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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2203257

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2203257

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2203257
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre - Juge Unique

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulon a examiné la requête de M. A contestant son assujettissement à la taxe foncière (2019-2021) et à la taxe d'habitation (2018-2021) pour un bien immobilier détenu en indivision. Le tribunal a constaté que l'administration avait déjà accordé un dégrèvement partiel pour la taxe foncière 2021, rendant cette partie du litige sans objet. Les conclusions indemnitaires pour préjudice moral ont été rejetées comme irrecevables, faute de demande préalable à l'administration. Enfin, les demandes de décharge pour les taxes foncières 2019-2020 et les taxes d'habitation 2018-2021 ont été déclarées irrecevables, car présentées hors des délais prévus par les articles R*190-1 et R*196-2 du livre des procédures fiscales.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 novembre 2022 et un mémoire enregistré le 9 mai 2023, M. B A, représenté par Me Campani, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de la cotisation de taxe foncière à laquelle il a été assujetti au titre de l'année 2021 à hauteur de 5 869 euros ;

2°) de prononcer la décharge de la cotisation de taxe foncière à laquelle il a été assujetti au titre des années 2019 et 2020 ainsi que des taxes d'habitations 2018, 2019, 2020 et 2021 et des majorations appliquées pour un montant total de 18 559 euros ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 5 000 euros à titre de dommages et intérêts pour préjudice moral ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il prend acte de ce que le signataire de la décision rejetant sa réclamation préalable était bien fondé à agir ;

- sa qualité de propriétaire indivis avec sa belle mère s'agissant de la maison sise 949 boulevard Léo Lagrange à Draguignan cadastrée AP 294, n'a pas été prise en compte dans le calcul des impositions contestées ;

- qu'il a contesté cette imposition le 13 décembre 2021 ;

- rien ne permet de distinguer dans l'édition des bordereaux fournis l'affectation des taxes contestées, ce qui laisse penser qu'il a été imposé sur l'ensemble des biens immobiliers alors qu'il n'est plus ou pas propriétaire en totalité des biens en cause ;

- il n'a jamais été destinataire des taxes originales ;

- il est donc fondé à demander la décharge des taxes foncières et taxes d'habitation mises à sa charge irrégulièrement.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 novembre 2022, le directeur départemental des finances publiques du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les demandes concernant la décharge de la cotisation de taxe foncière à laquelle il a été assujetti au titre des années 2019 et 2020 ainsi que des taxes d'habitations 2018, 2019, 2020 et 2021 pour un montant total de 18 559 euros sont irrecevables faute pour le requérant d'avoir présenté une réclamation préalable dans les délais réglementaire en application des dispositions des articles R*190-1 et suivants du livre des procédures fiscales ;

- le dégrèvement correspondant à la maison " Fanny " dont Mme A a l'usufruit a été prononcé pour 2021 ;

- les conclusions indemnitaires sont irrecevables faute pour le requérant d'avoir adressé une demande préalable à l'administration ;

- les autres moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Hamon en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, pour statuer sur les litiges relevant de cet article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 septembre 2024 :

- le rapport de M. Hamon, magistrat désigné,

- et les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique,

- les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, propriétaire indivis avec sa belle mère d'une maison dénommée " Fanny " sise 949 boulevard Léo Lagrange à Draguignan cadastrée AP 294, a été assujetti à la taxe foncière au titre des années 2019 et 2020 ainsi qu'à la taxe d'habitation pour les années 2018, 2019, 2020 et 2021. Sa réclamation ayant été rejetée par l'administration fiscale, le requérant demande au tribunal de prononcer la décharge desdites impositions ainsi que la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 5 000 euros à titre de dommages et intérêts pour préjudice moral.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte de l'instruction que le 8 février 2023, postérieurement à l'introduction de la requête, le directeur départemental des finances publiques du Var a procédé au dégrèvement d'un montant de 2 913 euros de la taxe foncière et de la majoration à laquelle M. A a été assujetti au titre de l'année 2021 à raison de la villa " Fanny ". Dès lors les conclusions à fin de décharge de l'imposition litigieuse sont, dans cette mesure, devenues sans objet et il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin indemnitaires :

3. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative alors applicable : " Sauf en matière de travaux publics, la juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. ".

4. Il ne résulte pas de l'instruction que M. A ait adressé une demande indemnitaire préalable à l'administration au titre du préjudice moral dont il se prévaut. Par suite, aucune décision susceptible de lier le contentieux n'étant née, la fin de non recevoir opposée par le directeur départemental des finances publiques du Var peut être accueillie et les conclusions présentées à ce titre par le requérant ne peuvent qu'être rejetées comme irrecevables.

Sur la fin de non recevoir opposée en défense

5. En application de l'article R*190-1 du livre de procédures fiscales : " Le contribuable qui désire contester tout ou partie d'un impôt qui le concerne doit d'abord adresser une réclamation au service territorial, selon le cas, de la direction générale des finances publiques ou de la direction générale des douanes et droits indirects dont dépend le lieu de l'imposition ". Aux termes de l'article R*196-2 du même livre : " Pour être recevables, les réclamations relatives aux impôts directs locaux et aux taxes annexes doivent être présentées à l'administration des impôts au plus tard le 31 décembre de l'année suivant celle, selon le cas : a) De la mise en recouvrement du rôle ou de la notification d'un avis de mise en recouvrement ; b) De la réalisation de l'événement qui motive la réclamation ; ne constitue pas un tel événement une décision juridictionnelle ou un avis mentionné aux troisième et cinquième alinéas de l'article L. 190 ; c) De la réception par le contribuable d'un nouvel avis d'imposition réparant les erreurs d'expédition que contenait celui adressé précédemment ; d) Au cours de laquelle le contribuable a eu connaissance certaine de cotisations d'impôts directs établies à tort ou faisant double emploi ; e) Du versement de l'impôt contesté lorsque cet impôt n'a pas donné lieu à l'établissement d'un rôle ou à la notification d'un avis de mise en recouvrement. "

6. L'administration fait valoir en défense que le requérant n'apporte pas la preuve du dépôt d'une réclamation dans le délai réglementaire d'une contestation sur les cotisations de taxe foncière à laquelle il a été assujetti au titre des années 2019 et 2020 ainsi que sur les taxes d'habitations 2018, 2019, 2020 et 2021. Toutefois, M. A soutient qu'il n'a pas été destinataire des taxes litigieuses et qu'il n'en a eu connaissance qu'à la suite de la réception d'un bordereau de situation en date du 21 octobre 2021. M. A produit par ailleurs la copie d'un mail en date du 13 décembre 2021 adressé à l'administration fiscale contestant les taxes foncières et taxes d'habitation établies à son encontre pour la villa Fanny sise 949 boulevard Léo Lagrange de 2018 à 2021. L'administration se bornant à soulever l'absence de réclamation préalable du requérant sans apporter la moindre précision sur la date de mise en recouvrement du rôle ou de la notification d'un avis de mise en recouvrement concernant les impositions en litige, la fin de non recevoir qu'elle oppose ne peut être accueillie.

Sur les conclusions à fin de décharge

7. Aux termes de l'article 1415 du code général des impôts : " La taxe foncière sur les propriétés bâties, la taxe foncière sur les propriétés non bâties et la taxe d'habitation sont établies pour l'année entière d'après les faits existants au 1er janvier de l'année de l'imposition ".

8. Ainsi qu'il a été rappelé au point 2, il est constant que le 8 février 2023, postérieurement à l'introduction de la requête, le directeur départemental des finances publiques du Var a procédé au dégrèvement d'un montant de 2 913 euros de la taxe foncière et de la majoration à laquelle M. A a été assujetti au titre de l'année 2021 à raison de la villa " Fanny " après avoir admis et constaté que ce dernier était propriétaire indivis avec sa belle mère, Mme C veuve A, dudit bien, celle-ci en gardant l'usufruit. Le requérant, dans ses dernières écritures qui a pris acte de ce dégrèvement, n'est toutefois pas fondé à demander la décharge du reste de la somme restant à sa charge à hauteur de sa part dans l'indivision au titre de cette même année. Par ailleurs, dès lors qu'il résulte de l'instruction que M. A était à la date du 1er janvier de chacune des années en litige propriétaire indivis avec sa belle mère de la villa " Fanny " parcelle cadastrée AP 294 et qu'il n'est pas contesté par l'administration qu'elle n'a pas pris en considération cette indivision pour le calcul des impositions litigieuses, le requérant est fondé à demander la décharge des cotisations de taxe foncière auxquelles il a été assujetti au titre des années 2019 et 2020 et des cotisations de taxe d'habitation 2018, 2019 et 2020 ainsi que des majorations appliquées à hauteur de sa part dans l'indivision de la " villa Fanny " sise 949 boulevard Léo Lagrange à Draguignan cadastrée AP 294.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser au requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. A tendant à la décharge de la taxe foncière et de la majoration à laquelle M. A a été assujetti au titre de l'année 2021 à raison de la villa " Fanny " sise 949 boulevard Léo Lagrange à Draguignan cadastrée AP 294, à hauteur d'un montant de 2 913 euros.

Article 2 : M. A est déchargé des cotisations de taxe foncière auxquelles il a été assujetti au titre des années 2019 et 2020 et des cotisations de taxe d'habitation 2018, 2019 et 2020 ainsi que des majorations appliquées, à raison de la villa " Fanny " à hauteur de sa part dans l'indivision.

Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur départemental des finances publiques du Var.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

L. HAMON

La greffière,

Signé

G. GUTH

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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