lundi 10 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2202584 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | GARRY & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante : Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 septembre 2022 et 6 décembre 2023, M. A B, représenté par Me Pelgrin, doit être regardé comme demandant au tribunal : 1°) de condamner le département du Var à lui verser la somme de 100 000 euros, ainsi que les intérêts au taux légal et la capitalisation de ces intérêts, en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis en raison de l'accident de la circulation du 21 mars 2021 ; 2°) de mettre à la charge du département du Var la somme de 2 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il soutient que : - la responsabilité du département du Var est engagée sur le fondement du défaut d'entretien normal de l'ouvrage public ; - aucune faute ne lui est imputable ; - le lien de causalité entre la faute et ses préjudices est établi ; - à défaut, la responsabilité sans faute du département du Var doit être engagée ; - les préjudices causés par cet accident doivent être réparés. Par un mémoire en défense, enregistré le 15 février 2023, le département du Var, représenté par Me Pontier, conclut : 1°) à titre principal, au rejet de la requête ; 2°) à titre subsidiaire, à ce que les sommes octroyées soient ramenées à de plus justes proportions ; 3°) à titre infiniment subsidiaire, à ce que la société Var très haut débit soit condamnée à le relever et le garantir de toute condamnation ; 4°) à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. B, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.Par un mémoire enregistré le 26 novembre 2024, la caisse primaire d'assurance maladie du Var, représentée par Me Garry, conclut :1°) à ce que le département du Var soit condamné à lui verser la somme de 37 723,09 euros, ainsi que les intérêts au taux légal à compter de la date d'enregistrement de son mémoire, au titre de ses débours définitifs ;2°) à ce que le département du Var lui verse la somme de 1 191 euros, au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale ;3°) à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge du département du Var, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.Elle soutient que les prestations versées sont imputables à l'accident du 21 mars 2021. La procédure a été communiquée à la société Var très haut débit, qui n'a pas produit de mémoire en défense. Vu les autres pièces du dossier. Vu : - le code civil ; - le code de la route ; - le code de la sécurité sociale ; - l'arrêté du 23 décembre 2024 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2025 - le code de justice administrative. Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique : - le rapport de M. Hélayel, conseiller, - les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public, - les observations de Me Pelgrin, représentant M. B, - les observations de Me Durand, substituant Me Pontier, représentant le département du Var. Considérant ce qui suit : 1. Par un courrier du 10 mai 2022, réceptionné le 17 mai suivant, M. A B a adressé, en vain, une demande indemnitaire préalable au département du Var, en vue de la réparation de ses préjudices, du fait de l'accident de la circulation dont il a été victime en date du 21 mars 2021, sur la route départementale D0071, à Barjols. Sur la responsabilité du département du Var : 2. En premier lieu, la responsabilité du maître de l'ouvrage public est engagée en cas de dommages causés aux usagers par cet ouvrage dès lors que la preuve de l'entretien normal de celui-ci n'est pas apportée, sans que le maître de l'ouvrage puisse invoquer le fait d'un tiers pour s'exonérer de tout ou partie de cette responsabilité. 3. M. B soutient avoir été victime d'une chute à moto sur la route départementale D0071, le 21 mars 2021 à 13 heures, sur le territoire de la commune de Barjols, du fait de la présence de gravillons sur la chaussée. A l'appui de sa demande, l'intéressé produit notamment un bulletin de situation du centre hospitalier Jean Marcel daté du 22 mars 2021, le certificat médical d'admission au service d'accueil des urgences le 25 mars 2021 à 08 :16, mentionnant un accident de la voie publique, plusieurs photographies consécutives à l'accident ainsi que deux attestations de témoins. Ces divers éléments permettent de tenir pour établie la matérialité des faits allégués. 4. L'intéressé soutient que la route était alors particulièrement glissante et que les gravillons ont été laissés sur la chaussée à la suite de travaux réalisés par les services du département. 5. Il résulte de l'instruction que, le 13 mars 2021, deux jours avant la chute, a eu lieu une patrouille entre 08 :32 et 15 :20, laquelle a donné lieu à l'émission d'un rapport, faisant bien état de ce que la route D0071 avait été contrôlée entre 11 :16 et 11 :38. Il n'est toutefois pas contesté que la présence de ces gravillons à cet endroit de la chaussée ne faisait l'objet d'aucune signalisation adéquate et que les précautions nécessaires pour éviter tout accident n'ont pas été prises. Ainsi, le département du Var n'apporte pas la preuve qui lui incombe de l'entretien normal de l'ouvrage public dont il est propriétaire. Sa responsabilité se trouve, dès lors, engagée à l'égard de M. B. 6. Néanmoins, compte tenu des bonnes conditions de visibilité le jour de l'accident, qui ressortent des diverses photographies produites par M. B, et de ce que la présence de gravillons n'apparaît pas comme particulièrement importante, le requérant doit être regardé comme ayant commis une faute d'imprudence dans la conduite de son véhicule. Il sera fait, dans les circonstances de l'espèce, une juste appréciation des responsabilités respectives de chacun en évaluant à 20% la part de responsabilité de M. B et à 80% celle du département du Var. 7. Enfin, il découle de la règle énoncée au point 2 du présent jugement que le département du Var ne saurait utilement faire valoir la permission de voirie accordée le 13 novembre 2020 à la société Var très haut débit, pour la réalisation de travaux sur ce tronçon de la route. Il s'ensuit que l'appel en garantie formulé par le département du Var doit être rejeté. 8. En second lieu, si M. B soutient qu'à défaut, la responsabilité sans faute du département du Var se trouve engagée, cette demande n'est assortie d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé et ne peut, dès lors, qu'être rejetée. Sur les préjudices de M. B : En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux : S'agissant des dépenses de santé : 9. M. B sollicite le remboursement de frais médicaux, à hauteur de 2 000 euros. A l'appui de cette demande, il verse au dossier des factures établies par l'hôpital privé et l'institut de chirurgie orthopédique de Provence, autant de documents qui mentionnent qu'ils sont destinés à être communiqués à son organisme de mutuelle. Or, l'intéressé ne conteste pas que ces frais ont notamment pu faire l'objet d'un remboursement par un tel organisme. Par suite, ce préjudice ne revêt pas un caractère certain et la demande présentée à ce titre doit être rejetée. S'agissant des préjudices matériels : 10. En premier lieu, le requérant fait valoir la perte de sa moto et d'accessoires, qu'il chiffre à 5 000 euros. Il résulte toutefois de l'instruction que son véhicule a fait l'objet d'une indemnisation par son assureur, à hauteur de sa valeur de remplacement avant le sinistre, soit 13 500 euros, au titre des articles L. 327-1 et suivants du code de la route. Par suite, la demande formulée par M. B à ce titre ne peut qu'être rejetée. 11. En second lieu, si le requérant soutient qu'il a subi une perte vestimentaire, évaluée par lui à 1 000 euros, les factures de matériel qu'il produit (gants, sac à dos) sont toutes antérieures à l'accident du 21 mars 2021. Par suite, sa demande doit également être rejetée sur ce point. S'agissant de la perte de revenus : 12. M. B sollicite la somme de 50 000 euros au titre de la perte de gains professionnels. Il résulte de l'instruction que, s'agissant du mois de février 2021, le salaire net de l'intéressé s'est élevé à 2 009,75 euros, qu'il a été placé en arrêt de travail dès le 22 mars 2021, avant qu'un travail aménagé pour raison médicale ne soit prescrit du 2 novembre 2023 au 2 février 2024. 13. Les déclarations trimestrielles de chiffre d'affaires produites par l'intéressé, à compter de 2021, de même que l'attestation de perte de chantiers rédigée le 30 décembre 2023 sont insuffisamment probantes pour établir une perte de revenus au titre de son activité de micro-entrepreneur. Néanmoins, M. B n'a perçu, en 2021, qu'un revenu total de 11 262,9 euros, dont 6 675,28 euros d'indemnités journalières et, de janvier à avril 2022, qu'un revenu de 5 333,44 euros. Il sera fait une exacte appréciation de l'indemnité à laquelle a droit M. B, compte tenu du partage de responsabilité opéré au point 6 du présent jugement, en condamnant le département du Var à lui verser une indemnité de 14 550,32 euros. S'agissant de l'incidence professionnelle : 14. En se bornant à faire valoir l'existence d'un " blocage dans le déroulement de sa carrière ", M. B n'établit pas la réalité de ce préjudice. Par suite, sa demande doit être rejetée. En ce qui concerne les préjudices à caractère personnel : S'agissant du déficit fonctionnel permanent : 15. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de l'expertise diligentée par l'assureur de M. B, en date du 24 janvier 2023, et dont la teneur n'est pas contestée par le département du Var, que son déficit fonctionnel permanent a été évalué à 5%, en raison de la limitation de la mobilité de son pouce gauche. En raison de l'âge du requérant à la date de la consolidation de son état de santé le 11 octobre 2022, soit trente-cinq ans, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice, compte tenu du partage de responsabilité opéré au point 6 du présent jugement, en condamnant le département du Var à lui verser une indemnité de 4 560 euros. S'agissant du préjudice esthétique : 16. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice, compte tenu du partage de responsabilité opéré au point 6 du présent jugement, en condamnant le département du Var à verser au requérant une indemnité de 4 800 euros. S'agissant des souffrances endurées : 17. M. B soutient que l'accident lui a causé un préjudice moral. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice, compte tenu du partage de responsabilité opéré au point 6 du présent jugement, en condamnant le département du Var à verser au requérant une indemnité de 2 400 euros. S'agissant du préjudice d'agrément : 18. M. B soutient qu'il ne peut plus pratiquer de sport. Au regard notamment des attestations établies par son entourage, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice, compte tenu du partage de responsabilité opéré au point 6 du présent jugement, en condamnant le département du Var à lui verser une indemnité de 1 600 euros. Sur les débours de la CPAM du Var : 19. L'alinéa 3 de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale prévoit que : " Les recours subrogatoires des caisses contre les tiers s'exercent poste par poste sur les seules indemnités qui réparent des préjudices qu'elles ont pris en charge, à l'exclusion des préjudices à caractère personnel. ". 20. Il résulte de l'instruction, notamment de l'attestation d'imputabilité du 13 novembre 2024 et de la notification des débours du 22 novembre suivant, que la CPAM du Var a servi des prestations à M. B, présentant un lien direct avec sa prise en charge. Ces prestations sont constituées par des frais d'hospitalisation, médicaux, pharmaceutiques, d'appareillage et de transport pour un montant total de 37 723,09 euros. Elle est donc fondée à demander la condamnation du département du Var à lui rembourser la somme de 30 178,472 euros, correspondant à sa part de responsabilité dans la réalisation de l'accident. Sur l'indemnité forfaitaire de gestion : 21. L'alinéa 9 de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale dispose : " En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros () ". Aux termes de l'article 1 de l'arrêté du 23 décembre 2024 visé ci-dessus : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 120 € et 1 212 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2024. " 22. En application de ces dispositions, la CPAM du Var a droit à une somme de 1 212 euros, qui doit être mise à la charge du département du Var. Sur les intérêts : 23. En premier lieu, M. B a droit aux intérêts au taux légal correspondant à l'indemnité de 27 910,32 euros à compter du 17 mai 2022, date de réception de sa demande par le département du Var. 24. En second lieu, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée le 19 septembre 2022. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 17 mai 2023, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date. Sur les frais du litige : 25. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le département du Var demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge du département du Var une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens. 26. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la CPAM du Var présentées sur le même fondement. D É C I D E :Article 1er : La SAS Var très haut débit est mise hors de cause.Article 2 : Le département du Var est condamné à verser à M. B une somme de 27 910,32 euros, avec intérêts au taux légal à compter du 17 mai 2022. Les intérêts échus à la date du 17 mai 2023 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.Article 3 : Le département du Var est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie du Var la somme de 30 178,472, avec intérêts au taux légal à compter du 26 novembre 2024. Article 4 : Le département du Var versera à la caisse primaire d'assurance maladie du Var la somme de 1 212 euros, au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.Article 5 : Le département du Var versera à M. B une somme de 1 500 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté. Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au département du Var.Copie en sera adressée à la SAS Var très haut débit.Délibéré après l'audience du 16 janvier 2025, à laquelle siégeaient :M. Philippe Harang, président, M. Zouhaïr Karbal, conseiller,M. David Hélayel, conseiller. Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 février 2025. Le rapporteur,SignéD. HELAYEL Le président, Signé Ph. HARANGLa greffière,SignéF. POUPLYLa République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.Pour expédition conforme,La greffière.2N° 2202584
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