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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2202537

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2202537

mardi 12 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2202537
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationAide sociale
Avocat requérantAKACHA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 13 septembre 2022 et le 3 août 2023, Mme A D épouse B, représentée par Me Akacha, demande au tribunal :

1°) d'annuler la contrainte émise le 29 août 2022 par Pôle emploi pour le recouvrement d'un indu d'aide au retour à l'emploi d'un montant de 11 258,29 euros pour la période du 10 août 2020 au 30 juin 2021 ;

2°) d'enjoindre à Pôle emploi de restituer les sommes prélevées dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre à Pôle emploi de lui accorder un échelonnement de sa dette ;

4°) de mettre à la charge de Pôle emploi la somme de 2 000 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'indu n'est pas fondé et elle n'a pas procédé à de fausses déclarations dès lors que ce n'est pas volontairement qu'elle s'est maintenue sur le territoire algérien durant la période de l'indu puisque ce sont, d'une part, les restrictions d'accès au territoire français dues à l'épidémie de Covid-19 et, d'autre part, le passeport volé de son mari qui l'ont empêchée de retourner sur le territoire français ;

- le médiateur de pôle emploi et l'agent en charge de son dossier ont émis un avis favorable à l'échelonnement de sa dette, malgré le refus de remise de cette dette, mais aucune proposition d'échelonnement pour une durée supérieure à 24 mois n'a été effectuée ;

- Pôle emploi a procédé à des prélèvements irréguliers pour le remboursement de l'indu.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 22 novembre 2022 et le 5 février 2024, Pôle emploi PACA, devenu France travail PACA, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de Mme B la somme de 1 000 euros au titre de l'article 700 du code de procédure civile, ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

- l'indu est fondé dès lors que Mme B n'a pas déclaré être sur le territoire algérien lors de ses actualisations mensuelles ;

- un échéancier de dette a été proposé à Mme B qui l'a refusé en raison de ses difficultés financières ;

- les retenues effectuées après l'émission de la contrainte ne sont pas illégales dès lors que Mme B n'a pas contesté le bien-fondé de l'indu et ne rapporte pas la preuve d'une telle contestation dans le cadre d'un recours administratif préalable.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que la requérante n'est pas recevable à contester le bien-fondé de l'indu d'aide au retour à l'emploi en litige en l'absence de présentation par cette dernière d'un recours administratif préalable obligatoire prévu par l'article R. 5426-19 du code du travail.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné Mme C en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après l'appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, qui était agent contractuel du ministère de l'éducation nationale et qui a fait l'objet d'une indemnisation chômage au titre de la fin de son contrat à durée déterminée, forme opposition à la contrainte émise le 29 août 2022 par Pôle emploi PACA pour le recouvrement d'un indu d'aide au retour à l'emploi d'un montant de 11 258,29 euros pour la période du 10 août 2020 au 30 juin 2021. Par la présente requête, elle demande, également, que soit enjoint à Pôle emploi, d'une part, de lui restituer les sommes prélevées dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, d'autre part, de lui accorder un échelonnement de sa dette.

Sur l'opposition à contrainte :

2. Aux termes de l'article L. 5411-2 du code du travail : " Les demandeurs d'emploi () portent () à la connaissance de Pôle emploi les changements affectant leur situation susceptibles d'avoir une incidence sur leur inscription comme demandeurs d'emploi ". Aux termes de l'article R. 5411-8 de ce code : " Le demandeur d'emploi informe, dans un délai de soixante-douze heures, les services de l'opérateur France Travail de toute absence de sa résidence habituelle d'une durée supérieure à sept jours et de tout changement de domicile ".

3. Aux termes de l'article L. 5426-8-2 du code du travail : " Pour le remboursement des allocations, aides, ainsi que de toute autre prestation indûment versées par Pôle emploi pour son propre compte, pour le compte de l'organisme chargé de la gestion du régime d'assurance chômage mentionné à l'article L. 5427-1, pour le compte de l'Etat ou des employeurs mentionnés à l'article L. 5424-1, le directeur général de Pôle emploi ou la personne qu'il désigne en son sein peut, dans les délais et selon les conditions fixés par voie réglementaire, et après mise en demeure, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement et confère le bénéfice de l'hypothèque judiciaire. ". Aux termes de l'article R. 5426-20 du même code : " La contrainte prévue à l'article L. 5426-8-2 est délivrée après que le débiteur a été mis en demeure de rembourser l'allocation, l'aide ou toute autre prestation indue mentionnée à l'article L. 5426-8-1 ou de s'acquitter de la pénalité administrative mentionnée à l'article L. 5426-6. / Le directeur général de Pôle emploi lui adresse, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, une mise en demeure qui comporte le motif, la nature et le montant des sommes demeurant réclamées, la date du ou des versements indus donnant lieu à recouvrement () ainsi que, le cas échéant, le motif ayant conduit à rejeter totalement ou partiellement le recours formé par le débiteur. / Si la mise en demeure reste sans effet au terme du délai d'un mois à compter de sa notification, le directeur général de Pôle emploi peut décerner la contrainte prévue à l'article L. 5426-8-2. ". Enfin, aux termes de l'article R. 5426-21 du même code : " La contrainte est notifiée au débiteur par lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou lui est signifiée par acte d'huissier de justice. A peine de nullité, l'acte d'huissier ou la lettre recommandée mentionne : 1° La référence de la contrainte ; 2° Le montant des sommes réclamées et la nature des allocations, aides et autres prestations en cause ou la date de la pénalité administrative ; 3° Le délai dans lequel l'opposition doit être formée ; 4° L'adresse du tribunal compétent et les formes requises pour sa saisine. () ". En application de ces dispositions, Pôle emploi peut délivrer une contrainte pour le remboursement d'une prestation indûment versée, après avoir adressé au débiteur, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, une mise en demeure qui comporte, notamment, le motif, la nature et le montant des sommes demeurant réclamées et la date du ou des versements indus donnant lieu à recouvrement, et restée sans effet après un mois.

4. Aux termes de l'article R. 5426-19 du code du travail : " Le débiteur qui conteste le caractère indu des prestations qui lui sont réclamées forme un recours gracieux préalable devant le directeur général de Pôle emploi dans un délai de deux mois à compter de la date de notification de l'indu par Pôle emploi. Conformément aux dispositions de l'article L. 411-7 du code des relations entre le public et l'administration, lorsque la décision du directeur général de Pôle emploi sur ce recours gracieux n'a pas été portée à la connaissance du requérant dans le délai de deux mois, l'intéressé peut considérer sa contestation comme rejetée. Il peut alors, s'il le souhaite, se pourvoir devant le juge compétent ".

5. Il résulte des dispositions précitées qu'un recours contentieux tendant à l'annulation de la décision de Pôle emploi ordonnant le reversement d'un indu d'allocation de solidarité spécifique n'est recevable que si l'intéressé a préalablement exercé un recours administratif auprès de Pôle emploi dans les conditions qu'elles prévoient. En revanche, les dispositions relatives à l'opposition à une contrainte délivrée en vue de l'exécution d'une telle décision ne subordonnent pas l'exercice de cette voie de droit à l'exercice préalable du même recours administratif. Toutefois, le débiteur ne peut, à l'occasion de l'opposition, contester devant le juge administratif le bien-fondé de l'indu que s'il a exercé le recours administratif dans les conditions prévues par les dispositions des articles précités.

6. En premier lieu, il résulte de l'instruction que, par un courrier du 2 décembre 2021, Pôle emploi a notifié à Mme B un indu d'aide au retour à l'emploi d'un montant de 11 248,25 euros pour la période d'août 2020 à juin 2021. A l'appui de ce courrier, l'administration a communiqué à la requérante deux annexes, l'une portant sur le détail du trop-perçu, l'autre portant sur les démarches à effectuer. L'annexe 2 de ce courrier mentionnait ainsi le mode d'emploi à suivre afin de permettre à la requérante de demander l'effacement de dette et/ou de contester le trop-perçu, dans le délai de deux mois suivant la réception de ce courrier. Mme B a demandé une remise de sa dette qui a été rejetée par une décision du 6 mai 2022. Puis, la requérante a demandé un échelonnement de sa dette par un courrier du 18 mai 2022. Dès lors, Mme B ne démontre pas avoir contesté le bien-fondé de sa dette dans le cadre d'un recours administratif préalable obligatoire prévu par l'article R. 5426-19 du code du travail. Ainsi que le tribunal en a informé les parties en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, la requérante n'est donc pas recevable à contester le bien-fondé de l'indu en litige.

7. En second lieu, si Mme B soutient que sa situation financière ne lui permet pas de rembourser sa dette sur une période inférieure à 24 mois, ce moyen est inopérant à l'appui d'une opposition à la contrainte du 29 août 2022.

8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à former opposition à la contrainte émise le 29 août 2022 en vue du recouvrement d'un indu d'aide au retour à l'emploi d'un montant de 11 258,29 euros pour la période du 10 août 2020 au 30 juin 2021.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

9. Il n'appartient pas au juge administratif, en dehors de l'hypothèse où il est saisi de conclusions en vue d'assurer l'exécution d'une décision de justice en application des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative, ou lorsqu'il est saisi de demandes de mesures provisoires dans le cadre de procédures de référé, ou de la possibilité d'enjoindre à la personne publique de prendre les mesures de nature à mettre fin à un dommage qui perdure ou à en pallier les effets, de prononcer des injonctions à l'encontre de l'administration.

10. Doivent être rejetées, par voie de conséquence du rejet de l'opposition à contrainte présentée par Mme B, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte. A supposer que les conclusions tendant à l'échelonnement de la dette de Mme B et celles tendant à la restitution des sommes prélevées, sous astreinte, soient toutefois présentées indépendamment des conclusions tendant à l'annulation de la contrainte litigieuse, de telles conclusions, qui seraient alors présentées à titre principal, sont, toutefois et en tout état de cause, présentées hors les cas prévus ci-dessus au point 9, et doivent dès lors être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de laisser la charge, à chacune des parties, de ses frais exposés et non compris dans les dépens en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Par ailleurs, France travail ne peut se prévaloir des dispositions de l'article 700 du code de procédure civile, inapplicables devant les juridictions administratives.

12. En outre, la présente instance n'a donné lieu à aucun dépens. Par suite, les conclusions présentées à ce titre par France travail ne peuvent qu'en tout état de cause, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Akacha et à France travail PACA.

Copie en sera adressée à la ministre du travail et de l'emploi.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 novembre 2024.

La magistrate désignée,

Signé

M. C La greffière,

Signé

G. BODIGER

La république mande et ordonne à la ministre du travail et de l'emploi en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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