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Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2202914

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2202914
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un déféré, enregistré le 24 octobre 2022, le préfet du Var, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 3 novembre 2021 par lequel le maire de la commune de Mons a délivré à M. B A le permis de construire n° PC 083 080 21 D0011 en vue de la réalisation d'une maison individuelle et d'un atelier sur la parcelle cadastrée section, 80 F n° 718, sise domaine de la Gray à Mons (83 440).

Il soutient que :

- son déféré est recevable ;

- le maire a commis une erreur d'appréciation à l'aune de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme, relatif à l'application de la loi Montagne, en délivrant le permis de construire attaqué.

Le déféré a été communiqué le 14 novembre 2022 à la commune de Mons qui n'a pas produit de mémoire en défense ni versé de pièce à l'instance.

Le déféré a été communiqué le 14 novembre 2022 à M. B A qui n'a pas produit de mémoire en défense ni versé de pièce à l'instance.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le plan local d'urbanisme de la commune de Mons ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 26 mars 2024 :

- le rapport de Mme Le Gars ;

- et les conclusions de M. Riffard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Le 1er juillet 2021, M. A a déposé une demande de permis de construire en vue de la réalisation d'une maison individuelle et d'un atelier sur son terrain situé domaine de la Gray à Mons. Par un arrêté du 3 novembre 2021, le maire de Mons a délivré le permis sollicité. Par un courrier du 17 août 2022, le maire de Mons a rejeté le recours gracieux formé par le préfet du Var le 12 juillet 2022. Le préfet du Var demande l'annulation de l'arrêté du 3 novembre 2021.

2. Aux termes de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme : " L'urbanisation est réalisée en continuité avec les bourgs, villages, hameaux, groupes de constructions traditionnelles ou d'habitations existants, sous réserve de l'adaptation, du changement de destination, de la réfection ou de l'extension limitée des constructions existantes, ainsi que de la construction d'annexes, de taille limitée, à ces constructions, et de la réalisation d'installations ou d'équipements publics incompatibles avec le voisinage des zones habitées ".

3. Il résulte de ces dispositions que l'urbanisation en zone de montagne, sans être autorisée en zone d'urbanisation diffuse, peut être réalisée non seulement en continuité avec les bourgs, villages et hameaux existants, mais également en continuité avec les " groupes de constructions traditionnelles ou d'habitations existants " et qu'est ainsi possible l'édification de constructions nouvelles en continuité d'un groupe de constructions traditionnelles ou d'un groupe d'habitations qui, ne s'inscrivant pas dans les traditions locales, ne pourrait être regardé comme un hameau. L'existence d'un tel groupe suppose plusieurs constructions qui, eu égard notamment à leurs caractéristiques, à leur implantation les unes par rapport aux autres et à l'existence de voies et de réseaux, peuvent être perçues comme appartenant à un même ensemble. Pour déterminer si un projet de construction réalise une urbanisation en continuité par rapport à un tel groupe, il convient de rechercher si, par les modalités de son implantation, notamment en termes de distance par rapport aux constructions existantes, ce projet sera perçu comme s'insérant dans l'ensemble existant.

4. En dépit de l'absence de production à l'instance de la commune de Mons ni du pétitionnaire, il ressort des pièces du dossier ainsi que des sites Google maps et Géoportail, librement accessibles au tribunal comme aux parties, que le terrain d'assiette du projet est situé à plus de 1,5 kilomètres à vol d'oiseau à l'est du village de Mons. Certes, l'on peut constater la présence de quelques habitations éparses, égrenées le long de la route de la Gray au nord et à l'ouest du projet, cependant, elles ne peuvent, compte-tenu de leurs distances et de leurs caractéristiques, constituer à elles seules un groupe d'habitations existantes. Par ailleurs, si le maire de Mons, dans son courrier de réponse au recours gracieux du préfet du Var, considère que le projet est situé dans la continuité du lotissement de la Gray, il ressort toutefois du plan cadastral que le projet de construction en est situé à plusieurs dizaines de mètres, en est séparé par la route de la Gray et est, plus largement, situé à près d'une centaine de mètres à l'est et à l'ouest des deux habitations les plus proches. Dans ces conditions, le préfet est fondé à soutenir que le maire de Mons a, en délivrant le permis de construire sollicité, méconnu les dispositions de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme.

5. Il résulte de ce qui précède que le préfet du Var est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du maire de Mons en date du 3 novembre 2021.

DECIDE

Article 1er : L'arrêté susvisé du maire de Mons du 3 novembre 2021 est annulé.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié au préfet du Var, à la commune de Mons et à M. B A.

Copie en sera adressée au procureur de la République de Draguignan.

Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Privat, président,

M. Bailleux, premier conseiller,

Mme Le Gars, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.

La rapporteure,

Signé :

H. LE GARS

Le président,

Signé :

J.-M. PRIVAT La greffière,

Signé :

G. RICCI

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.