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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2203574

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2203574

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2203574
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationAide sociale

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I- Par une requête n° 2300573 et un mémoire, enregistrés le 22 février 2023 et le 21 février 2024, M. A C doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'avis des sommes à payer l'indu de revenu de solidarité active émis le 30 janvier 2020 d'un montant de 8 936, 132 euros pour la période du 1er août 2016 au 31 mars 2018 ;

2°) d'annuler l'avis de sommes à payer une amende administrative, émis 25 février 2020, pour un montant de 6 500 euros ;

3°) d'annuler la mise en demeure de payer la somme de 15 436,13 euros du 28 décembre 2020 et celle du 7 novembre 2022 pour un montant de 14 536,13 euros ;

4°) d'annuler la décision de saisie administrative à tiers détenteur du 28 février 2023 d'un montant de 15 436,13 euros.

Il soutient que :

- sa requête n'est pas tardive ;

- les sommes réclamées ne sont pas fondées ; il a toujours résidé de façon stable sur le territoire français, a toujours déclaré de façon régulière ses revenus ainsi que sa situation professionnelle ;

- il a démontré sa bonne foi en acceptant de régler sa dette d'indu de revenu de solidarité active de façon échelonnée en suivant un échéancier sur lequel il s'est accordé avec le département du Var mais qui a été rompu unilatéralement par ce dernier ;

Par un mémoire enregistré le 8 janvier 2024, la caisse d'allocations familiales du Var conclut à son incompétence pour défendre en matière de RSA qui relève de la compétence du département.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 janvier 2024, le département du Var conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est tardive ;

- Monsieur C ne s'est pas présenté devant l'équipe pluridisciplinaire en vue de la mise en œuvre d'une procédure d'amende administrative ;

- l'indu de revenu de solidarité active et l'amende administrative sont fondés car M. C n'a pas une résidence stable et effective en France ; il a omis de déclarer certaines de ses ressources et effectué de fausses déclarations ;

- M. C n'a pas retourné l'échéancier, signé, qui aurait permis de poursuivre les prélèvements.

II- Par une requête n° 2203574 et deux mémoires, enregistrés le 19 décembre 2022, le 22 février 2023 et le 23 avril 2024, M. C doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la contrainte émise le 8 janvier 2021, notifiée le 21 janvier 2021, pour payer un indu de prime d'activité de 318,96 euros pour la période du 1er novembre 2017 au 31 mars 2018 et un indu de prime exceptionnelle de fin d'année de 304,90 euros pour la période du 1er décembre 2016 au 31 décembre 2017.

Il soutient que :

- L'indu de prime d'activité n'est pas fondé car il réside en France de façon constante ;

- L'indu de prime exceptionnelle de fin d'année n'est pas fondé car il est bénéficiaire du revenu de solidarité active pour les mois de novembre et décembre des années 2016 et 2017.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 23 août 2023 et le 18 mars 2024, la caisse d'allocations familiales du Var conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est tardive ; la contrainte a été notifiée le 21 janvier 2021 et le recours contentieux a été enregistré le 19 décembre 2022 ;

- les indus de prime d'activité et d'aide exceptionnelle de fin d'année sont fondés.

Vu les autres pièces des dossiers ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de sécurité sociale ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

La présidente, juge statuant seule, a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de présenter des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience :

- le rapport de Mme Doumergue,

- et les observations de Mme B, représentant la caisse d'allocations familiales du Var.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après les observations de Mme B, pour la Caf du Var, à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1.M. C a effectué une demande de revenu de solidarité active le 9 août 2016 auprès de la CAF du Var. L'allocation lui a été accordée et lui a ouvert droit à l'aide exceptionnelle de fin d'année. Un rapport du contrôleur de la CAF du Var du 11 juillet 2018 a constaté des sorties du territoire français de plus de trois mois et la non déclaration de l'intégralité des revenus de M. C. Par courrier du 27 septembre 2018, un indu de prime d'activité et un indu de prime exceptionnelle de fin d'année lui ont été notifiés. Un avis de somme à payer un indu de revenu de solidarité active (RSA) a été émis à son encontre le 30 janvier 2020. Par courrier du 17 septembre 2020, une mise en demeure de rembourser les indus de prime d'activité et de prime exceptionnelle de fin d'année a été notifiée à M. C. Par décisions des 24 et 25 février 2020, une amende administrative d'un montant de 6 500 euros pour fausses déclarations de résidence et de ressources et un avis de somme à payer de cette amende ont été pris à l'encontre de M. C. Par un courriel du 21 septembre 2020, ce dernier a contesté les deux avis des sommes à payer. Deux mises en demeure de payer lui ont été adressées les 28 décembre 2020 et 7 novembre 2022 afin de lui demander de s'acquitter de l'indu de RSA et de l'amende administrative. Le 8 janvier 2021, une contrainte de payer la somme de 623,86 euros correspondant aux indus de prime exceptionnelle de fin d'année et de prime d'activité a été émise à l'encontre de M. C. Le 11 juillet 2022, un courrier de rappel de restitution des indus de prime d'activité et de prime exceptionnelle de fin d'année a été adressé à M. C. Le 8 février 2023, le trésor public a effectué une saisie sur le compte de M. C, d'un montant de 14 536,13 euros et a immobilisé la somme de 1 224,52 euros. Par les présentes requêtes, M. C demande l'annulation, d'une part des avis des sommes à payer l'indu de RSA et l'amende administrative, d'autre part des mises en demeure de payer lesdits indus et l'amende administrative, et enfin l'annulation de la contrainte du 8 janvier 2021 aux fins de remboursement des indus de prime d'activité (période du 1er novembre 2017 au 31 mars 2018) et de prime exceptionnelle de fin d'année (décembre 2016 et décembre 2017).

Sur la jonction :

2. Les requêtes visées ci- n° 2300573 et n° 2203574 visées ci-dessus concernent un même requérant et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation des avis des sommes à payer :

Sur la fin de non- recevoir opposée en défense et tirée de la tardiveté de la requête :

3. En premier lieu, aux termes de l'article R421-2 du code de justice administrative : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. Toutefois, lorsqu'une décision explicite de rejet intervient avant l'expiration de cette période, elle fait à nouveau courir le délai de recours. La date du dépôt de la demande à l'administration, constatée par tous moyens, doit être établie à l'appui de la requête ().

4. Il résulte de l'instruction qu'un avis des sommes à payer n°2310 (bordereau n°142), a été émis le 30 janvier 2020 à l'encontre de M. C pour obtenir le remboursement d'un indu de RSA, ainsi qu'un autre avis des sommes à payer, n° 4914 (bordereau n°332) émis le 25 février 2020, pour le paiement d'une amende administrative de 6 500 euros. Ces deux avis, qui portaient la mention des voies et délais de recours, ont été contestés par M. C, par courriel du vendredi 18 septembre 2020, reçu par le conseil départemental du Var, le 21 septembre 2020. A supposer que M. C ait eu connaissance de ces deux avis, au plus tard le 18 septembre 2020, le rejet implicite de son recours contre ces deux avis, n'a été contesté auprès du tribunal que le 22 février 2023, soit après l'expiration du délai de recours contentieux de deux mois prévu à l'article R421-2 du code de justice administrative. Sa requête est donc tardive et irrecevable. Par suite, la fin de non- recevoir opposée par le département du Var et tirée de la tardiveté de la requête doit être accueillie et les conclusions à fin d'annulation des avis des sommes à payer précités doivent être rejetées. Au demeurant, il résulte de l'instruction, et notamment de l'échéancier de remboursement conclu avec le département du Var, que M. C avait donc reconnu être redevable de l'indu de RSA mis à sa charge. D'ailleurs il ne résulte pas de l'instruction qu'il ait formé un recours préalable obligatoire contre cet indu auprès du département du Var. Dans ces conditions, si ses conclusions contre l'avis des sommes à payer n°2310, n'avaient pas été rejetées comme tardives, le moyen tiré du caractère infondé de l'indu aurait été écarté comme irrecevable, en l'absence d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre cet indu.

Sur les conclusions à fin d'annulation des mises en demeures des 28 décembre 2020 et 7 novembre 2022 et de la saisie administrative à tiers détenteur le 28 février 2023 :

5. Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, dans sa rédaction résultant de la loi n° 2017-1775 du 28 décembre 2017 de finance rectificative pour 2017, " [] / 1° En l'absence de contestation, le titre de recettes individuel ou collectif émis par la collectivité territoriale ou l'établissement public local permet l'exécution forcée d'office contre le débiteur. / [] / L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois à compter de la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite. / 2° La contestation qui porte sur la régularité d'un acte de poursuite est présentée selon les modalités prévues à l'article L. 281 du livre des procédures fiscales. [] ".

6. Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction résultant de la loi du 28 décembre 2017, " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. / [] / Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : / [] / c) Pour les créances non fiscales des collectivités territoriales, des établissements publics locaux et des établissements publics de santé, devant le juge de l'exécution. "

7. Il ressort de ces dispositions que l'ensemble du contentieux du recouvrement des créances non fiscales des collectivités territoriales est de la compétence du juge de l'exécution, tandis que le contentieux du bien-fondé de ces créances est de celle du juge compétent pour en connaître sur le fond.

8. M. C a saisi, à titre principal, la juridiction administrative d'une demande d'annulation de l'acte de poursuite que constituaient les mises en demeure valant commandement de payer un indu de revenu de solidarité active et une amende administrative, ainsi que, par voie de conséquence, de décharge de l'obligation de payer les sommes réclamées.

9. Une telle demande ressortissant au contentieux du recouvrement, c'est le juge de l'exécution qui est compétent pour en connaître, sans que puisse être remis en cause devant lui le bien-fondé de la créance. Par ailleurs, à supposer que M. C ait entendu demander l'annulation de la saisie administrative à tiers détenteur du 28 février 2023 jointe à son mémoire enregistré le 21 février 2024, une telle demande relève également de la compétence du juge de l'exécution.

10. Il résulte des points 5 à 9 du présent jugement que les conclusions à fin d'annulation des mises en demeures des 28 décembre 2020 et 7 novembre 2022, et de la saisie administrative à tiers détenteur du 28 février 2023, doivent être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la contrainte du 8 janvier 2021 :

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense et tirée du caractère tardif du recours contentieux :

11. Aux termes de l'article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale : " Pour le recouvrement d'une prestation indûment versée (), le directeur d'un organisme de sécurité sociale peut, dans les délais et selon les conditions fixés par voie réglementaire, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement () ". Aux termes du troisième alinéa de l'article R. 133-3 du même code : " () Le débiteur peut former opposition par inscription au secrétariat du tribunal compétent dans le ressort duquel il est domicilié ou pour les débiteurs domiciliés à l'étranger, au secrétariat du tribunal compétent dans le ressort de l'organisme créancier par lettre recommandée avec demande d'avis de réception adressée au secrétariat dudit tribunal dans les quinze jours à compter de la notification ou de la signification. L'opposition doit être motivée ; une copie de la contrainte contestée doit lui être jointe. (). ".

12. Il résulte de l'instruction que M.C doit être regardé comme formant opposition à la contrainte émise à son encontre le 8 janvier 2021 en recouvrement d'un indu de prime d'activité et d'aide exceptionnelle de fin d'année. Il résulte de l'instruction que la contrainte en litige du 8 janvier 2021, qui comporte la mention des voies et délais de recours conformément aux prescriptions précitées de l'article R. 133-3 du code de la sécurité sociale, a été signifiée à M. C par lettre recommandée avec accusé de réception qui lui a été distribuée le 21 janvier 2021.Toutefois, M.C a contesté cette contrainte auprès du tribunal le 19 décembre 2022, soit après l'expiration du délai de quinze jours fixé à l'article R. 133-3 du code de la sécurité sociale. Par suite, sa requête est tardive ainsi que le fait valoir la caisse d'allocations familiales du Var, dont la fin de non-recevoir doit être accueillie. Par conséquent les conclusions à fin d'annulation de la contrainte doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er: Les conclusions à fin d'annulation des mises en demeures des 28 décembre 2020 et 7 novembre 2022, et de la saisie administrative à tiers détenteur du 28 février 2023, doivent être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 2: Le surplus des conclusions des requêtes de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C, à la ministre du travail, de la santé et des solidarités et au département du Var.

Copie en sera délivrée à la caisse d'allocations familiales du Var.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

La présidente-rapporteure, La greffière,

SignéSigné

M. D

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités et au département du Var, en ce qui les concernent et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/ la Greffière en chef,

La greffière,

2,2300573

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