jeudi 10 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2203111 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre - Juge Unique |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 31 octobre 2022, la société par actions simplifiée (SAS) Printemps La Valette II, représentée par la SAS EIF, demande au tribunal :
1°) de prononcer la réduction des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties et de taxe d'enlèvement des ordures ménagères auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2021 pour des locaux sis 9100, C Co. Grand Var à la Valette du Var ;
2°) de prononcer le règlement des intérêts moratoires correspondants, en application des dispositions de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le terme de comparaison retenu par l'administration pour déterminer la valeur locative non révisée des locaux dont elle est propriétaire, soit le local-type n° 61 du PV-C de la commune de La Valette-du-Var, est irrégulier ;
- il y a lieu d'y substituer le local-type n° 50 du procès-verbal ME de la même commune, qui constitue un terme de comparaison adéquat dès lors qu'il présente toutes les similitudes nécessaires par rapport aux locaux en litige ; si l'administration entend contester la régularité de ce local-type, il lui appartient d'établir qu'il n'a pas été lui-même évalué par comparaison avec un autre local-type ;
- aucun des locaux-types de la commune du Chesnay dans le département des Yvelines ne saurait être retenu car la situation économique de cette commune n'est pas comparable à celle de La Valette-du-Var.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 mai 2023, le directeur départemental des finances publiques du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par une lettre du 11 septembre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant au versement des intérêts moratoires prévus à l'article L. 208 du livre des procédures fiscales, en l'absence de litige né et actuel avec le comptable public.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- la loi n° 2010-1658 du 29 décembre 2010 ;
- la loi n° 2015-1786 du 29 décembre 2015 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Hamon pour exercer les fonctions de magistrat prévues par les dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 septembre 2024 :
- le rapport de M. Hamon, magistrat désigné,
- et les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique,
- les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. La SAS Printemps La Valette II est propriétaire de locaux commerciaux au sein du centre commercial " Grand Var " sis 9100, C Co. Grand Var à la Valette du Var, à raison desquels elle a été assujettie à des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties et de taxe d'enlèvement des ordures ménagères au titre de l'année 2021. Sa réclamation en date du 18 juillet 2022 ayant été rejetée par l'administration le 30 août 2022, elle demande au tribunal de prononcer la réduction desdites cotisations.
Sur le versement d'intérêts moratoires :
2. Aux termes de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales : " Quand l'Etat est condamné à un dégrèvement d'impôt par un tribunal (), les sommes déjà perçues sont remboursées au contribuable et donnent lieu au paiement d'intérêts moratoires dont le taux est celui de l'intérêt de retard prévu à l'article 1727 du code général des impôts. Les intérêts courent du jour du paiement. Ils ne sont pas capitalisés. ".
3. Il résulte de l'instruction qu'il n'existe aucun litige né et actuel entre le comptable et la société requérante concernant les intérêts mentionnés à l'article L. 208 du livre des procédures fiscales. Par suite, les conclusions de la société requérante tendant au versement par l'Etat d'intérêts moratoires ne peuvent ainsi et en tout état de cause qu'être rejetées.
Sur les conclusions à fin de réductions :
4. L'article 34 de la loi du 29 décembre 2010 de finances rectificative pour 2010 a défini de nouvelles modalités de détermination et de révision de la valeur locative cadastrale des locaux professionnels, en vue de l'établissement des impositions directes locales. Il résulte des dispositions du I et III de l'article 1518 A quinquies du code général des impôts reprenant, à compter du 1er janvier 2018, les dispositions du B et du D du XVI de l'article 34 de la loi du 29 décembre 2010 de finances rectificative pour 2010, que la valeur locative non révisée au 1er janvier 2017 utilisée pour lisser les variations de cotisations d'impôts locaux résultant de la révision des valeurs locatives des locaux professionnels est déterminée conformément aux dispositions du code général des impôts dans sa rédaction en vigueur le 31 décembre 2016. Un contribuable peut utilement invoquer l'illégalité du mode de détermination de cette valeur locative non révisée au 1er janvier 2017 pour solliciter, dans la mesure de l'application des dispositifs prévus aux articles précités, la réduction des cotisations d'impôts locaux résultant de la révision des valeurs locatives des locaux professionnels.
5. Aux termes de l'article 1498 du code général des impôts, dans sa rédaction en vigueur le 31 décembre 2016 : " La valeur locative de tous les biens autres que les locaux visés au I de l'article 1496 et que les établissements industriels visés à l'article 1499 est déterminée au moyen de l'une des méthodes indiquées ci-après : / 1° Pour les biens donnés en location à des conditions de prix normales, la valeur locative est celle qui ressort de cette location ; / 2° a. Pour les biens loués à des conditions de prix anormales ou occupés par leur propriétaire, occupés par un tiers à un autre titre que la location, vacants ou concédés à titre gratuit, la valeur locative est déterminée par comparaison. / Les termes de comparaison sont choisis dans la commune. Ils peuvent être choisis hors de la commune pour procéder à l'évaluation des immeubles d'un caractère particulier ou exceptionnel ; / b. La valeur locative des termes de comparaison est arrêtée : / Soit en partant du bail en cours à la date de référence de la révision lorsque l'immeuble type était loué normalement à cette date, / Soit, dans le cas contraire, par comparaison avec des immeubles similaires situés dans la commune ou dans une localité présentant, du point de vue économique, une situation analogue à celle de la commune en cause et qui faisaient l'objet à cette date de locations consenties à des conditions de prix normales ; / 3° A défaut de ces bases, la valeur locative est déterminée par voie d'appréciation directe ". Selon l'article 324 Z de l'annexe III au même code, dans sa rédaction en vigueur à la même date : " I. L'évaluation par comparaison consiste à attribuer à un immeuble ou à un local donné une valeur locative proportionnelle à celle qui a été adoptée pour d'autres biens de même nature pris comme types. / II. Les types dont il s'agit doivent correspondre aux catégories dans lesquelles peuvent être rangés les biens de la commune visés aux articles 324 Y à 324 AC, au regard de l'affectation de la situation de la nature de la construction de son importance de son état d'entretien et de son aménagement. / Ils sont inscrits au procès-verbal des opérations de la révision ". Aux termes de l'article 324 AA de la même annexe, dans sa rédaction en vigueur à la même date : " La valeur locative cadastrale des biens loués à des conditions anormales ou occupés par leur propriétaire, occupés par un tiers à un titre autre que celui de locataire, vacants ou concédés à titre gratuit est obtenue en appliquant aux données relatives à leur consistance - telles que superficie réelle, nombre d'éléments - les valeurs unitaires arrêtées pour le type de la catégorie correspondante. Cette valeur est ensuite ajustée pour tenir compte des différences qui peuvent exister entre le type considéré et l'immeuble à évaluer, notamment du point de vue de la situation, de la nature de la construction, de son état d'entretien, de son aménagement, ainsi que de l'importance plus ou moins grande de ses dépendances bâties et non bâties si ces éléments n'ont pas été pris en considération lors de l'appréciation de la consistance ".
6. Pour déterminer la valeur locative non révisée au 1er janvier 2017 des locaux commerciaux litigieux, l'administration a, en appliquant la méthode comparative prévue au 2° de l'article 1498 du code général des impôts, retenu comme terme de comparaison, le local-type n° 48 du procès-verbal complémentaire d'évaluation foncière de la commune de La Garde, lui-même évalué par comparaison avec le local-type n° 61 du procès-verbal complémentaire d'évaluation foncière de la commune de La Valette-du-Var pour un tarif de 15,24 euros/m2 pondéré.
7. Pour contester le terme de comparaison ainsi retenu, la SAS Printemps La Valette II se borne à soutenir que " le CDIF de Toulon a reconnu l'irrégularité du local-type n° 61 dans sa décision du 18 janvier 2021 ". Toutefois, la société requérante n'a pas assorti ce moyen de précisions suffisantes permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé, cette seule affirmation n'étant pas de nature à démontrer que le tarif de 15,24 euros/m2 ainsi retenu par l'administration, ne serait pas pertinent en l'espèce.
8. Par ailleurs, la SAS Printemps La Valette II soutient qu'il conviendrait, pour évaluer son local commercial, de retenir comme terme de comparaison le local-type n° 50 du procès-verbal ME de la commune de La Valette-du-Var avec un tarif de 11,43 euros/m2, lequel présenterait des caractéristiques semblables. Toutefois, la société requérante n'apporte, à l'appui de ses allégations, aucune précision sur les caractéristiques de ce local type. Au surplus, l'administration fait valoir sans être contredite que le local-type n° 50 n'est pas comparable avec les locaux litigieux dès lors qu'il n'est pas inclus dans une galerie commerciale, qu'il est situé dans un autre secteur géographique et qu'il est occupé par une enseigne de bricolage. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que le local-type n° 50 du procès-verbal ME de la commune de La Valette-du-Var devrait être retenu pour l'évaluation de son local commercial.
9. Enfin, compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus, le moyen tiré de ce qu'aucun local-type situé sur la commune du Chesnay dans le département des Yvelines ne peut être retenu en raison de la différence de situation économique avec la commune de La Valette-du-Var, est inopérant.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à la réduction des cotisations litigieuses doivent être rejetées, ensemble celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SAS Printemps La Valette II est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Printemps La Valette II et au directeur départemental des finances publiques du Var.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
L. HAMON
La greffière,
Signé
G. GUTHLa République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
La greffière.
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