaré dans ses déclarations trimestrielles de ressources depuis le mois de décembre 2020 les virements mensuels effectués par sa mère, Mme A, d'un montant de 500 euros. Suite à ce contrôle, le département du Var a réintégré les libéralités d'origine familiale perçues et non déclarées sur le compte bancaire de l'intéressée pour le calcul du revenu de solidarité active.
7. Mme B soutient que les sommes non déclarées et versées régulièrement qui s'élèvent au montant global de 8 000 euros correspondent à un prêt familial remboursable afin de subvenir aux besoins de son entreprise " La savonnerie dracénoise ". Au soutien de ses allégations, elle produit deux reconnaissances de dettes établies le 24 novembre 2020 et le 30 mars 2022 pour une somme totale de 8 000 euros perçue de Mme C A, lesquelles comportent la signature de la requérante et la mention écrite par elle-même de la somme prêtée en chiffres, l'identité détaillée du débiteur et du créancier, les modalités de versements des sommes prêtées ainsi que les modalités de remboursement. Toutefois, la requérante ne justifie pas avoir remboursé le 18 juillet 2022 à Mme A la somme de 6 000 euros lors de la clôture de son plan épargne logement (PEL) ni du remboursement des 2 000 euros restant à hauteur de la somme de 100 euros par mois à partir du 5 août 2022 pour une durée de 20 mois, comme indiqué dans sa reconnaissance de dette du 30 mars 2022, au demeurant postérieure au rapport d'enquête du 24 février 2022. Ainsi, et en l'absence de tout document permettant d'établit que ce prêt a bien été remboursé par Mme B, cette dernière ne peut pas être regardée comme établissant en l'état de l'instruction, que les versements pris en compte par la caisse d'allocations familiales du Var constituaient un prêt accordé par un tiers et non une aide constitutive de ressources au sens des dispositions de l'article R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles.
8. Si Mme B soutient qu'elle n'a jamais tenté de frauder et qu'elle est de bonne foi dès lors que c'est par inadvertance qu'elle s'est trompée d'un mois dans sa déclaration de ressources du troisième trimestre 2021, ces moyens sont toutefois sans incidence sur le bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active en litige.
Sur l'indu d'aide exceptionnelle de fin d'année référencé ING 001 au titre de l'année 2021 :
9. L'article 3 du décret du 15 décembre 2021 susvisé dispose que : " Une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre 2021 ou, à défaut, du mois de décembre 2021, sous réserve que le montant dû au titre de ces périodes ne soit pas nul. Une seule aide est due par foyer ".
10. Il résulte des points 6 et 7 du présent jugement que l'indu de revenu de solidarité active mis à la charge de Mme B pour la période courant du 1er décembre 2020 au 28 février 2022 est fondé. Ainsi, dès lors que Mme B ne pouvait pas prétendre au bénéfice du revenu de solidarité active pour la période en cause, elle ne pouvait pas davantage prétendre à l'aide exceptionnelle de fin d'année au titre de l'année 2021. Par suite, la requérante n'est pas fondée à contester l'indu d'aide exceptionnelle de fin d'année en litige.
Sur l'indu d'aide personnalisée au logement référencé IN5 001 :
11. Selon les dispositions de l'article R. 822-3 du code de la construction et de l'habitation : " Les ressources et les charges prises en compte pour le calcul de l'aide personnelle au logement sont appréciées, tous les trois mois, sous réserve des dispositions prévues à l'article R. 823-6-1, selon les périodes de référence suivantes : 1° Pour les ressources mentionnées à l'article R. 822-4 prises en compte par la déclaration sociale nominative définie à l' article L. 133-5-3 du code de la sécurité sociale et les revenus d'activité perçus hors de France ou versés par une organisation internationale, sur une période de référence courant du treizième au deuxième mois précédant la date d'ouverture ou de réexamen du droit à l'aide personnelle au logement () ". Selon les dispositions de l'article R. 822-17 du même code : " Lorsque le bénéficiaire ou son conjoint perçoit le revenu de solidarité active mentionné à l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles, il n'est tenu compte ni des revenus d'activité professionnelle, ni des indemnités de chômage dont bénéficie l'intéressé, à compter du premier jour du mois civil suivant celui au cours duquel ces conditions sont réunies et jusqu'au dernier jour du mois civil au cours duquel ces conditions cessent d'être réunies ".
12. La commission de recours amiable de la caisse d'allocation familiales du Var dans sa décision du 8 juillet 2022 indique que l'indu d'aide personnalisée au logement résulte notamment de la prise en compte des libéralités perçues par la requérante depuis le mois de décembre 2020, qui lui a fait perdre le bénéfice du revenu de solidarité active pour la période courant du mois de décembre 2020 au mois de février 2021 et pour celle courant du mois de septembre 2021 au mois de janvier 2022. Elle a donc bénéficié à tort d'une neutralisation de ses ressources. A cet égard, il résulte de ce qui a été dit au point 7 du présent jugement que c'est à bon droit que la caisse d'allocations familiales du Var a réintégré les libéralités perçues par la requérante pour la période courant du mois décembre 2020 au mois de février 2021 et pour celle courant du mois de septembre 2021 au mois de janvier 2022. Par suite, l'indu d'aide personnalisée au logement d'un montant de 1 768 euros pour la période du 1er janvier 2021 au 28 février 2022 est fondé.
13. Si Mme B invoque à nouveau les mêmes moyens que ceux exposés au point 8 au soutien de sa contestation de l'indu d'aide personnalisée au logement, ils doivent être écartés pour le même motif.
14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée.
D E C I D E:
Article 1er: La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B, au département du Var et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.
Copie en sera adressée pour information à la caisse d'allocations familiales du Var.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 août 2024.
La magistrate désignée,
Signé
M. FLa greffière,
Signé
E. PERROUDON
La République mande et ordonne la ministre du travail, de la santé et des solidarités, et au préfet du Var, chacun en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Et par délégation,
La greffière
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